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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 23:59

ECM 2010

Charles LLyod (ts, ss), Jason Moran (p), Reuben Rogers (cb),

 charles-llyod.jpg

C'est avec une certaine nostalgie que Charles Lloyd revient aux fondamentaux des  standards, dans une forme dépouillée et épurée à l'extrême. On l’avait laissé avec Zakir Hussain pour une longue parenthèse un peu world. Mais aujourd’hui, un peu à la manière de ce que faisaient récemment Charlie Haden et Keith Jarrett pour le même label (Jasmine -2009) le saxophoniste revient aux standards et aux ballades avec dans le cas précis de Charles LLoyd, une vraie nostalgie coltranienne qui ne l’a jamais réellement quitté.

Toujours dans l’émotion à fleur de peau, le saxophoniste a 72 ans ne cesse de nous toucher par son évidente fragilité. Certains s’étonneront de son manque de justesse, toujours à l’extrême limite. Et l’on peut aussi s’étonner que les studios d’ECM aient choisi de laisser intact cette fêlure. Et l’on imagine aussi qu’il ne s’agit pas d’un parti pris esthétique mais plutôt le choix de l’authenticité d’un moment d’émotion rare.

Mais surtout quel son ! Jamais le saxophoniste que l’on sait depuis toujours émule de Trane n'a paru s’approcher si près de ce son. Ce son d'une incroyable densité capable de renverser les montagnes dans des mélodies aussi souvent jouées que ces standards qu’il revisite cependant comme au premier jour. Qu'il joue ces standards ( I fall in love too easily) ou qu'il joue des negro-spirituals ( Un get down Moses bouleversant) ou des thèmes de Monk (Monk’s Mood, Ruby my dear) Charles Llyod tient ici une sorte d’album référence à la dimension de « Ballads » l'album éponyme de Coltrane. La même anche, le même phrasé, la même sinuosité du grave à l'aigu, la même intensité de la note. Saisissant mimétisme on l’a dit. Clin d’œil affectueux aussi comme dans ce The Water is Wide où LLyod fait une discrète citation de Bye Bye Blackbird. Jusqu’à clôturer l’album par un texte, Tagi lu par Charles LLyod. Mimétisme encore qui ne laisse d’évoquer le saxophoniste de Philadelphie et son poème dans A Love Suprême.

Comme a l’accoutumé, Charles Lloyd s’accompagne de ses fidèles camarades de jeu : Eric Harland et Reuben Rogers, contrebassiste immense dans cet album à l’image de cette intro de Water Is Wide où il trouve des accents à la Charlie Haden justement.

Dans ce Mirror, sans être tout à fait un testament, Charles LLyod livre un part précieuse de lui-même, le reflet d’une part de l’intime. On pourra peut-être reprocher à Manfreid Eicher d’avoir « sur-marketé » cet album. Mais l’on ne doute pas de la sincérité de Llyod qui, avec tendresse mais sans la moindre tristesse, parvient ici à transmettre comme rarement il l’a fait auparavant, une sérénité intérieure, dans l’art de l’épure et dans la plénitude du son. Un vrai album de paix.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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