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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 13:33

X---Francesco-Bearzatti.jpg2010 - Parco della Musica

 

 

Site de Francesco Bearzatti

Francesco Bearzatti (ts, cl) – Giovanni Falzone (tp, human effects) – Danilo Gallo (cb, guit basse acc) – Zeno de Rossi (dr, perc) – Napoleon Maddox (voix sur « Epilogue »), - Mauro Gargano (pizzicato cb sur « Epilogue »)

 

 

X (Suite for Malcom)  est la seconde création du quartet « Tinissima » et le sixième cd du saxophoniste et clarinettiste transalpin Francesco Bearzatti. Celui qu’on a découvert  avec le Trio Open Gate d’Emmanuel Bex avec Simon Goubert cette année à Coutances, nous a réservé une bien belle surprise. Ce trublion scénique et facétieux saxophoniste s’avère être un artiste de talent, un homme de goût.

C’est peut être la libération de Thomas Hagan cette année, l’un des assassins du commando qui a descendu Malcom X en 1965, qui a amené Bearzatti vers cette création en la mémoire de X. Condamné pour divers actes de délinquance,  Malcom Little né en 1925, connu plus tard sous le nom d’El-Hajj Malek El-Shabazz, sort de prison en 1952. Il se convertit à L’islam, adhère à Nation Of Islam d’Elijah Muhammad et change son nom en X, pour signifier le rejet de son nom d’esclave. Cet orateur puissant a des propos durs qui choquent l’Amérique Blanche à qui il inspire la peur encore aujourd'hui; ce qu’il prédit dans son autobiographie (1).

Aux Etats Unis, ses nombreux détracteurs le mettent dans le sac des activistes suprématistes de la cause noire et des racistes anti-blancs. Pour ses défenseurs, il est le prêcheur noir-américain et militant des droits de l’homme qui a mis en accusation les Etats Unis pour ses crimes envers la communauté noire. C’est à cet homme que rend hommage Bearzatti : « Malcom X est l’un des hommes les plus intelligents et actifs qui ont contribué à modifier l’aspect social des afro-américains, il m’a semblé judicieux de le ramener sur le devant de la scène et ainsi, de contribuer à le faire redécouvrir ».

Avec cette suite, Bearzatti  met en musique, de manière chronologique, les étapes clés de la vie de Malcom X (enfance puis adolescence, délinquance, prison, ralliement puis rupture avec Nation of Islam, son assassinat). D’entrée, le quartet met la barre très haute avec « Hard Times », une pièce hard-bop moderne et traditionnelle à la fois, ponctuée dans un premier temps par  le growl enivrant du trompettiste Giovanni Falzone. Elle illustre l’enfance de Malcom X et se durcit au fil du morceau( 2). La clarinette enflammée de Bearzatti emboite le pas au trompettiste de manière ébouriffante. Pas de doute, Bearzatti est grand sur l’instrument !

« Smart Guy » raconte le parcours d’un enfant doué à l’école et ses tentatives de rapprochement avec les blancs sur une structure libre très percussive qui rappelle à bien des égards les Duets 2 Rashan Roland Kirk de Ramon Lopez.  A l’époque où le jeune Malcom se cherche, il découvre New York et enquille bon nombre de petits boulots comme cireur de chaussure autour du « Cotton Club » ; justement, Bearzatti en fait un morceau explosif et totalement jouissif, complètement funky, basé sur le riff de « Funkytown », hit des années 80. Ce titre donne le « la » de l’atmosphère particulière du "Cotton Club", que chacun imagine allègre et excessive, et la danse à laquelle on s’y adonnait. S’en suivent d’autres plages, toutes aussi significatives, qui séquencent d’autres moments importants de sa vie, comme la période de délinquance avec le transe-groovy « Prince Of Crime » ou le très chicagoan-free « Satan In Chains » à l’époque où notre héros, en prison de 1946 à 1952, est surnommé Satan par les détenus. Viennent ensuite le progressif et lyrique « Conversion », puis « A New Leader », un morceau dense sur un multi-rythme rock-funk à la basse électro-acoustique et aux sonorités électroniques et à l’allure fusion de la belle époque de Gong. Après un morceau pour évoquer la rupture avec Nation of Islam, Napoleon Maddox scande « Epilogue » et raconte l’assassinat de Malcom X pour bientôt clore le cd.

Avec une musique pas toujours à la fête mais humaniste et imagée, Bearzatti réalise un exploit de diversité musicale. Les musiciens du quartet servent une musique où le collectif prime. Bearzatti a une présence grandiose, Falzone est renversant d’éclat et de conviction - le discours des soufflants est incisif -, la rythmique acérée de Danilo Gallo et Zeno di Rossi dispose d’un espace inouï  et laisse libre cours à une créativité dévergondée et très fructueuse. A eux quatre, ils forment une sacrée équipe d’artificiers et de créateurs d’ambiance. Dotée d’une densité à toute épreuve, d’une narration juste et intense, la musique de cette suite en fait un album que l’on savoure immodérément. 

 

Jérôme Gransac

 

1 - " Après ma mort, ils feront de moi un raciste, quelqu'un de colérique qui inspire la peur... Je ne suis pas raciste. Je ne crois en aucune forme de ségrégation. Le concept du racisme m'est étranger. Je n'apprécie pas tous ces mots en "ism(e)"" – Malcom X

 

2 - Le petit Malcom était entouré d’un père engagé pour la cause noire et d’une mère tourmentée par la peau claire de son fils et ses origines métisses.

 

X-Francesco-Bearzatti-PA.jpgFrancesco Bearzatti
Jazz sous les Pommiers 2009, Théâtre Municipal, Coutances, France, 19/05/2009
© Patrick Audoux


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