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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 06:14
 

Guillaume Belhomme

 

Ed. Le Mot et le reste

Collec. Formes

430p. ; 23 euros

 

Pour faire suite à l'article de notre rédacteur en chef au sujet du livre de Guillaume Belhomme, nous souhaitions faire part de nos impressions peut être plus sévères sur le contenu de « Giant Steps, jazz en 100 figures ». Belhomme consacre des recensions de cinq cds pour cent artistes de jazz qu'il a sélectionné suivant ses choix personnels. Guillaume Belhomme a donc écrit une anthologie du jazz. Partant de ce principe, il est naturel de trouver dans ce livre un point de vue : celui de l’auteur qui s’exprime avec subjectivité. Cette liberté se doit d'être « utile » : on s’attend à lire « autre chose » que ce qui est communément écrit, pour lever le voile sur des musiques habituellement occultées au grand public. De la part de Guillaume Belhomme, nous sommes confiant sur le sujet. Et en effet, il profite de sa liberté d'anthologiste pour évoquer des artistes qui sont rares dans les médias: par exemple, il ne consacre pas de pages à Keith Jarrett au profit de quatre au saxophoniste allemand Peter Brötzmann. C’est un point important qui donne son principal intérêt à ce livre.

Vous l'avez compris, faire un tour d'horizon, en quatre pages, au sujet de Ken Vandermark ou Thelonious Monk est un défi de taille. Comment s'y prend Belhomme? Pour chaque artiste évoqué, e point de départ est une petite biographie de l'artiste de jazz qui tient en une trentaine de lignes. Présenter en si peu de lignes et avec justesse des musiciens de jazz, dont la plupart ont beaucoup enregistré avec une carrière musicale longue et étendue, est une tâche difficile. S'il y parvient correctement vec Monk, l'auteur bâcle le travail pour Ornette Coleman. D'ailleurs, ces courtes biographies sont moins journalistiques qu’impressionnistes, ornées de quelques jugements de valeur, on regrette leur manque de précision historique. Ce défaut se propage dans les recensions des albums, pour certains parus il y des décennies, où l’auteur omet parfois de préciser l’époque de parution et de parler du contexte dans laquelle l’œuvre s’insère. Or, une recension en dix lignes se doit d'être percutante et évocatrice si elle veut donner un avis au lecteur. Ce n'est pas mission impossible puisque Jean-Louis Ginibre y parvenait avec talent dans Jazz Hot et guidait le lecteur avec acuité par les mots. Ce n'est pas vraiment le cas avec les quelques lignes écrites par Guillaume Belhomme. Par exemple, les dix lignes de « Painted Lady » d'Abbey Lincoln paraphrasent le livret en indiquant les musiciens qui y jouent et citent trois titres qui y sont interprétés sans que cela n’ait de valeur ajoutée. On y apprend que la chanteuse y est « régénérée ». De quoi? On ne sait pas. L'indulgence est de rigueur, donc, à la lecture de ce livre. Dans d'autres cas, le traitement accordé à la chronique posent encore problème: des formules à l’emporte-pièce, des paraphrases du livret, des imprécisions, des hors-sujets, des propos abscons, des exercices de style avec phrase à rallonge ne permettent pas clairement de savoir si l’auteur s’est enthousiasmé ou pas à l’écoute de la musique.

Plus ennuyeux encore, l’auteur occulte complètement des aspects importants de l’œuvre des artistes. Au chapitre «David Murray », l’auteur évoque plus sa période musicale Free Jazz, en omettant les incontournables « Deep River » et « Children » ou ces nombreux cds en hommage au jazz américain, que ses périodes africaine et caraibéenne qui occupent une large place, près de 20 ans, dans la carrière du saxophoniste. Il en résulte que l'image rendue de Murray est inexacte. Concernant David S. Ware, il est dit que le saxophoniste a côtoyé, sous entendant qu'il aurait joué avec eux, des musiciens comme Peter Brötzmann et David Murray. Il s'avère, dans ce cas précis, que Ware n'a jamais vraiment joué avec ces deux musciens, mis à part en jam probablement. Le principe d'anthologie n'autorise pas les imprécisions et les assertions non vérifiées.

En revanche, des grands noms historiques du jazz sont mieux décrits et mis en valeur comme Art Tatum ou Lionel Hampton.

C'est en cela que «  Giant Steps, jazz en 100 figures » revêt une certaine toxicité à sa lecture. Si le novice s'en empare croyant y trouver le guide nécessaire à sa culture jazz, l'amateur le referme aussitôt.


