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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 11:07

 

Chris Cheek (ts), Cuong Vu (tp), Benjamin Moussay (p, fder), Steve Swallow (b), Chrisophe Marguet (dms)

Abalone 2013

marguet-christophe-sextet_constellation.jpg

 

Certains ont eu la chance d’assister à ce magnifique concert donné à Coutances en mai 2012 qui lançait ce projet, un an avant la sortie officielle de l’album. Nous l’avions chroniqué ici et rangé parmi les plus beaux concerts de l’année. Il y eu ensuite celui donné à la Villette quelques mois plus tard. Toujours avec cette formation franco-américaine surprenante et atypique mais aussi si difficile à réunir.

Côté français, le batteur-compositeur associe Benjamin Moussay aux claviers à Regis Huby au violon. De l’autre côté de l’Atlantique, Chris Cheek au ténor, Cuong Vu (le trompettiste américano-vietnamien entendu dans plusieurs groupes majeurs outre-atlantique et notamment aux côtés de Pat Metheny) et Steve Swallow à la basse se sont associés à ce voyage interstellaire.

C’est donc un sextet totalement inattendu et inédit que Christophe Marguet a réuni pour un album qu’il a composé de bout en bout avec l’art d’un façonnier (sauf After the rain de Coltrane). Et puisque ce sextet est inédit, Christophe Marguet a eu à coeur d’écrire tant pour chacun de ses membres, ayant en tête leur personnalité musicale qu’avec l’idée des multiples associations possibles parvenant à créer, au delà de ces multiples combinaisons une véritable homogénéité de groupe.

On aime l'inventivité de Régis Huby dont l'apport au son de groupe est exceptionnel. On aime cet incroyable trompettiste, Cuong Vu dont chacune des phrases déchire l'espace avec passin. On aime la souplesse et l'agilité du son de Chris Cheek porteur d'incandescence oyeuse. On aime le jeu de Swallow entre basse et guitare dont la pulse essentielle se mêle toujours à la ligne harmonique avec le sens de l'essentiel et du superflus. On aime Benjamin Moussay entre piano et fender dont chaque intervention est une véritable enluminure. Et enfin on aime Marguet, coeur batteur d'un drive subtil et prolixe.

Ce que propose Christophe Marguet ici est un véritable voyage, ouvrant des fenêtres superbes, se basant sur un système de progressions harmoniques d’une incroyable richesse ou laissant place à l’improvisation maîtrisée des solistes tous exceptionnels. Le soyeux du discours de Chris Cheek, le mordant étincelant de Cuong Vu auquel Regis Huby associe parfois un son magnifique portent en soi un langage universel et dense. Parfois ces constellations sont lunaires comme sur ce satiric dancer où le discours de Benjamin Moussay au fender apporte une sorte d’apesanteur sensuelle. Parfois elles puisent dans une inspiration plus classique dans une sorte de suspension du temps. Il faut écouter Agripouli  comme un voyage rêvé sur la mer italienne où les interventions de Régis Huby empreintes de swing mêlé puis de profondeur donnent au thème une dimension onirique auquel se joignent les cordes de Swallow puis les cuivres de Cheek et Vu. Ou encore Benghazi porteur d’une tension sous-jacente s’appuyant sur la ligne de basse, sur le drive et sur les nappes flottantes de Moussay et de Huby avant que la mélodie magnifiquement portée par Chris Cheek nous laisse avec une sorte de nostalgie. Un voyage du côté du hard-bop sur Old road permet d’entendre aussi une autre facette de cette constellation jazzistique où la pulse emporte tout sous le groove d’un Steve Swallow en grande forme.

La musique de Marguet n’est jamais stéréotypée. Créatrice de sensations et d’émotions. Que ces émotions passent par l’émergence de nappes harmoniques, par l’installation de pulsations irrépressibles ou par l’urgence qu’expriment les solistes dans l’énergie de leurs discours, il y a une force vitale incroyable qui s’en dégage. Un vrai collectif. C’était le rêve de Christophe Marguet de réunir ces musiciens qui tous se sont investis dans ce projet. Ce qui passe alors entre ces musiciens exceptionnels, ce courant continu qui circule pour donner le meilleur de la musique nous transporte et nous élève. Et ce rêve se transforme en voyage merveilleux qui nous embarque du premier thème jusqu’à la dernière note de ce superbe After the rain de Coltrane. Et nous laisse la tête dans les étoiles et le rêve en bandouillère.

Jean-Marc Gelin

 

 

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