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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 12:32

MeTal-O-PHoNe.jpg

Coax Records - 2010

 

Benjamin Flament (vib), Joachim Florent (cb), Elie Duris (dr)

 

On les savait jeunes, curieux de tout, avides de connaissances, cherche-partout. Voilà le premier album de la paire Flament/Florent accompagné d’Elie Duris à la batterie.

MeTal-O-PHoNe. MeTal-O-PHoNe. MeTal-O-PHoNe … Ca sonne aride et éclatant comme le métal, ça en dit long sur le projet. Tout a été précautionneusement étudié pour ce projet : les directions et techniques musicales, le visuel, le choix des instruments et leur utilisation. C’est brillant. Comme le métal.

D’abord le visuel : la couverture nous montre un amas de métal ; le dos : une tour de métal raide et complexe, probablement rouillée par le temps, sur un fond rouge qui fait penser aux Hauts-fourneaux d’Usinor avec ces coulées de plomb à 1000 degrés qui, croyez moi car j’y étais, vous glacent le dos; l’intérieur : une clarté bleue aseptisée avec une présentation minimaliste du groupe et des intervenants dans le projet.

La richesse des sonorités. Benjamin Flament fait éclater son xylophone à travers de nombreuses expressions sonores : sèches ou longues, xylophone monté sur des effets sonores distordus durs ou malléables. La contrebasse grinçante et vibrante (avec un long et bon chorus à l’archet virevoltant sur « Karter »), souvent fulminante, de Joachim Florent est le lien le plus directe avec le métal industriel que nous évoque le visuel. La batterie, bondissante et ordonnée, est un joyau de sonorités métalliques aux cymbales et le jeu sûr et précis, léger et appuyé à la fois nous montre qu’Elie Duris est un travailleur acharné de l’instrument en passe de devenir un maître en la matière. Quelle maitrise rythmique que ces trois là !

La musique. C’est une musique sonnante et ferme, haletante, parfois rude mais travaillée, expressionniste. « Roms » et « Papouilles » font penser aux explosions magmaiennes de l’époque de Üdü Wüdü avec un xylophone trafiqué et une contrebasse heavy-metal. Le travail sur la rythmique est permanent, en témoigne « Steve Reich in Babylone » où le trio travaille un drumming reichien martelé au xylophone qui se délie, avec le soutien des cymbales éclatantes et nerveuses, dans une ambiance rock sur une rythmique tout en déphasage. On se souvient avoir entendu ce son de cymbales dans l’œuvre improvisée « Sons / Neheh » enregistrée dans une chambre d’hôtel réunissant Jannick Top et Christian Vander.

La musique encore. C’est une musique de transe, planante et envoutante ; une musique comme « Improvisation Zen » que l’on écoute allongé, le corps en suspension. Il ya beaucoup d’influences dans cette musique : des formules traditionnelles ancestrales (« Tahiti ») aux musiques contemporaines les plus recherchées en passant par des clins d’œil jazz comme « Bama » à la rythmique très fournie, des morceaux rock progressif très réussis, comme « Robotsticks », qui nous évoquent certains moments zappaien ou crimsonien. Sur les douze compositions du trio, quatre pièces courtes temporisent les élans brulants et les déserts éthérés ; ce sont des petits exercices de styles (« Vision 1 » et 2,  « Mutation 1 » et 2) qui tracent le sillon pour les autres morceaux plus longs et fouillés.

MeTal-O-PHoNe, ce n’est pas à proprement parler du jazz, du rock ou de la musique minimaliste, c’est la résultante de tout cela et de bien d’autres encore. C’est un travail essentiellement basé sur les Rythmes, avec un R majuscule, exécuté par trois jeunes musiciens doués, bûcheurs et très créatifs. Une grande bouffée d’air en cette fin d’année, une goulée métallique !

 

Jérôme Gransac

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