Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 23:10

  Copie de affiche version 10 juin 2010 JAC

Déjà la fin du festival au Couvent de Cervione. La journée jazz du samedi 31 aout ne débute pas sur la place de la cathédrale pour cause d’enterrement. Pour évoquer la soirée magique du 31 aout, « on vous la fait à l’envers » : sont programmés deux saxophonistes, Gaël Horellou en première et Jacques Schwarz-Bart en deuxième partie et nous commençons par le quintet du saxophoniste antillais.

 

jsb.jpg

Brother Jacques Schwarz-Bart©Laure Prieur


Avec le quintet de Brother Jacques (Jacques Schwarz-Bart (ts), Stéphanie McKay (voc), Jonathan Crayford (kb), Linley Marthe (b), Gregory Louis (dr)), le couvent ouvre la deuxième partie par un volume sonore à faire péter les tympans.  Le quintet de Jacques Schwarz-Bart se compose de musiciens performants, surdoués et tous dans la vibration fusion-world-jazzy. Le programme tient à cœur à Jacques Schwarz-Bart : les compositions sont mélodieuses et bien écrites et le groupe envoie une image de fraicheur qui fait plaisir à voir.

 

 mckay-copie-1

Stéphanie McKay©Laure Prieur

 

 

De plus, certaines des pièces appartiennent à la « suite aquatique » qui a commencé avec le formidable album «Abyss», un hommage de Jacques à son père. Gros son, mélodies qui s’adressent au cœur, sincérité du leader, vocalises de Stéphanie McKay font de ce concert, un peu court, un final mérité par le festival.

 

 


Vous l’avez compris, le meilleur moment de la soirée officielle était le concert remarquable de Gaël Horellou en première partie.  Trois extra-terrestres sur scène  (Géraud Portal à la contrebasse, Antoine Paganotti à la batterie) !

 

trio.jpg

Gaël Horellou trio ©Lolita de Villers

 

La musique du trio est faite de compositions du saxophoniste et de standards complètement réarrangés à la sauce Horellou auxquels il offre une nouvelle jeunesse. A 34 ans, Gaël Horellou est un loup du jazz : il croque sa musique à pleine dents, joue à fond avec maitrise et inspiration. Funk naturel, groove puissant, Horellou joue des phrasés pulsatifs.

 

gael-copie-1

Gaël Horellou©Laure Prieur

 

Homme libre et conscient de lui-même, peut-être sans concession, son discours est mélodieux sans excès d’énergie dans le cri (en d’autres termes, Horellou ne fait pas hurler son sax, il en joue à fond). Sa musique est à l’image de l’homme, jeune et vivant, il nous dit : « Cela fait un moment que je me prends moi et ma musique, avec douceur. Je ne suis plus à la recherche égotique de la reconnaissance, je ne cours plus après les gigs, j’ai pris de la distance avec cela. Je choisis les gens avec qui je joue, ceux qui m’entourent aussi. Je passe du temps à composer, à travailler mon instrument, à répéter aussi. Ensuite il faut évidemment présenter sa musique et la vivre en concert, capter l’attention et comprendre ce que les gens ressentent. Evidemment avec une dizaine de gig avec ce trio, ce n’est pas facile. Mais c’est aussi pour cela que nous travaillons : pour nous retrouver et prendre le pied maximum en concert. »

 

 


Et c’est vrai que le pied, comme dit Horellou, nous l’avons tous pris ce soir là. Le trio de Gaël Horellou est un groupe soudé, en pleine communion, qui se donne à 200%. Ses membres sont liés par une franche amitié et une passion commune pour la musique noire américaine qui s’affranchit des codes, la pure et dure aux structures ouvertes et libres, celle de William Parker et de Charlie Mingus. En perpétuelle recherche du canal  des forces universelles, aux couleurs mystiques, le trio affiche une densité remarquable et une énergie renouvelée à tous les concerts qui allie humour dans les arrangements et intensité fulgurante. Horellou garde toute sa personnalité et trace une musique faite de cassures, de schémas rythmiques réjouissants en utilisant toute la tessiture de son instrument avec un son vif et un jeu malicieux.

