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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 10:13

Davidsware-onecept.jpg 2010 - Aum Fidelity / Orkhêstra

David S. Ware – ts, stritch, saxello, William Parker – cb, Warren Smith – dr, timbales, perc

 

“I am back”.

Le saxophoniste David Spencer Ware l’annonce fièrement sur son site web. Ce dernier des Mohicans d'un  jazz moderne-avant-gardiste américain, authentique, d'envergure internationale, est de retour avec Onecept,  après un combat difficile contre le diabète qui s’est soldé par une greffe des reins en mai 2009. Après dix ans de dyalise, devenue inefficace, Ware accepte l'idée de greffe. Sur les conseils de son agent américain, Steven Joerg, Ware fait un appel aux dons de reins. Immédiatement, une donneuse propose un rein: c'est Laura Mehr. Soulagement.

Il enregistre Onecept, que l'on traduit comme « en une prise », avec ce nouveau trio en décembre 2009 au studio Systems Two à Brooklyn. 2009 marque cinquante années de pratique du saxophone pour le saxophoniste. C'est aussi l'année de la renaissance artistique.  David S. Ware est un musicien de jazz authentique, pure souche. Élevé par la tradition, il « fait le métier »: il arpente les clubs et développe son art, coûte que coûte. Dès le début, Ware prend conscience de la nécessité vitale de creuser le sillon le plus solide et profond. Il fonde alors ce fabuleux quartet, à la longévité exceptionnelle de 15 ans,  avec Matthew Shipp au piano et le contrebassiste William Parker, le fidèle parmi les fidèles, alors que se succèdent quatre batteurs aux styles différents (Marc Edwards, Whit Dickey, Susie Ibarra, Guillermo E. Brown). Entre 1988 et 1996, il s'exprime à travers un jazz d'avant-garde et cultive un jazz aride. Puis en contrat avec Columbia Jazz entre 1997 et 2001, il s'essaie à un jazz modal et rude,  structuré et sans concession. Le contrat rompu, il rejoint les labels Thirsty ear et AUM Fidelity pour une phase de renouvellement intense alliant des albums « traditions » (Balladware, Freedom Suite) et des œuvres introspectives aux effets sonores nés de travaux de post-production (Corridors and Parralels, Threads). L'année 2006 voit sortir l'album « Renunciation » qui annonce la fin du quartet historique. Ware revient deux années plus tard avec son « New Quartet » composé de Joe Morris à la guitare, William Parker et Warren Smith à la batterie. Non, David S. Ware ne renonce pas. Justement.

Sur Onecept, Ware joue de trois saxophones– on les entend chacun sur trois pièces -, renoue avec deux d’entre eux peu utilisés (stritch, saxello), qu’il avait contribués à faire revivre déjà par le passé (Great Bliss Vol. 1 & 2). Onecept est une création directe et spontanée, sans répétitions ni compositions. La directive de Ware à ses musiciens est de prendre part dans la musique avec une propre indépendance expressive. Une prise, un concept, une conscience: les neuf pièces débutent de manière directe, dans une sorte d'immédiateté cohésive avec Warren Smith comme port d'attache. Elles se terminent, sans véritable préavis, sur une note spatiale et sonore du batteur-percussionniste alors qu'elles sont armées pour durer encore (« Wheel of Life », « Savaka »).

David S. Ware adopte un son plus sobre, moins incendiaire, quoique halluciné. Il n'est plus l'élément combustible du groupe comme auparavant: l'équilibre du trio tient aux trois forces égales. On entend que le saxophoniste a pris un soin à particulier à la limpidité de son son, qu’il contrôle parfaitement. Son jeu aux saxophones, faits de circonvolutions hachées qui rappellent le mantra et amènent à une quasi-transe du saxophoniste, est plus compacte et décisif que par le passé; la densité est plus fulgurante (Écoutez le magnifique solo sur « Desire Worlds »). On aime à penser à la renaissance du saxophoniste. William Parker est comme à son habitude une mine de sonorités décalées, en particulier à l'archet, de rebondissements rythmiques et une grande force de proposition. Mais la belle surprise est Warren Smith qui sonne comme une  évidence. C'est à se demander pourquoi il n'apparaît qu'aujourd'hui dans la sphère musicale de Ware! Il est la clé percussive qui lui manquait. Smith est le batteur accompagnateur ubique par excellence: d'une main, il colorie les cordes de la contrebasse ou les ponctue à contre-temps à coups de gongs (« Book of Krittika »), de l'autre il suggère un mouvement de fulgurance au saxophoniste. Orchestrateur rythmique et sonore, Smith scintille et donne une vibration modulatrice à la musique du trio, aussi bien sur les peaux des timbales que sur la batterie.

Alors que Ware fête ses cinquante ans de pratique du saxophone, sa technique semble en pleine expansion, la maitrise totale de ses instrument lui permettent de projeter sa musique encore plus haut. En 2005, il nous confiait être guidé par une force qui le poussait à jouer, guidait son souffle; il nous racontait comment il se sentait investi de la force de Ganesh (« c’est la force de Dieu qui passe à travers moi. »). Le Saxophoniste Mystique est aujourd'hui encore plus convaincu par ce qui le meut depuis toujours : Dieu, un jazz expressif et suggestif... Free-jazz, terme bien trop réducteur ; Jazz introspectif, sans aucun doute ; mais jazz authentique avant tout. Un Musicien rare.

 

Jérôme Gransac

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Published by Jerome gransac - dans Chroniques CD
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