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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 07:41

 

Blue Note 2013

 

 

 

 

 

 

 

Pour ceux qui étaient l'autre soir au concert de Gregory Porter à la Villette, cela ne fait aucun doute : ce chanteur a l'étoffe des monstres sacrés comme on en produit peu. Très peu. De fait Grégory Porter est énorme ! (Et l'on ne parle pas ici de sa corpulence toute pavarotienne). Ne serait-ce que par sa présence scénique, ne serait-ce aussi que par cette voix et ce feeling incroyables, ne serait-ce encore que par les racines qui l'ancrent aussi bien du côté de Marvin Gaye que de Curtis Mayfield, Gregory Porter est phénoménal.

Soulman totalement revendiqué jusqu'à composer lui-même, dans cette pure veine des héritiers de la Motown le matériau de son dernier album ( "Liquid Spirit"), Gregory Porter sait y faire ! En star américaine hyper charismatique il se montre capable de mettre le feu à la scène d'un simple claquement de mains, d'un simple geste de l'épaule tout simplement par le charisme  qu'il dégage.  Mais avant tout Gregory Porter est un chanteur exceptionnel. De ceux qui sont capables de tout transcender et de donner une dimension hallucinante à la plus insignifiante des chansons. Et c'est bien pour cela que l'on est prêt à tout lui pardonner. Tenez prenez par exemple Water under bridges. Dans un autre contexte, avec un autre chanteur, le thème un peu insipide, prendrait des allures de chanson pour gala de milliardaires américains venu soutenir une fondation théodule. Mais avec Gregory Porter, on chavire, transpercés de part en part par le timbre d'une voix crooneuse à souhait et par un feeling hallucinant qui, quelque soit le tempo, peut faire fondre n'importe quel auditeur. En jazz il y avait bien des gars comme Sinatra qui étaient capables de cela. Dans la soul il y avait aussi Marvin Gaye.

Alors oui, on est prêt, à la 179 ème écoute à lui pardonner cette soul-soupe qui l'entraîne parfois vers des rivages un peu faciles d'autant plus que le chanteur colossal a le mérite de se coltiner les compos lui-même. Et ces compos sont la preuve de la grande générosité d’un chanteur qui se livre, aussi sensible qu'engagé. Et puis finalement, quel mal y a t-il à faire de l'easy listening lorsque cela est fait avec autant de talent ? Tenez, autre exemple : écoutez Hey Laura. Là encore une compo un peu facile, mais alors quel sens du groove ! quelle sensualité ! et quelle classe !

En signant sur le label Blue Note il fallait bien s'attendre à ce que le chanteur crooner fasse quelques concessions et passe un peu dans la machine à formater. Et pourtant on marche à la sincérité de l'artiste, on a envie d'y croire. Gregory Porter parle de ses racines musicales. Dans le jazz par exemple avec sa relecture de Lonesome lover d'Abbey Licoln et Max Roach. Ou encore avec un standard comme I fall in love too easily. On le croit aussi dans son engagement contre la musique de recup comme dans ce Musical Genocide. Il y a de la conviction chez Porter. Sur scène il lui en faut peu pour faire vibrer le public. Il peut prendre un thème archi rebattu comme Worksong pour se faire alors interprète d'une cause noire comme si les champs de coton d’hier étaient bien ceux d'aujourd'hui. Avec ce qu'il faut de conviction, de force et violence, mais toujours avec la hauteur qui le place à des années lumières de ceux qui essaieraient bien de le suivre, voire de l'imiter.

 

 

 

De loin Liquid Spirit est le meilleur disque de Gregory Porter. Le plus personnel aussi. Celui dans lequel le chanteur semble se livrer avec sincérité et générosité. Mais avec toujours un art sous parfaite maîtrise. Du grand professionnalisme dont on fait les héros, les bêtes de scène et les monstres sacrés. Sur scène on l'entend chanter : can I be a jazz singer ? can I be soul ? can I be funk ? can I be gospel ? A toutes ces questions on répond oui en applaudissant des deux mains et en lui réservant une longue standing ovation. Car nous sommes définitivement un public sous le charme d'un chanteur généreux et nous coulant avec délice dans cette musique un peu revival et vintage.

Jean-Marc Gelin

 Liquid-Spirit.jpg

 

Ps : en live petite mention toute spéciale pour  pianiste et directeur musical. En revanche mention moins pour le saxophoniste Yosuke Satoce saxophoniste répétitif et spectaculaire qui mériterait d'apprendre du maître une leçon de feeling.

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Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
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