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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 10:41

 

 

Aujourd'hui sous le palmier, hier sous l'eucalyptus, demain sous le bougainvilliers, Simone transforme chaque échantillon de la végétation méditerranéenne de la place d'armes en autant d'arbres à palabre. Chaque midi, elle interpelle, improvise, illumine. Elle slamme, scatte, multiplie les chorus poétiques. A partir des mots que lui confient les passants, elle raconte les histoires les plus insolites, "Cacatoès", "Ouistiti", "Anticonstitutionnellement" : aujourd'hui la barre est haute. Simone tire le fil des mots comme une funambule. Un moment elle hésite, on pense qu'elle ne pourra pas rebondir. Très vite, elle reprend le cours de son inspiration comme si elle était un puits sans fond de phrases. Son verbe est aussi mouvement. Elle se rapproche de son interlocuteur, lui murmure les mots au plus près, comme pour lui inoculer le don des langues. Simone Lagrand se définit comme " paroleuse". Le néologisme lui va comme un gant. Ni Griot au féminin, ni slammeuse, ni crieuse, juste une femme de paroles. Depuis une première rencontre à la Martinique avec Franck Cassenti, elle revient chaque année au festival pour y jouer des rôles différents. Ce qu'elle propose cette année est inédit : il s'agit de créer une zone d'improvisation langagière devant le bureau du festival en impliquant des passants qui tous malheureusement ne s'arrêtent pas. Ceux qui le font découvrent une personnalité hors normes, exubérante, généreuse, soucieuse de provoquer le contact avec chacun. Installée depuis quelque temps à Paris, Simone écrit, beaucoup, une poésie par jour, une pièce de théâtre, des spectacles de sampling de mots. Elle s'est inscrite récemment à une formation universitaire d'écriture créative pour étancher sa soif d'apprendre. La fin de l'après-midi venant, lorsque les ombres s'allongent sur la place d'armes, Simone fait une autre proposition : "La criée". Elle lit, ou plutôt interprète, les mots et les poésies rédigées à son intention par les festivaliers et les habitants et confiées à un petit panier placé devant la mairie. Tous n'ont pas son talent d'écriture, loin s'en faut. Messages de tendresse, dédicaces, poésie naïve, jeux de mots improbables : tout y passe dans un joyeux désordre. Simone s'efforce de faire vivre cette exercice de démocratie participative langagière avec enthousiasme. A ce moment-là on se dit qu'elle fait oeuvre de salut public. La paroleuse accomplit un geste quasi-politique : redonner confiance dans les mots.

Loïc Blondiaux

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Published by Loic Blondiaux - dans Compte-rendus de concerts
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commentaires

Orchestre 16/07/2014 09:45


Chacun a sa manière et c'est ce qui rens l'art agréable et unique! :)