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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 23:54

 

ECM 2012

Chris Potter (ts, ss , clb), Craig Taborn (p), David Virelles (prepared piano, celeste, harmonium), Larry Grenadier (cb), Eric Harland drums

 chris-potter-the-sirens.jpg

C’est  du  grand  Chris  Potter que l’on retrouve dans ce nouvel album paru chez ECM.

A  42 ans le gamin de Columbia s’impose aujourd’hui comme l’une des figures les  plus  impressionnantes  du  sax  ténor.  Celui  que  l’on  connaissait impétueux  et irrésistible sur des albums déjà mythiques comme le superbe « Follow  the red line », accède, en signant chez ECM à une sorte de maturité impressionnante.  Là  où l’on entendait un génie débouler à fond la caisse, on  entend  désormais  la vraie profondeur d’un discours. Qu’il s’agisse du

ténor  ou  de   la  clarinette  basse sur laquelle il prend de plus en plus

plaisir  à  jouer. On entend toujours chez lui  (écouter Wine dark Sea) les révérences  qu’il  voue  à  Michael  Brecker  dont  il  est l’un des grands suivistes  (  au  point  d’avoir  joué  longtemps  sur  un Selmer lui ayant appartenu).  Mais  il y a maintenant une autre dimension chez Chris Potter.

Comme  si, ayant définitivement dompté l’instrument ( i tant est que l’on y parvienne  jamais),  Chris  Potter  mettait son talent au service d’un vrai propos  musical qui se traduit tant par sa science de l’écriture que par la dynamique  d’un  groupe  qu’il  crée et dont se nourri en retour. Ainsi par exemple  sa  complicité avec un Craig Taborn qui est ici fondamental, comme si  Chris  Potter  avait  trouvé  dans  le  pianiste, son double parfait en complémentarité mais aussi en contraste. Craig Taborn en véritable magicien

sort   ainsi   très  vite  d’un  rôle  d’accompagnateur  classique  et  son

association  avec David Virelles fait merveille comme sur ce Wayfinder très surprenant  dans leur manière de façonner un son envoutant. Il est un peu à Chris Potter ce que Jason Moran est à Charles LLyod par exemple.

A  l’entame  de  l'album on est immédiatement saisi par le son de sax juste énorme  et  une  mécanique  rythmique  qui se met immédiatement en place et place  la barre très haute. Quelle puissance du discours ! Une stature à la dimension  des  très  grands. Chez Chris Potter il y a (et c’est parfois ce que  certains  lui  reprochent – voir dernière chronique dans Jazzmagazine) une  sorte de véritable leçon d’histoire du ténor. Entendez par là, non pas les  tenors  de  velours  mais les incisifs, les puissants, les tranchants, ceux  qui jouent la ligne droite à haute pression. Il lui arrive parfois de donner  dans  une inspiration très coltranienne comme sur The Sirens  où il ouvre  le  morceau  avec  un passage admirable à la clarinette basse (vieil instrument  des  années 20 sur lequel il joue depuis plusieurs années) dans un moment d’envoutement total, de suspension du temps avant de reprendre le ténor  dans  une  sorte  de  mystique  coltranienne  particulièrement.  Cet exercice  là  apparait  cependant  un  peu  convenu comme un exercice quasi obbligé  dans  la  maison  de  Manfreid  Eicher. Mais la référence de Chris Potter,  il  ne  fait pas l’oublier a longtemps été celle de Sonny Rollins.

Référence  dont  il  se détache aujourd’hui peu à peu mais à laquelle il ne peut  s’empêcher de rendre un hommage comme sur ce Kalypso (forcément !) où il reprend pour son compte les idiomes du maître.

S’appuyant  sur une rythmique exceptionnelle d’où émerge un très grand Eric Harland  et  un Larry Grenadier pas moins exceptionnel (il faut écouter son chorus fascinant à l’archet), Chris Potter au-delà du name dropping de ceux qui  fondent  son  identité  de  saxophoniste  et  par delà ce qui pourrait laisser  penser  à un exercice de style, signe au contraire un grand album.

Le  gamin  de  caroline  Du  Sud  ne prend pas de l’assurance puisque cette absolue  confiance en son jeu a toujours été sa marque de fabrique. Mais en revanche  avec  «  the Siren » le saxophoniste entre dans la quarantaine en

prenant   de   l’épaisseur,   de   la  profondeur  de  champ  et  s’isncrit

définitivement  dans la cour des très grands ténors, dans le panthéon d’une histoire toujours recommencée.

Jean-Marc Gelin

 

Wayfinder avec Joe Martin à la cb et David Virelles au piano.

 

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commentaires

F
<br /> Bonjour,<br /> <br /> <br /> Très belle chronique et très belle perspective. Je suis tout à fait d'accord avec vous, on est vraiment dans la continuité de Michael Brecker. Techniquement, c'est assez impressionnant, et Craig<br /> Taborn alligne un travail remarquable. N'étant pas abonné à Jazz mag, je n'ai pas lu la chronique dont vous parlez. En gros, qu'est-ce qu'ils reprochent à Potter? Merci de répondre quand vous<br /> avez une minute.Quoi que je le devine un peu (un jeu trop parfait, pas de fragilité, pas de fissure... cela dit, comme vous l'avez dit, Potter a vraiment gagné en épaisseur, c'est indéniable dans<br /> The Sirens..).<br /> <br /> <br /> PS. Hâte de recevoir les deux derniers Ben Goldberg (je ne sais pas si vous les avez chroniqués), l'un avec Ellery Eskelin, le second avec Joshua Redman...<br /> <br /> <br /> Amicalement,<br /> <br /> <br /> Fred<br />
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D
<br /> <br /> Bonjour Fred,<br /> <br /> <br /> Oui j'ai effectivement beaucoup aimé les deux albums de Goldberg que j'ai chroniqué dans ces colonnes. les deux, enregistrés à des dates différentes sont très intéressants.....<br /> <br /> <br /> Merci pour votre soutien.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />