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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 13:57

 

Jean Marc Padovani Philippe Léogé musiques

Enzo Cormann textes

Production La grande ritournelle/Soleart productions

 film-noir.jpg

Comme le cinéma et le jazz ont un long compagnonnage, le film noir était tout indiqué pour inspirer les musiciens de jazz. Son époque, pourtant révolue, n’en finit pas d’exercer sa fascination. C’est un poème jazz qui est mis en musique par le saxophoniste Jean Marc Padovani et le pianiste Philippe Léogé sur les textes dits par leur auteur Enzo Cormann. Un scénario de jazz en images parlantes et sonnantes pour quartet instrumental (Maxime Delpierre à la contrebasse et Pierre Pollet à la batterie). Projet intéressant qui trahit un amour intense pour les romans policiers de la série noire et les films de gangsters des années trente. Les metteurs en scène Fritz Lang, John Houston, Billy Wilder, Howard Hawkes, et les « script doctors » de l’époque dans « les mines de sel » hollywoodiennes de Faulkner sont évidemment convoqués ( Raymond Chandler, David Goodis, William Irish (la sirène du Mississipi), Horace Mc Coy...) Le cinéma, le roman noir et le jazz s’enrichissent de leurs techniques respectives : atmosphère sombre, oppressante, érotisme, voix off, dialogues rythmés, syncopés...

Cet album n’est pas une énième variation  sur les musiques de films de Miklos Rozsa, Dimitri Tiomkin et leur arrangement jazz, ni la recréation inspirée de Stephan Oliva  « Film Noir », ou son hommage très personnel « After Noir » avec des portraits de Robert Ryan, Ida Lupino. Sur le même thème, c’est un spectacle complet de théâtre musical, la littérature mise en musique... Le livret, parfait, donne à suivre tout le travail du poète Enzo Cormann : ses références nombreuses se croisent dans le labyrinthe des mots et des souvenirs, des évocations de films, de livres aussi, d’auteurs allant de Shakespeare à Pavese. Il insère citations, dialogues de films, où The Big Heatrevient souvent, tant ce règlement de comptes est l’un des films de la période américaine de Fritz Lang parmi les plus saisissants. Les prisons regorgent d’idiots qui se demandent pourquoi ils y sont. Tous ces titres nous parlent, ils arrivent même dans la dernière pièce à tricoter un texte qui tient la route. Les références sont précises, Truffaut et Godard sont convoqués pour leur fascination envers l’univers de Goodis ou Irish : «Je rencontre François Truffaut au détour d’un rêve, lui demande s’il connaît  l’adresse d’Alfred Hitchcock : Demande là donc au plus con des suisses pro chinois».

Si le spectacle est fait pour être vu, à l’écoute du seul disque, on y est déjà, tant la musique, véritable B.O du film, s’adapte aux changements de décors, à chaque nouvelle composition. La pièce est mise en scène par Cormann qui se démène comme un beau diable, fait plusieurs voix, avec un indéniable sens du rythme : diction précise, voix posée, phrasé très jazz assurément. Il est l’un des musiciens du groupe, à part entière. C’est là le plus bluffant car il ne chante pas, fredonne juste une fois vers la fin, entre Salvador, Vian, Nougaro. Étonnant histrion qui anime son poème, juste ce qu’il faut pour que ses vers libres sonnent et raisonnent. Son texte doit être lu, ce n’est pas une logorrhée novarinienne, mais une transcription dans notre langue de l’atmosphère propre au genre. La musique est parfaite, assez discrète pour ne pas couvrir et détourner du sens : il faut que l‘on suive et comprenne le français, les mots. Elle est là, agissant dans l’ombre, se collant parfaitement à la peau du texte. Ainsi surgissent les élans saisissants, déchirants du saxophone d’un Jean Marc Padovani très coltranien en somme  dans « Death will come ».

Pour nostalgiques évidemment, dingues de cinoche, fondus au noir du jazz, la seule musique véritable de cette époque. Les autres regarderont, écouteront en se disant que ça leur rappelle quelque chose,  tant ces images sont imprimées dans l’inconscient collectif. Le film noir et la musique qui s’y rattache est le reflet le plus fidèle d’une réalité sulfureuse et marginale qui nous fascinera toujours.

Sophie Chambon

 

 

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