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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 23:01

« Songs of mirth and melancholy »

Marsalis Music 2011

Brandford Marsalsi (ts, ss), Joey Calderazzo (p)

 branford-marsalis-and-joey-calderazzo-songs-of-mirth-melanc.jpg Brandford s’offre un petit intermède, une sorte de parenthèse avec le pianiste de son groupe, Joey Calderazzo (celui là même qui a remplacé il y a quelques années l’irremplaçable Kenny Kirkland) pour un exercice en duo dont le titre ne saurait mieux résumer l’atmosphère. Car ce dont il est question est effectivement la Mélancolie avec un grand « M », dans un album où la plupart du temps Brandford Marsalis joue du soprano et s’y affirme comme l’un de tout meilleur sur cet instrument. Brandford Marsalis m’avouait dans une interview que j’avais recueilli pour Jazzman qu’il s’était mis sur le tard à travailler beaucoup son instrument et surtout sur le soprano au point de maîtriser à la perfection ce subtil vibrato comme peu le font aujourd’hui. Dans cette même interview, le saxophoniste New orléanais me parlait de son amour de l’opéra et de son désir de faire chanter son soprano comme un chanteur. Et c’est exactement ce qu’il fait ici dans une posture qui le conduit à une forme de classicisme de musique de chambre que certains ne manquent pas de reprouver venant d’un musicien de jazz qui semble un peu trahir ses propres racines ( rassurez vous je n’adhère pas à cette thèse). Soyons juste cela dégouline quand même parfois dans le genre tire-larme au point de frôler le mélo, le mauvais pathos. Mais soyons encore plus juste, cela frôle aussi parfois le sublime. The Bard Lacrymose dont le son de Brandford Marsalis transperce l’âme par exemple. Moi je pense à des lieds de Schubert et cela m’émeut. Mais je dois reconnaître qu’en gommant toute notion de jazz dans ces interprétations, Brandford Marsalis pourrait tout aussi bien aussi glacer son auditoire.

Marsalis sur ce terrain-là ne surprend qu’à moitié. Car ceux qui avaient entendu « Braggtown » il y a deux ans reconnaîtrons par exemple Hope qui figurait dans cet album et qui est ici repris à l’identique en duo. Il y  avait déjà alors les prémisses de ce nouvel album qui, malgré une ouverture très old school, se tourne résolument vers ces thèmes d’opéra ou d’église ( inspiration du lieu) . Thèmes sur lesquels l’expressivité du saxophoniste et sa sentimentalité explosent véritablement. Presque du théâtre. Il faut l’entendre sur Face on the barroom floor, entendre sa puissance, son vibrato qui s’accommode de la droiture du son qui transperce tout, et ce léger glissando qui irait presque jusqu’au blues, si seulement…. Et il faut aussi entendre comment il fait sonner son sax sur Endymion où le son se confond presque avec un violon alto. Une progression de ce thème ( l’éloignement de Brandford du micro témoigne d’un album qui garde la sincérité des 1ères prises) où pour une fois Joey Calderrazzo semble trouver l’axe pour propulser Brandford Marsalis dans un chorus de très très haute volée pour un de ses solos sur lequel l’on décèle la marque des très très grands saxophonistes. Ceux qui loin de se laisser emporter par un torrent de sentiments savent lui donner son expressivité ravageuse. Ce qui doit être peu ou prou ce que l’on nomme le feeling et qui n’appartient qu’à une poignée de musiciens.

Les deux hommes ressentent quelque chose de plus grand qu’eux dans ce H"aiti Heritage Center" dans lequel l’album a été enregistré.

Et il faut certainement écouter cet album avec un capital de tendresse pour entrer dans cette forme de musique pour laquelle les deux musiciens ont certainement mis une grande dose d’humanité. L’émotion qu’il véhicule peut parfois faire sourire ou agacer par son côté bel canto un peu kitsch. Mais il peut aussi émouvoir les âmes simples qui entreront dans cet album sans aucun préjugé. Je dois certainement faire partie de celles-là.

Jean-Marc Gelin

 

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Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
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