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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 11:40

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Blue Note, le meilleur du jazz depuis 1939. Richard Havers, traduction Christian Gauffre. 416 pages, 450 photos et fac similés. 27,7 X 21,6 relié. Editions Textuel. 59 euros.

Voilà un livre qui vaut son pesant de savoirs et d’émotions et justifie amplement de casser sa tirelire. C’est un pavé et pas seulement de bonnes intentions. L’histoire d’un des labels qui ont marqué –et marquent encore- l’histoire du jazz. Blue Note, deux mots pour voyager à travers le jazz sur 75 ans, des virtuoses du boogie-woogie (Ammons et Lewis) aux explorateurs des nouvelles voies (Glasper et Moran) pour se limiter aux seuls pianistes.

Publié à l’occasion des ¾ de siècle de la compagnie de disques (1), cette brique à couverture … bleue séduit d’entrée de jeu par la richesse de son iconographie : des pochettes de disques présentées souvent en pleine page et qui mettent en valeur le talent du graphiste Reid Miles, des « planches contacts » de photos prises en studio souvent par Francis Wolff, un des patrons du label lui-même… L’amateur y retrouve aussi des analyses des disques majeurs- du label, de Sidney Bechet (en 1940) à Gregory Porter (en 2013) témoignant de la diversité du catalogue du label désormais dans l’escarcelle d’Universal Music Group.  La sélection porte sur 75 albums dont dix pour 1964, année prolifique avec Lee Morgan, Wayne Shorter, Tony Williams, Herbie Hancock, Art Blakey …

Journaliste spécialiste de musique, auquel on doit un ouvrage sur Frank Sinatra, Richard Havers évoque avec précision l’histoire de Blue Note, ne serait-ce que sur les débuts audacieux à New York en 1939.  Installé dans la métropole depuis 1936, Alfred Lion (1908-1987), qui avait fui l’Allemagne nazie, gagnait sa vie dans l’import-export mais pas suffisamment pour concrétiser sa passion pour le jazz. D’où son association avec un écrivain et musicien aux idées de gauche, Max Margulis, et un poète et critique théâtral, Emanuel Eisenberg, pour fonder, le 25 mars 1939, Blue Note Records. Ce n’est que quelques mois plus tard que l’équipe dirigeante du jeune label sera renforcée par l’arrivée fin octobre d’un camarade d’enfance berlinois d’Alfred Lion, issu également d’un milieu « intellectuel et bohème », Francis Wolff, qui avait obtenu un visa de sortie in extremis alors que les nazis avaient déjà envahi la Pologne.

L’aventure Blue Note pouvait dès lors commencer avec une volonté affichée de se différencier des majors du disque : des choix artistiques « sans compromissions commerciales », assurait leur premier communiqué de presse, graphisme éclatant, un format de disque de 30 cm généralement réservé à la musique classique, et non de 25 cm, la norme alors pour le jazz, pour donner aux artistes la possibilité de s’exprimer largement, un prix de vente également plus élevé (1,50 dollar le disque vendu initialement seulement par correspondance, soit deux fois le prix de vente moyen des 25 cm en magasin). Stoppée près de deux ans (1941-43), comme les autres compagnies, par la grève du syndicat des musiciens-qui demandait une juste rémunération notamment pour la diffusion des albums à la radio-la production de Blue Note prendra véritablement la voie de la modernité en 1944 avec l’engagement comme directeur artistique du saxophoniste Ike Quebec. Bientôt le label allait signer Fats Navarro, Thelonious Monk, Miles Davis, Bud Powell, Art Blakey…. Blue Note entrait alors dans l’histoire du jazz. Le tandem Lion-Wolff allait atteindre son apogée dans les années 50-60 avec l’embauche de deux hommes à forte personnalité artistique, Reid Miles, graphiste, et Rudy Van Gelder, ingénieur du son travaillant sur sa console avec des gants blancs. Tout un symbole de l’excellence qui identifie un label toujours vert à 75 printemps.

Jean-Louis Lemarchand

 

 


(1)  Un festival, Blue Note Xperia Lounge, est organisé à Paris du 18 au 23 novembre avec des concerts à l’Olympia, la Gaîté Lyrique et les clubs de la Rue des Lombards. A l’affiche, Robert Glasper, Ambrose Akinmusire, Lionel Loueke, Oran Etkin, Sophie Alour, René Urtreger, Marcus Miller….On lira également le dossier spécial (40 pages) consacré au label par Jazz Magazine de novembre.

 

           

 

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Published by Jean-Louis Lemarchand
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