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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 16:29

 

Emouvance émv 1035

www.emouvance.com

www.allumesdujazz.com

 ROY-Guillaume FromScratch w001

  N’attendez pas du label marseillais du convenu, vous seriez déçu...

En revanche, si vous aimez la musique des lisières, la virtuosité et l’énergie réjouissante, la fulgurance, le goût de la mélodie vigoureusement déconstruite, écoutez le dernier opus de l’altiste Guillaume Roy, co-fondateur du quatuor IXI avec Régis Huby. Son alto libre et libéré, zigzague justement entre divers styles, dans la plus belle conception de l’improvisation, sonnant et raisonnant de façon mystérieuse.

Onze pièces, à la pointe courte et acérée, plutôt petites mais pas faciles, composent ce From scratch, à la pochette moutarde (ah, les feutres colorés en aplat du graphiste). Il y a quelque chose qui (nous) gratte furieusement, qui insiste frénétiquement  dans cette musique, dans le grain de peau, de son, de cet instrument  qui nous est peu familier.

Jean Rochard s’est fendu, de sa plume alerte et poétique, d’un texte introductif, voyageur, la musique évoquant en lui les paysages de dunes, l’espace désertique africain, peut-être dans le pénétrant « Langues et âme ». Pourtant à la plage suivante, c’est la « tourbe » qui est convoquée pour l’âpreté, la violence, et le sombre climat des côtes occidentales du comté de Dingle? En oubliant les gigues endiablées des violoneux irlandais. Un folklore rêvé mais pas imaginaire, capté « en plein vol ». Car Guillaume Roy est aussi peintre de paysages qu’il brosse à grands coups d’archet,  ou en « faisant friser la corde et le bois de l’archet » comme le souligne joliment Frank Bergerot. 

Il y a  encore la force des mots, ceux de l’exergue de Marina Tsvétaïéva, qui évoquent l’océan, ceux que sculpte l’énonciation de Corinne Frimas dans « L’imprévue ». Les mots, les sons, l’émotion. Sans oublier l’humour, jamais trop loin cependant, quand on a vu Guillaume Roy en concert. 

Jusque dans le final, les cordes sensibles sont malmenées, triturées comme savent le faire certains guitaristes. Les notes en pluie serrée et persistante, le martèlement du chevalet, les motifs répétés, bruitistes, les brisures rythmiques composent un chant grave, une mélodie heurtée, d’une douceur extrême par intermittence. Indomptable, Guillaume Roy lutte avec son alto, harmonise ses propres déséquilibres, à la recherche d’élans lumineux et d’horizons éclatés. Deux séances d’enregistrement  pour venir à bout de ce travail singulier d’un alto pluriel.

 

 

Sophie Chambon

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