Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 07:45

Abalone production 2010

Denis Badault (p), Régis Huby (vl), Tom Arturs (tp), Sébastien Boisseau (cb)

 h3b.jpeg

Totalement déconcertant. A tout le moins iconoclaste. On cherche, parce que c'est pratique et toujours réducteur (donc facile à faire), dans quelle case on pourrait ranger cet album du (trop rare) pianiste Denis Badault sans jamais y parvenir réellement. La musique est écrite et improvisée, c'est du jazz mais Régis Huby y apporte des sonorités parfois très classiques, ça part parfois à la limite du free, c’est expressif et parfois poétique, c’est mystérieux sans l’être tout à fait. C'est en tout cas toujours surprenant dans la forme.

A la base, la formation est originale et basée sur un quartet à trois cordes (piano, contrebasse et violon) + une trompette. À partir de là les procédés d'écriture nous donnent une lecture à angles multiples jouant sur des formats à géométrie variable. Les musiciens dialoguent, se croisent, s'intervertissent, changent de place dans des propositions qui vont du duo au quartet réuni. Denis Badault peut déplacer les lignes comme il l'entend et  ajouter ou retirer un élément à sa guise sans jamais que l'ensemble ne perde en homogénéité (comme c'est le cas par exemple sur Doubles Cordes). Mais si le partage et l'échange de rôle peuvent se produire facilement c'est que chaque musicien est totalement impliqué dans le projet avec une formidable énergie qui circule de l'un à l'autre ( Rage en ut).

L'écriture de Denis Badault se fait parfois ténébreuse (comme dans Jon B) ou s'éclaircit avec cette Contine des Hauts Part 2. Et si l'on apprécie cette complémentarité du quartet composé de fortes personnalités musicales qui jamais ne se diluent, on apprécie aussi les (trop rares) incursions de Denis Badault , selon nous un peu trop cantonné au rôle rythmique, mais qui, lorsqu'elles émergent apportent une réelle clarté à l'ensemble. Regis Huby et Tom Arturs (remarquable trompettiste anglais) font montre quand à eux d'une admirable complicité et la paire s'associe autant par le contraste de leurs sonorités que par leur approche musicale radicalement  différente. La paire Badault +Sébastien Boisseau assurant le liant entre les deux.

Reste que cet ensemble original ne laisse de nous perdre. Au point que l’on a du mal parfois à accrocher réellement au propos. Pas de fil mélodique auquel se tenir, des structures originales et surprenantes ce qui en soit est toujours une aventure, mais dont on sort sans savoir réellement où Denis Badault souhaitait nous mener. Ainsi en est-il du dernier thème, L'arbre à Quinte qui dérive de "Tenderly" et qui achève de nous perdre dans l'univers mystérieux d'entrelacs de Denis Badault.

S'il y a chez le pianiste-compositeur des airs de Braxton ou de Threadgill, il y a surtout dans son écriture cet art de susciter l'interactivité. Et ce qui peut s'entendre comme une réelle "Suite" musicale doit forcément trouver une suite logique sur scène.

La musique de Badault en est en tous cas un formidable prétexte.

Jean-Marc Gelin

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Dernières Nouvelles du Jazz - dans Chroniques CD
commenter cet article

commentaires

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj