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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 22:11

 

Airelle Besson (tp), Sylvaine Helary (fl), Céline Bonacina ( bs, ts), Didier Levallet (cb), François Laizeau (dms)

 voix-croisees-didier-levallet-quintet.jpg

On connaît la générosité et les talents de Didier Levallet. A la fois remarquable contrebassiste, personnage éminemment fédérateur et sympathique, pierre angulaire du beau festival de Cuny et ancien patron de l’ONJ. Mais Didier Levallet est aussi et surtout un superbe compositeur et directeur d’orchestre. Si besoin en était, il en apporte ici une nouvelle démonstration avec ce nouvel album, « Voix Croisées » qui vient de sortir aux Editions Fremeaux.

Car Didier Levallet offre ici un magnifique écrin d'écriture. Dans sa manière de faire jouer son quintet il y a des tramages harmoniques qui rappellent un peu ceux de Gil Evans. Dans cette façon notamment de faire sonner une petite formation comme un véritable big band. On entend cela par exemple sur ce beau thème Alicia's walkou sur Sound Fictionou encore sur Antigone 's choice. Mais tout étant dans tout on entend aussi parfois dans cette écriture la marque d'une certaine école classique qui va de Lili Boulanger à Duruflé. C’est qu’ici le quintet respire largement et prend un élan formidable porté par chacun des solistes et par une rythmique ultra efficace. Avec Didier Levallet, tout est sous contrôle, la musique retient les leçons de Miles et prend son temps et l’espace nécessaire.

Dans cet album les femmes sont mises à l'honneur, véritables jeunes et talentueuses héroïnes où ces 3 solistes exceptionnelles se font entendre à la fois comme soliste mais aussi comme partenaire idéale. 3 « voix croisées » dans de subtiles tramages. C’est que, comme on l’a dit, Didier Levallet fédère les talents et les énergies de ces trois personnalités musicales. Airelle Besson aujourd’hui au sommet de son art apporte de la flamboyance et en même temps la chaleur d'une trompettiste de très haut vol, jamais dans l'exubérance, toujours dans la mesure très maîtrisée. Il faut l’entendre sur Le dur désir de durer; morceau très émouvant où les contre-chants sont écrits à la perfection et où Airelle commence sur un registre très "à la Miles" pour s'envoler ensuite avec beaucoup d'incise et de mordant tombant en revanche de manière un peu abrupte sur une coda un peu brutale. voix croiséesAirelle Besson s’entend à merveille avec la saxophoniste Céline Bonacinca, remarquable au baryton et qui porte le groove d'une hard bopeuse de talent à l'instar de La Jetée où elle fait éclater son talent de Baryton-woman à la manière d'un Peper Adams. La flûtiste Sylvaine Helary apporte quand à elle une autre couleur, la marque d'une musicienne venue du classique ou du contemporain qui se serait en même temps nourrie à l’écoute d’un James Moody.

Et derrière ces trois solistes il faut aussi une belle rythmique et une belle énergie pulsée par le beat de Didier Levallet ( quelle puissance ! quelle rondeur ! Mingus pas dans l’écriture mais dans l’esprit du porteur d’un projet) et le drive agile de François Laizeau.

 

Il règne dans cet album une forme de douceur harmonique très chaude, un enveloppement dans du doux et du suave. Une écriture élégante et racée portée par une direction parfaite. Sans pour autant que cet équilibre n’exclut de vrais moments de lâcher prise.

C’est avec Didier Levallet, un vrai collectif qui vit et respire la musique. Avec une formidable cohésion.

Jean-Marc Gelin

 

 

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Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
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