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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 12:00

cedric-hanriot---french-stories.jpgPlus Loin Music/ Harmonia mundi

2010

Sortie le 17 février 2011

Site de Cédric Hanriot

Myspace Cédric Hanriot


 

Cedric Hanriot French stories , tel est le nom du projet, sur le label Plus loin, du pianiste-compositeur, arrangeur français.

La perspective se renouvelle à chaque plage, conçue comme une petite narration, reflétant couleurs et ambiances qui traversent l’horizon musical du moment, l’unité se construisant autour d’un bon son collectif, équilibré, où le piano ne domine pas les autres instruments. Au contraire, la rythmique puissante etaméricaine deTerri Lyne Carrington à la batterie et de John Patitucci à la contrebasse ou à la basse électrique, confère à l’ensemble cette couleur jazz, incomparable.

Joyeuse, efficace, stimulante, la batteuse impulse un drive reconnaissable, soutenue par des solos délicatement lyriques du contrebassiste, qui, à la basse électrique fait preuve d’une précision insurpassable.

C’est le pianiste Cedric Hanriot qui joue des nuances, et confère sa qualité éclectique au disque.

S’il est arrivé tard dans le monde de la musique, ayant commencé par un masters en électronique et traitement du Signal audio (assez peu explicite pour le béotien), on comprend vite qu’il maîtrise tout ce qui touche le son, du grain à la couleur, qu’il est un adepte du travail sur la sculpture et la mise en espace sonores. Ajoutons que son « background » l’a poussé à voyager et vivre aux Etats Unis où il a vite accompagné des musiciens américains. Il est donc enclin à se frotter à tous les styles, genres et techniques : les dix plages explorent de façon ouverte et volubile le jazz et les autres musiques actuelles, pop, électro, R&B, blues, hip hop que Cedric Hanriot a su s’approprier en les pliant et dépliant, tentant ouvertures, passages, frontières abolies.

Ce n’est donc pas un disque de pianiste, même s’il nous offre plus qu’un aperçu de tout ce qu’il sait faire avec un clavier, excellent «ambianceur» : il passe d’un Prélude tendrement romantique au fender, avec violon (Benjamin Powell) et violoncelle(Patrick Owen) à un Mambo électrique et électrisant qui évoque la fusion . Le beau Tribal poem conduit à une transe, un crescendo tout à fait hypnotique. Tels sont quelques exemples des formidables possiblités de ce musicien « touche-à-tout », véritable « homme orchestre », musicien habile qui sait aussi casser les « codes » de la musique.

Le titre pourrait prêter à confusion après ce que nous venons de dire si, dans le répertoire de Cedric Hanriot, il n’avait réservé une place de choix à la chanson française, quatre titres sur dix, de Brel à Nougaro sans oublier Piaf. Et même plus surprenant, le pinaiste choisit Michel Delpech, aujourd’hui fringant sexagénaire, un temps l’idole des minettes dans la pop sucrée des seventies. Ainsi avec goût, Cedric Hanriot reprend le gentillet Que Marianne était jolie, grand succès de Delpech sur des paroles de Pierre Papadiamandis, le parolier de Mr Eddy, en l’arrangeant avec cordes et autres effets sonores bienvenus : la petite mélodie simple et fraîche en est ainsi toute retournée. Cedric Hanriot revendique son identité de « Frenchie » en revisitant certaines chansons de la mémoire collective. Le chef d’oeuvre de Brel, La chanson des vieux amants, conserve, par le grain mélancolique du violoncelle, de sa force émotionnelle, avec la voix de 2TH traitée en instrument, s’intégrant à la musique plus que la supportant. Il est judicieux en effet de traiter différemment des chansons de notre « patrimoine » aussi marquées.

L’hymne à l’amour est retravaillé en un duo piano cristallin et voix étirée, chuchotée, sur un rythme ralenti, une version pour le moins originale, pas toujours convaincante, mais qui change au moins du classique immémorial de la môme Oiseau. On aura cependant une préférence, dans cet arrangement de chansons françaises, pour la reprise du tube génial de Nougaro Le Jazz et la Java : avec d’incessantes ruptures de rythme , brisures, ça swingue même !

Voilà donc un disque d’éclats, une petite architecture sonore qui tient à un rien qui est tout, le temps : on voyage dans le temps de la musique, des saisons et années…

 

Sophie Chambon

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