 

paga.jpg

Antoine Paganotti ©Lolita de Villers

 

A la batterie, Antoine Paganotti, un ancien de Magma, homme tranquille et généreux, est un batteur influencé par Elvin Jones et Christian Vander (« deux gros batteurs » dit-il). Il a un jeu ample et souple, baguettes chargées de générosité, les caisses sont souples à l’oreille : Paganotti est un sonorisateur de la batterie ce soir. Très proche de son contrebassiste sur la scène, Paganotti et Géraud Portal , 22 ans, sont en fusion télépathique.

 geraut-copie-1.jpg

Géraud Portal ©Laure Prieur

 

A l’adolescence, Portal fait une rencontre décisive : le saxophoniste David S. Ware le prend sous son aile et l’invite plusieurs mois chez lui à Plainfield. En totale immersion dans l’esprit de la Great Black Music, Portal joue dans la veine d’un William Parker : les cordes hautes qui font mal aux doigts mais qui sonnent. De ses camarades de scène, Géraud Portal dit, non sans malice et humour: "Gaël est mon père, Antoine ma mère". On vous le dit, une vraie famille.

Voilà un concert renversant: entre swing bebop et transe, entre énergie et nature. Gaël Horellou trio est un plein de musicalité. Messieurs les programmateurs, il vous attend!

A peine l’émotion de la soirée officielle passée, le beuf enquille directement avec le trio de Xavier Thollard et Sébastien Llado. Très rapidement rejoints par le groupe togolais éminemment sympathique Dunamis, la jam part vite en direction de l’Afrique noire et de ses rythmes endiablés : Dunamis, Thollard et Llado mettent le feu avant d’être rejoint par le batteur Grégory Louis, sous le regard envieux de Linley Marthe.

 

P1000128-copie-1Dunamis - © Patricia Antona

 

Au sax, Koffi Assimadi sonne oriental, à la mode éthio ; il est rejoint en fin de soirée par Gaël Horellou qui clouera le beuf tard, très tard. A Jazz au Couvent, les beufs sont des moments privilégiés de musique : l’organisation y met les moyens, l’ambiance y est excellente et les musiciens y sont bien accueillis. A ne pas rater et à noter dans le Guide du Routard du Jazz.

Le Jazz en Corse? Il a toujours été présent. En témoigne la photographe Patricia Antona qui nous a gentiment prêté quelques photos numériques alors qu'elle est spécialisée en argentique. Patricia Antona photographie le jazz depuis 1976. A partir des années 80, elle photographie le jazz en Corse. Jazz au Couvent lui a ouvert ses portes pour une exposition de plus d'une vingtaine de photos argentique où se côtoient connus et moins connus, "vieux" du métier et jeunes artistes". On a plaisir à voir une photo où se ressent toute la timidité de Sophie Alour qui travaille ses partititions sous le regard bienveillant de Jean-Michel Proust en 2002 ou la très belle photo d'Archie Shepp assis sur une scène d'un festival corse ajustant une anche à son bec de saxophone en 1983. Cette photo donne vie au caractère de ce saxophoniste au travail à ses gestes et son visage qui nous parlent fort.

Pour conclure simplement, nous dirons que Jazz au Couvent 2010, convivial agréable, a offert à un public estival et local une programmation vive et fraiche, variée et audacieuse. Une programmation que l’on doit à Tristan Loriaut, programmateur clairvoyant. Vivement une septième édition!

 

Jérôme Gransac

 

  PS: Merci à Viviane et Tristan pour leur formidable accueil, à toute l'équipe si sympathique, à Laure Prieur et Lolita de Villers pour leur talent et au patron du bar de la place de la cathédrale pour m'avoir supporté côté liquide-à-boire lors de mes soucis de connexion internet ... :-)

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Dernières Nouvelles du Jazz - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article

commentaires

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj