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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 14:41

Sony Music - compil 2010

  dave-brubeck-legacy-of-a-legend-1.jpg Certains diront que les 90 bougies de Dave Brubeck valaient bien ce petit détour, cette petite compilation sans prétention de quelques titres mythiques enregistrés pour Columbia. On peut le voir comme ça. Sauf que ceux qui ne connaissent pas le compositeur de Take Five et de Blue Rondo a La Turk se rendront vite compte que les 90 ans de Dave Brubeck méritent encore mieux : à quand l'édition complète de l'intégrale du pianiste avec une documentation digne de ce nom ?

Mais pour l’heure ne boudons pas notre plaisir. Il y a encore quelques âmes égarées qui ne savent pas, qui sont encore dans l'ignorance du génie et l'on ne saurait que trop louer le label japonais, au nom de ces non-sachants de rendre accessible au commun des mortels ce qui constitue parmi les plus beaux joyaux de l'histoire du jazz.

Cette compilation de 21 titres sur un double album s'étend de 1955 à 1973 et ne comprend pas de réelles surprises à l'exception toutefois d'un Three to get ready. Ce morceau enregistré par la radio de Pittsburgh en 1967 était censé marquer la fin du quartet mythique (Paul Desmond, - as Dave Brubeck -p, Eugene Wright - cb et Joe Morello - dm). On sait que finalement le carrè magique aura l'occasion de rejouer ensemble en 1976.

Le premier CD s’étend de 1955 à 1960 avec Jeepers Creepers et Taking a chance on love dans un quartet qui n’a pas encore sa forme définitive puisque la batterie y est tenue par Joe Dodge et la contrebasse par Bob Bates. C'est l'extension des concerts alors donnés en live à l'université qui, malgré les réticences de Brubeck passent les portes du studio. Mais déjà cette association fabuleuse, cette rencontre définitive de Brubeck et de Desmond qui a elle seule constitue parmi les plus belle rencontres de l’histoire du jazz (voir le magnifique livre consacré à Paul Desmond – mon publié en France : «  Take Five, the public and private life of Paul desmond » de Doug Ramsey ). Mais les événements prendront une autre tournure avec l’arrivée, dans un premier temps de Joe Morello à la batterie en 1956. Joe Morello, l’incroyable batteur. Joe Morello , la douceur du dire. Joe Morello et son drive impossible, cette intime compréhension du tempo  comme ce Blue Rondo à la Turk en 9/8 subdivisé en 2/2/2/3. Joe Morello et la lumière. Mais il fallait que la paire Brubeck-Desmond trouve son pendant rythmique. Et l’arrivée d’ Eugene Wright en 1958 va alors donner le change exact à Joe Morello pour constituer, là encore ( et l’on s’excuse de cette avalanche de superlatifs) une autre sublime associations de l’histoire du jazz. D’où naissent les groupes légedaires. Et dieu sait combien Brubeck ne les aura pas ménagés ces deux-là avec ces titurages de tempi en 9/8 ou en 5/4 ( le fameux Take Five par exemple). Le quarter sera finalement  dissous par Brubeck en 1967.

Dans ce premier Cd se trouvent des thèmes issus de 9 albums dont le célèbre « Time out » vendu à plus de 1 million d’exemplaires. A noter aussi dans ce premier volume, un morceau (Evenin’) tiré de l’album que le quartet a enregistré avec le chanteur Jimmy Rushing. Le deuxième CD reprend quant à lui des enregistrements en studio et notamment ce « Real Ambassador » écrit par Dave et sa femme Iola, publié en 1961 et marqué par des rencontres avec Carmen Mc rae ou Louis Armstrong pour une concession là encore un peu racoleuse. Il comprend aussi plusieurs thèmes en live  au festival de Newport en 1963 ou 10 ans plus tard au Philamrmonique de Berlin avec Gerry Mulligan qui remplaçait alors Paul Desmond.

 

21 titres donc qui reconstituent les grandes lignes des enregistrement de Dave Brubeck pour le label Columbia. Enregistrements qui, on l'a dit, furent parfois (rares fois) marqués par quelques concessions aux exigences de la superproduction à l'américaine (3 enregistrements an !) sans que jamais Brubeck n'y sacrifia une once de son exigence musicale. Et c'est bien tout le mérite de ce double cd que de monter combien le génie qui semble si facile lorsqu'il s'exprime ainsi, est ainsi ouvert à tout public. Une bien belle universalité réconciliante.

Au delà du fameux quartet c'est aussi la mise en évidence du génial compositeur et du  pianiste dont chaque thème permet d’apprécier l’indispensable insolence. Entendons par là cette liberté farouche de Brubeck pour le thème dont il s’affranchit de toutes contraintes pour en refaire sa propre œuvre originale. L’art de la fugue c’est chez Brubeck , l’art de la tangente géniale.Certainement les leçons de son maître en composition, Darius Milhaud. Dans les liner note, son fils ( précisément appelé Darius Brubeck) explique que lors d’un concert donné à Poznan, Brubeck joua un morceau, Thank You ( ou Dziekuje) dédié à Chopin. A la fin du morceau le silence dans la salle laissa craindre au pianiste que le public polonais se soit senti offensé de cette liberté, avant que le silence ne soit rompu par les tonnerres d'applaudissements du public. C’est que Dave Brubeck ne connaît pas les bonnes manières, ni les manières tout court. Sous les doigts du pianiste, tout semble se réinventer avec la grâce et la légèreté de l’aisance joyeuse. Car il y a de la joie dans la musique de Brubeck. Bien au delà du swing ( quel swing !) la musique de Brubeck portée le voile et les froufrous soyeux de Paul Desmond semble s’envoler dans l’air. Cette musique là est une sorte de don, d’offrande. Indispensable au bonheur.

Jean-Marc Gelin

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Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
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