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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 23:16

Cabu Jazz Masters
Une collection de 32 titres
Sortie le 28 mars

BDMusic / Harmonia mundi

Cabu-Woody-Herman.jpgWoody Herman une anthologie  1949/1959

Décidément, on aime  beaucoup la dernière livraison des Cabu jazz consacrée à Woody HERMAN et à Quincy JONES, chefs d’orchestre.
Le dessinateur de Charlie Hebdo et du Canard Enchaîné continue à croquer des portraits des grands du jazz, alors que Wozniak en assure la mise en couleur sur un fond jaune éclatant. Le label affectionne la BD et le Jazz,  on le sait  et on attend à présent comme pour un épisode de la nouvelle saison de la série l’ anthologie maison concoctée par Christian Bonnet.
Si l’objectif de cette collection est de faire découvrir ces perles rares, ces joyaux d’une époque bien révolue, voilà encore quatre beaux numéros.
On commence par les leaders.   

Woody Herman est une des personnalités attachantes de l’histoire du jazz, puisqu’il n’aura eu de cesse, sa vie durant, de faire vivre son propre big band .
De 1936 jusqu’à son dernier souffle en 1987, le clarinettiste-saxophoniste altiste aura lutté pour que sa belle machine, particulièrement rutilante exprime cet amour irrépressible du jazz.
Son véritable mode d’expression était son orchestre qu’il arriva à maintenir tout en changeant souvent de personnel et même de dimension.  On a tout de même l’occasion de l’entendre à la clarinette dans « Rhapsody in wood » (qui fut aussi un film en 1947) et chanter de belle manière dans le célèbre « I’ll be glad when you’re dead, you rascal you ».
Ainsi Woody Herman et ses « troupeaux » successifs ( « Herd » en anglais) virent défiler la fine fleur du jazz de ces années bénies, les trompettistes Shorty Rogers, Conte Candoli, les trombonistes Bill Harris, Carl Fontana, Urbie Green.. et évidemment Jimmy Giuffre qui à cette époque ne jouait pas encore « free » mais enchantait avec les « Four brothers », lançant une nouvelle sonorité.
Si on ne trouve pas dans la sélection le fameux solo de Stan Getz débutant, « Early Autumn » en 1947, citons quelques pépites comme
ce « Spain » en 1950 qui permet d’entendre Milt Jackson au vibraphone, un fondant « East of the Sun » de septembre 1952  ou encore « Nice work if you can get it » avec the «Third Herd».
Il y en aura pour tous les goûts avec cette curiosité de 1958  « New cha cha » avec Tito Puente très « caliente », très tendance actuellement.

Voilà une époque heureuse où le jazz s’écoutait en club, à la radio, se dégustait au cinéma : une esthétique aujourd’hui révolue mais les sonorités de ces collectifs, à géométrie et personnel variables, demeurent uniques . Avec de très grands arrangeurs comme Nat Pierce (une version superbe de « Blue Lou »), Ralph Burns, Gene Roland . Plus de soixante après, le frisson demeure…
 
 

Cabu-Quincy-Jones.jpg Quincy JONES

On connaît ce maître de la musique noire, ce virtuose de l’éclectisme, arrangeur, producteur génial de stars planétaires Ray Charles, Michael Jackson, auteur de musiques de films, déclencheur d’événements comme « We are the World ». Mais sait-on que ce musicien exceptionnel né en 1933, était un bopper dans l’âme et qu’il eut toujours le chic de savoir ce qui allait être au goût du jour, donc à l’époque, du jazz.
Un des mérites de ce numéro de Cabu Jazz est de mettre en lumière dans un premier Cd, son rôle de leader, à la tête de son big band, de 1955 à 1959. Et là défilent absolument tout ce que le jazz comportait de pointures, instrumentistes exceptionnels Zoot Sims, Al Cohn, Phil Woods, Lucky Thompson pour les saxophonistes, le pianiste Hank Jones, Clark Terry, Harry Edison à la trompette,  Frank Wess à la flûte, Charlie Mingus apparaît sur un « Lullaby of birdland » de 1956.
Quand  Quincy Jones ne compose pas pour son orchestre, il arrange (déjà) les merveilleuses compositions de Benny Golson  (« I remember Clifford » ) avec un solo de bugle de Clark Terry, et sur «Whisper not», un solo de Zoot Sims. On passe d‘émouvantes et tendres ballades à un blues « Everybody’s blues », ou à des compositions  résolument swing comme « Tickle toe » ou « A Change of Pace ». On se rend compte que les années cinquante étaient particulièrement excitantes avec un large éventail de styles et des musiciens formidablement talentueux.
Le second Cd montre la « versatilité » remarquable de Quincy Jones qui travailla autant pour le jazz vocal avec Dinah Washington, Helen Merrill, Ray Charles dont il fut aussi producteur que pour certains leaders comme Lionel Hampton « Kingfish », Art Farmer Septet (un « Work of Art » qui porte si bien son nom ), Gigy Gryce à Paris toujours avec le trompettiste Art Farmer mais avec Henri Renaud et Pierre Michelot, Sonny Stitt…
En tournée mondiale avec Dizzy Gillespie en 1956, Quincy Jones, infatigable activiste de la scène jazz, fut aussi le directeur artistique d’Eddy Barclay la même année : «Tout doucement » avec un solo de Don Byas au ténor. Pour nous Français, une curiosité, notre Henri Salvador dans une traduction de Vian chante une version un peu différente de « O When the saints » en 1958. On terminera par une autre « madeleine », ce « For Lena and Lennie » du Count Basie orchestra, qui fut  repris avec brio par Nougaro et qui fut aussi l’indicatif d’une émission suivie de Pierre Bouteiller sur France Inter.        
Quincy Jones façonna en partie le paysage musical du jazz pendant plusieurs décennies.  Il est bon que l’on s’en souvienne !

Sophie Chambon

NB : On souligne la praticité de l’objet digipack,  avec des enregistrements restaurés avec le plus grand soin, les précieuses informations discographiques se lisant directement à l’intérieur.Et le prix modique de cette série très didactique.



 

 

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