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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 00:45

belhomme-way-ahead.gif   Editions Le mot et le reste - 2011

Après Giant Steps, Jazz en cent figures (et cinq cents chroniques de disques),le journaliste et musicien Guillaume Belhomme persiste et signe avec ce Way ahead, Jazz en cent autres figures .

Avec ce chiffre rond (il faut bien se donner une limite), il livre le second tome d’une anthologie du jazz assez personnelle qui raconte l’histoire de cette musique, au travers de portraits et de rapides discographies. Filiation ou récupération, transgression, déviation, tout ceci est éclairé et présenté d’un point de vue biographique.

Le découpage original, qui ne se prétend pas exhaustif, affirme haut et fort ses choix, le mérite de l’ouvrage étant de montrer que le jazz que certains figeaient ou déclaraient mort, il y a déjà quelque temps, n’en finit pas de renaître, n’a cessé de changer, d’avancer en zig zag.

Ayant franchi allègrement le 21 ème siècle, cette musique continue d’exister autrement, suffisamment pour que l’on prête l’oreille à l‘histoire musicale en train de se faire, « a work in progress ».

C’est la préface du saxophoniste chicagoan Ken Vandermark qui définit parfaitement les objectifs du livre et en pose la problématique : présenter l’histoire du jazz, de ceux qui l’ont fait et continuent de la faire, sans chronologie écrasante ; en évitant l’énumération des écoles et courants esthétiques, qui se succèdent comme dans toute histoire de l’art . Encore qu’il y ait des modes et des cycles récurrents justement… cercles un peu « vicieux ».

Certains musiciens méritent d’être redécouverts régulièrement, en dehors de leur temps, à l’aune de ce qui se fait aujourd’hui. Ainsi, Pee Wee Russell (1906-1969) (très bonne pioche) débute la liste des musiciens classés par la date de naissance. Ce clarinettiste des plus inventifs, original, qui a su rester libre, mérite d’être remarqué. Quant à la dernière figure choisie dans Way Ahead, il s’agit de Matt Bauder né en 1976, élève à la Wesleyan university d’Anthony Braxton.

Le critère de classement divise les artistes en trois catégories :

les novateurs, « la seconde vague » de « ceux qui ont élargi le champ des possibles », les radicaux, « à distance de toute continuité apparente du jazz », inclassables, plutôt déstabilisants. On sent bien que ceux-ci ont toute la sympathie de l’auteur, mais on ne reviendra pas sur sa sélection, ayant compris où il se situe. Guillaume Belhomme précise ses sources (lecture des revues de jazz et de magazines, des publications sur internet (All about jazz, European Free Improvisation Pages, le son du grizzli…)

Son angle d’approche, intéressant, fait la part belle au jazz américain et on ne saurait le déplorer, puisque le jazz vient de là-bas, tout de même ! Figurent donc au côté de certains incontournables, des « seconds couteaux », un peu oubliés aujourd’hui, tout à fait passionnants.

Le jazz européen est plus limité dans ses manifestations et semble se réserver au free. Les Français, sont largement sous-représentés : sauf erreur, nous n’avons relevé que trois noms Michel Doneda, Jean Luc Guionnet et Daunik Lazro.

Maintenant que le jazz est une musique « du monde », beaucoup de musiciens talentueux et méconnus mériteraient d’être entendus par un public plus large que celui des amateurs et des «spécialistes ». De New York à Chicago, de Los Angeles à Londres, Amsterdam etTokyo, le jazz est une réalité vivante, parfois urgente.

Ainsi, sans prétendre au Dictionnaire du Jazz, bible incontournable de tout amateur éclairé ( à renouveller régulièrement pour tenir compte de l’intense vie musicale actuelle), ce Way aheadpourrait désormais trouver une place à ses côtés, en signe d’ouverture à la musique et d’esprit libre.

 

NB : Précisons enfin que l’ouvrage a une mise en page simple, claire et précise avec des vignettes illustrant les albums marquants de chaque musicien choisi. Un index et une bibliographie complètent ce nouveau numéro de la maison marseillaise que l’on ne présente plus, Le mot et le reste qui continue à imprimer une certaine direction éditoriale, insolite et souvent avant-gardiste .

 

Sophie CHAMBON

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