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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 21:51

 

Space Time records 2013

Bill Mobley ( tp, fgh, dir), Billy Pierce (ss, ts), Stéphane Guillaume ( as, fl, clb), Manuel Rocheman (p), Phil Palombi (cb), Billy Kilson (dms), Donald Brown (p), Maud Lovett (vln) + Orchestre d’Auvergne

 BILL-MOBLEY-l-ORCHESTRE-d-AUVERGNE-Black-Elk-s-Dream-Space-.png

 

 

Surtout par pitié ne vous laissez pas influencer par l’accroche qui n’en est pas une : « Bill Mobley rencontre l’Orchestre d’Auvergne ». Car je reconnais qu’avec ce tropisme parisien un peu snob qui nous caractérise parfois, sur le papier en effet, ce n’est pas très vendeur. Et pourtant ne vous y fiez pas ! Il s’agit peut-être de l’un des albums qui marquera cette année 2013 au point d’ailleurs de faire partie de la liste des nominés au titre de l’album de l’année de l’Académie Du Jazz.

 

Le trompettiste américain Bill Mobley est connu pour ses participations aux côtés du pianiste Donald Brown ou de Mulgrew Miller ou encore pour ses participations dans des formations aussi prestigieuses que le Mingus Big Band ou l’orchestre de Maria Schneider. Il peut être un peu moins connu pour ses talents d’arrangeur qu’il cultive auprès de multiples big band dans la lignée de l’un de ses maîtres, Thad Jones.

Et c’est cela que l’on découvre grâce au coup de génie des organisateurs  du festival de jazz de Clermont Ferrand qui pour son édition 2012 lui ont proposé de prendre en charge ce projet réunissant des jazzmen français et américains et les cordes de l’Orchestre d’Auvergne.

Les compositions jouées ont été remarquablement choisies. L’album s’ouvre sur un thème admirable de Xavier Felgeyrolles, Dream team, composition élégante portée par des chorus de sax de très grande classe qu'il s'agisse de Stéphane Guillaume ou de Billy Pierce. Les cordes interviennent discrètement en début de thème puis assurent avec beaucoup d'élégance une superbe transition entre cordes et soufflants avant de marier les timbres sur la coda. Les arrangements de Four répondent au même soucis d'alliage des cordes et des cuivres. Ca swing à la façon Thad Jones. La trompette de Bill Mobley porte le groove et s'amuse des modulations rythmiques et des variations harmoniques. Le même tuilage s’entend sur The touch of your lips où l'arrangement relève du tour de force s'agissant de ce thème si propice au climat très intimiste et auquel Bill Mobley parvient à donner une ampleur orchestrale portée aussi par le lyrisme des solistes ( le son incroyable de Stephane Guillaume !) qui apportent avec Billy Pierce un son monumental. billmobley.jpg

Black Elk’s dream est une composition en deux parties de Bill Mobley, dédiée au chef indien éponyme, fils de Crazy Horse et héros à 13 ans de la bataille de Little Big Horn. On y découvre l'incroyable finesse des arrangements et l'utilisation très intelligente des cordes où celles-ci ne se contentent pas de dérouler un tapis derrière des arrangements jazz mais installent un climat presque chamanique d'une grande sérénité avec une magnifique envolée de Maud Lovett à l'alto qui crée une véritable tension dramatique avant que ce calme ne soit interrompu par les tambours guerriers de Billy Kilson. Puis l'arrivé dans la 2ème partie de Billy Pierce avec un gros son coltranien absolument énorme explose l'ensemble avec une sorte de passion sauvage qu'adoucissent à peine les violons en contre-chant avant que tout cela ne s'achève par une plainte déchirante de l'alto.

Alex the great n’est pas un hommage à notre cher confrère et ami de France Musique mais un morceau du pianiste Harold Mabern où Bill Mobley soumet la formation à rude épreuve avec un changement de rythme infernal soutenu par l'agilité féline d'un Stéphane Guillaume insaisissable et par le drumming ultra dynamique de Billy Kilson ( ex batteur d’Ahmad Jamal et de Dave Holland), expert dans l'art de la relance.

L’album se termine (déjà !) sur une nouvelle composition en deux parties, The people who live on hope street amenée à Clermont-Ferrand par l’ami et compagnon de toujours de Bill Mobley, le pianiste Donald Brown qui prend la place de Manuel Rocheman sur ce thème écrit en hommage aux victime de Katrina. Composition forte et surprenante où l'on entend véritablement la marque d'un Donald Brown créatif, inventif, étonnant sans cesse dans le développement d’un morceau à tiroirs et dans la déstructuration de la trame mélodique.

Avec Alex The Great c’est aussi une autre façon de clore ce concert de la plus décapante façon qui soit.

 

L’ensemble de la musique jouée ce soir-là d’octobre 2012 est placée à très haut niveau. Qu’il s’agisse des arrangements ultra intelligents et parfois surprenants, qu’il s’agisse de la direction d’orchestre qui fait se mouvoir ensemble cette masse orchestrale avec autant de finesse que de groove ou qu’il s’agisse enfin des solistes qui livraient là une performance de très haute volée, tout est à l’unisson pour en faire un très grand et brillant album de jazz. La musique construite et dirigée de main de maestro élève ce concert à la hauteur des grandes œuvres pour Big band comme on en fait aujourd’hui très peu aujourd'hui à l’exception peut être de Darcy James ou Maria Schneider. C’est tout dire.

Jean-Marc Gelin

  

 

 

 


 

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Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
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