 

Jérôme Gransac

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commentaires

S


Je réagis avec retard à la notation de Ph. Onfray ("écrire sensuellement") et je persiste en faisant remarquer que la sensualité peut résulter aussi de certaine forme de sobriété, ce n'est bien
entendu pas exclu (option que je ne retiens  personnellement pas). Ce rejet de l'adverbe (et donc de "la chose" dans l'écriture) reste une question fondamentale, particulièrement pour ce qui
concerne l'écriture consacrée au jazz : c'est la question de la pulsation, des couleurs, de la singularité d'expression, de l'attaque...Oserais-je (pour me faire aimer davantage ?) : on l'a ou on
ne l'a pas...S.Carini.



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J


@Ph. Onfray:


Je réagis, moi aussi, avec retard à la réaction de Mr Onfray.


Ok, j'arrête de lire "Oui oui". Dommage, ca fait rêver, au moins ça.


Pour Ware+Brotzmann: si vous les avez vu jouer ensemble, c'était certainement à titre purement anecdotique. Je le sais par l'entourage de Ware. Idem avec Murray! (ils ont joué une fois m'a dit
Murray!) Signaler ce type d'anectotes sur une présentation de 4 pages n'est pas représentatif de la carrière et soulève un certain nombre de questions sur son contenu, en général.


 



P

si vous vous mettez dans tous vos états pour cette phrase sur Duke Ellington, si elle vous paraît compliqué, on n'est pas sorti de l'auberge, il faut arrêter de lire oui oui. J'aime bien carini
quand il dit "écrire sensuellement" sur le jazz : moi, c'est ce genre d'adverbe qui me dégoûte au plus haut point. Et puis, je lis souvent dnj mais plus pour les infos que pour le style, ce papier
de Gransac, si on l'étudiait formellement, aurait droit à une note de 2/20 : suffit de regarder sa structure... Enfin bref, j'avais donc raison pour Ware !


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C

Jerôme, mon commentaire allait plutôt dans ton sens, j'espère que tu l'avais bien compris ainsi...Et à propos d'écriture, connais-tu une petitte anthologie intitulée"le goût du jazz"? Elle est
signée Franck Medioni et regroupe les textes d'écrivains français ou étrangers qui ont (bien) écrit sur le jazz. Stéphane


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J

Oui Stéphane, je l'avais compris ainsi evidemment. ET bien, non, je n'ai pas lu ce libre de Médio. Tu me l'emmenes pour demain?
:-)
Bye


J

Bonjour
Voilà qui est réjouissant! Il se passe quelque chose autour de ce livre!
En fait, pour tout dire, je trouve beaucoup de défauts à ce livre mais aussi la qualité de nous faire réfléchir.
@ Philippe Onfray, oui ils ont joué sur la même scène et c'est une des seules fois (dixit Anne Dumas, manager de Ware, sur le blog du saxophoniste). De là à dire que ces deux musiciens se
cotoient... Mais peut être que le mot "cotoyer" a une autre signification pour Guillaume Belhomme, mais pour moi ca ne signifie pas jouer ensemble. ce sont ces petites imprécisions qui me genent
dans ce livre, un certain flou qui oblige le lecteur à l'interprétation personnelle.
@ Marion: mea culpa le plus totale. Je me coupe un bras, et me tire une balle dans le pied avec le bras qui me reste. Merci pour votre remarque. J'adresse mes excuses à Guillaume Belhomme pour
cette erreur, cette lecture trop hative de ma part. Je rectifie de ce pas l'article.
Merci pour vos réactions, elles m'ont fait rouvrir le livre de Guillaume.
Jerome Gransac


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C

Je comprends un peu Jérôme : la phrase sur Duke ne signifie probablement pas qu'il était étroit d'esprit mais plutôt qu'on ne pouvait le soupçonner d'étroitesse d'esprit (?). Mais mon Dieu, comme
c'est mal écrit !

Le jazz requiert-il une qualité dans l'écriture ? Rythmiquement et sensuellement, oui, quel que soit le format.

Stéphane CARINI.

 


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J

@Stéphane:
>Mais mon Dieu, comme c'est mal écrit !
il s'agit parfois de décortiquer les phrases de ce livre pour les comprendre. J'ai "mal" décortiqué cella-là, pourtant je l'ai relu car j'étais abasourdi.
Comme je tente de le dire dans l'article, ce livre contient des phrases alambiquées qui poussent à l'interprétation; d'autres poussent à l'erreur.
Allez, j'arrête. Le jazz a besoin d'autre chose que cela.