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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 18:40

 

Mosaic records

mingus-mosaic.jpg

ll y en a des qui devraient être béatifiés. Des qui ont leur place directe au paradis. Tenez pas plus tard que mardi soir, l'Académie du jazz décernait à juste titre ses décorations à Jordi Pujol , patron de Fresh Sound pour le formidable travail de réédition qu'il effectue depuis 30 ans. Et bien moi je dis que Michael Cuscuna, chief editor de Mosaic devrait bien lui aussi se trouver sa place dans le jardin d'Eden des jazzmen. Car voilà des années que cet inlassable chercheur d'or et de raretés nous offre, et de la meilleure des façons qui soit, de sublimes rééditions agrémentées d'inédits épatants. On se souvient notamment du récent coffret Ahmad Jamal paru en 2010.  Aujourd'hui c'est avec Charles Mingus et ses Workshop de 1964-1965 qu'il nous régale encore. Avec un matériau incroyable de 7 Cd’s (dont les deux derniers totalement inédits) et autant d’heures d'écoute de 5 concerts enregistrés entre avril 64 et mai 65. Certaines pièces sont connues mais d'autres jamais éditées ont été exhumées par Sue Mingus la veuve hypra-active et gardienne du temple de son génie de défunt mari.

Le résultat est absolument remarquable.

En 1964, Mingus est au sommet de sa gloire.Toujours en effervescence, toujours prompt à faire émerger les meilleurs combos de la scène américaine, le contrebassiste-compositeur a déjà gravé des chefs d'oeuvre comme Pithécanthropus Erectus, Blue Roots, Mingus Ah Um, The Black Saint and the sinner lady, Mingus ! etc…… En 1964 Charles Mingus poursuit son travail avec des petites formations allant du quintet au sextet et travaille et répète inlassablement, remettant sans cesse l’œuvre sur l’ouvrage. C’est de cette période que date la série de concerts qui sont ici réédités. Les deux premiers cd’s reprennent les enregistrements live à Town Hall ( 4 avril 1964). 5 des 12 morceaux présentés étaient jusque là inédits. Suit le concert de Concertgebouw à Amsterdam 6 jours plus tard. La formation ce des concerts y était mythique. Elle regroupait Johny Coles, Eric Dolphy, Clifford Jordan, Jackie Byard et l’éternel Dannie Richmond. Avec le concert de Town Hall qui ouvre cette série, on atteint déjà des sommets. Il suffirait pour s’en convaincre d’écouter cette pièce magistrale de 27mn (Praying with Eric) qui donne l’occasion à Eric Dolphy d’écrire l’un de ses plus magnifiques chorus.

 

 

 

 

Avec la mort du saxophiniste-clarinettiste deux mois plus tard c’est une autre formation qui se produit à Monterrey le 18 et le 20 septembre 1964 puis Minneapolis le 13 mai 1965. En Californie Lonnie Hillyer prend la trompette, Charles Mc Pherson l’alto et John Handy le ténor. Jacki Byard et Dannie Richmond restant fidèles au poste. Là encore , cette réédition nous donne l’occasion d’entendre plusieurs rareté dont un «  Copa City Titty », jusque là jamais entendu.

 

Les hommages de Mingus «  à sa façon » se multiplient : à Ellington ( Sophiticated lady,  Duke Ellington Meddley), au ragtime et aux grands pianistes ( ATFW pour Art Tatum et Fats Waller) ou encore à Bird ( Parkeriana). Mingus puise bien sûr dans le blues, source d’inspiration première mais aussi dans le jazz New-Orleans qu’il ne rejette pas ( When the Saints go marching in) ou même au mainstream qu’il joue avec bien sûr un clin d’œil un poil ironique ( Cocktails for two). Et ces célèbres ateliers de Mingus aboutissent à un véritable feu d’artifice d’inventivité rageuse, de solistes héroïques, de musique engagée et de créativité qu’il nous est donné d’entendre. Et surtout la concrétisation du génie compositionnel du contrebassiste. Pour preuve de cette créativité collective, ce célèbre Fable of Faubus qui à Town Hall faisait 11’’06 alors que 6 jours plus tard le même thème fait l’objet d’une véritable suite de + de 30mn.

Pour aboutir à réunir ces inédits il a fallu un véritable travail de fourmi qui a été effectué en collaboration avec la veuve de Mingus, avec une partie du matériau trouvé à la Librairie du Congrès ou encore avec d’autres pièces dénichées  dans l’obscure collection du festival de Monterey et conservées par le label de Clint Eastwood. Le livret qui accompagne la musique est lui aussi remarquable tant pour ses liners notes signées Sue Mingus et Brian Priestly que par les photos magnifiques qui les accompagnent.

Autant dire que ce travail de réédition exceptionnel devrait valoir à Michael Cuscuna au minimum sa place au Paradis.  

Quant à Mingus ne vous inquiétez pas pour lui, il l’y attend depuis belle lurette.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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commentaires

G
<br /> A 120 euros la pilule, même si la musique et l'objet (2500 exemplaires) sont exeptionnels, il faut une bourse aussi exeptionnelle!<br />
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D
<br /> <br /> juste petite nuance , 120 $ soit  90 euros, soit encore 12 euros le CD. Mais je reconnais qu'il faut quand même les sortir........<br /> <br /> <br /> <br />