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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 18:52

 

Jean Sylvain Cabot et Philippe Robert

Le mot et le reste

2009

 hard-n-heavy.jpg

Hard ou Heavy rock ? Vous donnez votre langue au chat? Il n’y a pas que AC/DC, Metallica, Iron Maiden, Mega Death, Deep Purple, Led Zep, Scorpions…

Vous saurez tout justement sur ce sujet en lisant le livre de deux passionnés, éminents spécialistes

qui rendent intelligible cette musique pleine « de bruit et de fureur » dans le contexte

d’une époque  fantastiquement énergique qui avait une « soif (inextinguible) de décibels ». (1)

La «décade prodigieuse» (1966 à 1978) est l’objet d’étude de ce premier tome, intitulé « Sonic attack». Pendant ces années culte qui précédèrent l’arrivée du Punk, fleurirent d’innombrables groupes de rock qu’on eut vite fait de diviser en des « ramifications tribalo-claniques », une jungle de genres et de sous-genres où l’amateur, même un peu «éclairé», perd son latin. D’autant que les fans et journalistes de la presse spécialisée n’ont pas toujours contribué à défricher ces sentiers touffus et  très fréquentés. Les éclaircissements de la préface (parfaite), comme souvent les introductions des bouquins des éditions LE MOT ET LE RESTE, remettent les idées en place : on découvre avec stupeur que certains de nos groupes chéris font partie du « heavy metal ». A moins que ce ne soit du « hard rock » ?  Comment s’y retrouver ? (1) Car les fondateurs du hard rock ne se résument pas aux seuls Led Zep et Deep Purple que tout un chacun  connaît à présent, avec les (souvent) dérisoires tentatives de reformation récentes –avec ce qu’il reste des musiciens « originaux ». Aujourd’hui les jeunes générations adoptent  un grand ancien en général, pas plus, loin de la relation fusionnelle de l’époque, où chaque groupe restait proche de son public.

Avec une présentation toujours aussi claire, simple et néanmoins précise, les auteurs ont constitué une anthologie en 101 albums de Hard‘N’Heavy music, justifiant leurs choix par leurs commentaires affûtés. En feuilletant cette bible, on  retrouve des noms familiers (tant mieux), des univers inoubliables avec des albums emblématiques comme le « métallique » Jeff Beck Ola-Beck avec la pochette inspirée de Magritte, l’intense live The Who at Leeds, le grand-guignolesque Killer d’Alice Cooper, l’éruptif Disraeli Gears des Cream. Quel régal,on plonge dans un bain nostalgique en lisant

la chronique de chaque album. Mais même si vous avez quelques bases, car vous avez aimé The Who, Cream, Aerosmith, Jeff Beck, Alice Cooper, Lynyrd Skynyrd, Iron Butterfly (le In-a-gadda-da-vida de toute une génération ), Iggy Pop and the Stooges, Johnny Winter, Ten years after, Hot Tuna, Robin Trower (parti du suave Procol Harum), vous n’avez pas toujours idée de la production pharaonique et de l’inventivité débridée de cette décennie.

Si Led Zeppelin est un monument ayant rapidement conquis ses lettres de noblesse, dès le volume II du « brown bomber », en 1969, existaient d’autres formations plus éphémères mais tout aussi excitantes : plus pop, psychédéliques, brassant les influences les plus diverses et des univers allant des « marvels » à la S.F comme  Hawkwind, Pink fairies, Budgies, Thin Lizzy ou Captain Beyond.

 

Le rock a sa place à présent dans le panthéon des musiques reconnues « sérieuses », il s’est institutionnalisé, a gagné en respectabilité sauf pour les extrêmes, considérés avec dédain par les «ayatollahs» encore trop nombreux dans cette musique. Certes, les avant-gardes actuelles  aident à ouvrir des voies, à se frayer un passage sur un chemin pourtant balisé d’ornières : un Mike Patton avec son Mr Bungle, le très recherché John Zorn -il se produit à Marciac, c’estdire- Sonic Youth se revendiquent de cette mouvance ou du moins y vont puiser des sources d’inspiration.. 

 

Voilà le livre qui aidera à se constituer une discothèque idéale quand on est un brin collectionneur et que l’on ne se veut pas sectaire. C’est toujours une mission impossible que de sélectionner des albums: il faut en enlever de sa liste, pécher par omission, ce que l’on finira par vous reprocher forcément. Cet ouvrage est plus que nécessaire pour comprendre autrement  ces mouvements musicaux souvent dédaignés, reconstituer certains liens, faire que les marges rejoignent aussi leur centre.

Ajoutons que la bibliographie est soignée, et que la liste d’addenda à écouter, en plus des albums retenus, mérite d’être examinée. Le MOT ET LE RESTE constitue aujourd’hui une référence des plus sérieuses avec un catalogue passionnant pour amateurs de musiques libres et décomplexées.

 

 

(1 ) Certains font démarrer le hard rock avec Led Zep et le heavy metal avec Black Sabbath , deux courants prallèles nés du blues rock  

(2 ) Les Who se voulaient le groupe le plus assourdissant de l‘époque, rivalisèrent avec Jimi Hendrix et ses murs d’ampli Marshall à Monterey

 

Sophie Chambon

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