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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 13:04

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PI Recordings/ Orkhêstra– 2010



Henry Threadgill (fl, as), Liberty Ellman (g), Jose Davila (tb, tuba), Stomu Takeishi (ac b), Elliot Humberto Kavee (dr)

 

Et voici le deuxième volume de This Brings Us To  du Zooid, le dernier groupe en date du compositeur, arrangeur, saxophoniste et, allons-y franchement, génie qu’est Henry Threadgill. Pour rappel, Henry Threadgill a été l’initiateur du trio Air et a dirigé des groupes comme Henry Threadgill Sextett, the Very Very Circus, Make a Move. A travers ces groupes, à géométrie très variable, Threadgill a repoussé les frontières des idiomes musicaux courants qu’il aime à trafiquer (le jazz évidemment, le tango, les marches, les fanfares, la Great Black Music). Le chef d’orchestre Butch Morris, qui n’est pas un manchot lui non plus, dit de Threadgill qu’ « il utilise des formes familières pour les faire évoluer de manière effective ».

Ce volume 2 est la suite de la session d’enregistrement qui a donné vie au premier volume qui signifiait la renaissance de Threadgill après huit longues années d’absence du Zooid. C’est logiquement que nous vous recommandons la lecture de la recension du volume 1 de This Brings Us To. Enregistrée en novembre 2008 au studio Brooklyn Recording par Andy Taub, produite et mixée par le guitariste Liberty Ellman, cette session grave les travaux menés, depuis de longues années en concert, sur la méthode de composition de Threadgill appelée « compositional improv’ ». En deux mots, cette méthode abandonne la composition Majeur/Mineur au profit d’une composition chromatique et son but principal est de faciliter l’improvisation collective grâce à un système de jeu représenté par un jeton qu’on se passe au sein du groupe (Méthode d’improvisation composée dont une description malheureusement non exhaustive est proposée dans la recension du volume 1, suivez le lien.)

Sur le volume 1, on avait omis de mentionner clairement la grande place occupée par Liberty Ellman par le nombre et la durée de ses interventions. On serait tenté de croire qu’il profitait alors de sa position de directeur artistique pour se tailler la part belle. Or ce guitariste a tellement bien intégré le travail du compositeur et apporte tant à sa musique que son omniprésence sur le premier volume est totalement justifiée, un point c'est tout. Ensuite, le volume 2 contredit cette pensée toxique, honte à moi, car Liberty Ellman, s’il est toujours très présent, y officie essentiellement dans les accompagnements; doublement même car on entend nettement deux guitares sur « Extremely Sweet William ». Son rôle consiste à cimenter les échanges et donner des arguments aux chorusseurs. Pour le coup, ce sont les autres musiciens qui brillent, en particulier José Davila, toujours aussi dynamique et verbeux au tuba – prenez le temps de l’écouter, Davila virevolte avec une grande aisance qui fait oublier le poids de son tuba sur « Polymorph » et il est extraordinaire au trombone avec un long chorus sur « Lying Eyes ». Sur « This Bring Us To », c’est Stomu Takeishi, le bassiste acoustique, qui prend le relais de l’expression individuelle : de glissandi en claquements trébuchants, il se distingue du groupe par un discours qu’il choisit d’’être hésitant et contrasté au niveau de la texture sonore. Enfin, Threadgill le saxophoniste – ce n’est pas une critique - n’innove pas vraiment depuis près de 10 ans au travers d’un discours d’improvisation qu’il a structuré autour de sa méthode de composition. Son discours ne surprend plus l’oreille du fan aguerri, mais il reste très personnel. A propos de son jeu, on est tenté de faire des rapprochements avec celui de Donny McCaslin, tout en circonvolutions rythmiques et chromatiques . Toutefois leurs propos respectifs sont éloignés. En revanche, avec un son plaintif et abrupte, hésitant ou verbeux, Threadgill est reconnaissable entre mille : c’est un vrai plaisir que d’en décortiquer la texture sonore. C’est plus à la flûte qu’il étonne. Son discours est coulant et direct, il tient peu ses notes et son jeu fait penser à celui d’un saxophoniste. Enfin, il forme une paire unique avec Ellman qui lui « donne » tous les accompagnements pour se reposer et relancer.

Si le volume 2 parait moins flamboyant que le premier, il en est véritablement l’aboutissement, la terminaison. Le volume 1 est un album de groupe, où la méthode s’applique au collectif, qui suit ses règles à la lettre, et offre des chorus plus courts que sur ce volume. Ici, le choix est de diminuer la dynamique du groupe en privilégiant le placement de chacun, ce qui a pour but de permettre à l’auditeur averti d'appréhender plus facilement le schéma d'improvisation et de permettre aux musiciens une expression plus libérée et individuelle. Croyez-le ou non, quand on tombe dans la musique de Threadgill, on ne peut que remercier l’ami savant qui nous l’a conseillée. Croyez-le une fois encore, il n’est pas besoin d’être un amoureux du jazz ou des musiques tirées par les cheveux pour aimer Threadgill et sa musique ; Threadgill puise de partout, n’oublie rien et transforme tout.

Jérôme Gransac

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Published by Jérôme gransac - dans Chroniques CD
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commentaires

Sébastien Laruede 07/01/2011 15:32



Cette chronique donne envie. Malheureusement, on ne trouve pas l'album en magasin. Etes vous certain de sa sortie?



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