Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 22:19


Couv-Hess-web.jpgChroniques 1966-1971

Collections Jazz Impressions
Alter Ego éditions
www.leseditionsalterego.worldpress.com

225 pages


Joël Mettay (Alter Ego Editions)  a eu la bonne idée d’éditer le formidable recueil de chroniques du regretté Jacques Bernard Hess, préfacé par son ami de toujours, Lucien Malson. Cette revue de presse court de 1966 à 1971, avec des textes  publiés à l’origine dans Jazz Hot puis Jazz Magazine et même dans le Rock & Folk premier,  le n° 0 de 1966 (« J’étais l’interprète de Bob Dylan »). En guise de conclusion figure un dernier texte, plus tardif, de 1985, une synthèse intitulée « Les nuits de St Germain des Prés ». D’abord appelée « Le Bloc-Notes », en référence à François Mauriac, cette rubrique fut rebaptisée « Hess-O-Hess » ( on peut aussi comprendre  S.O.S ) quand Jacques B. Hess quitta Jazz Hot pour Jazz Magazine, après un différend avec Michel Le Bris, rédacteur en chef un temps du mythique Jazz Hot de la rue Chaptal. 

Il eut une vie extraordinairement bien remplie, tragique aussi avec la déportation, très jeune, à Buchenwald. Mais dès son retour, il ne gâcha pas des dispositions naturelles plutôt exceptionnelles. Philosophe de formation, musicien de jazz et contrebassiste, traducteur émérite (on lui doit Moins qu’un chien, la traduction sans fard de l’autobiographie de Charles Mingus, Beneath the Underdog, aux éditions Parenthèses), il fait preuve d’un talent d’écriture certain et de sa belle plume journalistique, il livre une version truculente de l’actualité du jazz en France et aux Usa et donne sa vision non édulcorée de la société en pleine mutation des années soixante. J B. Hess s’inscrit d’ailleurs dans la lignée d’un Boris Vian, son aîné de quelques années dont il cite les Chroniques de Jazz qui parurent de 1947 à 1958. D’où un ton léger, spirituel mais critique dans ses papiers que vous découvrirez, sourire aux lèvres et souvent, comme moi, en proie à d’irrésistibles éclats de rire. Sans jamais être scabreux, il nous dépeint allègrement la vie aventureuse d’un musicien de jazz à Paris après guerre.
Lecture nostalgique aussi car Jacques B. Hess, qui avait l’âge de mon père, décrit l’époque de mon enfance. Qui pourra mieux saisir la finesse des allusions, replacées dans le contexte adéquat, apprécier cette revue de presse alerte et politique que les lecteurs de ma génération et de celles qui précèdent ? Souhaitons que les plus jeunes apprécient ces pages à leur juste valeur, même si l’esprit et le ton de l’époque ont changé.  Il peut y avoir « concordance des temps », recul et mise en perspective de notre époque à l’aune de précédentes, comme l’écrivait Racine,  avec le coup d’œil sur un « pays éloigné ».
 A aucun moment Jacques B. Hess n’est « politiquement correct », il ne pratique jamais la langue de bois, et les vérités qu’il assène d’un ton goguenard sont implacables. Il ne sort positivement de ses gonds - cela est rare et d’autant plus marquant- que lorsqu’il est question de racisme, de tous les racismes et discriminations (lire les terribles articles « Lynchburg », « Insurrections », ou « Obviously White ») et là, croyez moi, on ne sourit plus.
 Autre témoignage émouvant, Jacques B. Hess parle souvent d’un pianiste oublié aujourd’hui, Art Simmons qui faisait les beaux jours des clubs parisiens comme The Living Room, le Mars Club et que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors de la réédition des albums de la collection Jazz in Paris, chez Universal.
Tout est plaisant dans Hess-O-Hess, jubilatoire, jouissif, affûté. Quand on sait qu’en plus de toute cette activité, l’auteur a initié et animé les premiers cours de jazz à l’université, on se dit que ce devait être un régal d’assister à ses cours : point de chronique érudite et assommante, de ce pointillisme parfois énervant des experts en jazz, tellement pointus qu’ils en deviennent limités. Par contre, notre aimable et disert chroniqueur quand il prend la peine d’analyser un album ou la musique d’un jazzman (Pharoah Sanders par exemple) impose une vision si précise qu’il n’y a pas lieu d’y revenir. Sans indulgence, avec la légitimité d’une véritable analyse, sans promo ni copinage.

Précipitez-vous sur ce livre, chers lecteurs, amateurs de jazz, vous ne le regretterez pas. C’est le portrait d’une époque déjà révolue, de la France des Trente Glorieuses,  un témoignage vif et précieux sur le jazz, écrit par un témoin des plus singuliers,  personnage attachant et véritable musicien.

Sophie Chambon     



Partager cet article

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Livres - BD
commenter cet article

commentaires

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj