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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 12:17

 

Ce n’est pas la pluie et le temps maussade qui allaient altérer l’humeur badine des gersoises et des gersois qui nous accueillaient à Marciac pour la 3ème journée du festival. On aime cette escale d’été lorsque le village à cette période se transforme en méli-mélo cosmopolite où les stands vignerons côtoient les vendeurs du temple en dreadlocks rasta lorsque les effluves de nang shampa se mêlent à celles du magret grillé sur la place centrale du village baignée de musique de jazz à ses 4 coins. Et comme toujours, on adore.

Et, as usual,  l’affiche de ce 33ème festival s’annonce  maousse costaud dans le genre rencontre de poids lourds. Plus lourds que ça, dans le genre all stars (américaines forcément) y a pas. Ou en tous cas pas beaucoup.

 

Cela avait d’abord commencé avec Diana Krall et Yaron Herman. Puis poursuivi le lendemain avec un Marcus Miller qui paraît-il avait  enflammé le festival dans une « revisitation » de Tutu, l’album de Miles dont le bassiste avait composé le matériau. Mais pas Miles version 86, nous disait Alex Dutilh, qui retransmettait le concert pour France Musique  ( en ligne sur France Musique.com page concert du dimanche 1er 20h).

 

L’affiche d’hier soir était quant à elle alléchante sur le papier puisque, outre la formation de Wynton Marsalis annualisé en parrain tutélaire du festival, la soirée débutait avec le plus africain des pianistes américains Randy Weston qui, à 84 ans affiche toujours l’allure d’un immortel géant. Deux projets pour deux musiciens très marqués par ce rôle de passeurs de l’histoire du jazz.

 

RANDY-WESTON-AFRICAN5.JPG

Le pianiste venait à Marciac avec un nouveau projet consacré à James Reese Europe, célèbre chef d’orchestre du légendaire 369ème régiment, bataillon héroïque de noirs américains envoyés au front durant la première guerre mondiale. James Reese Europe, dont on sait qu’il marqua l’histoire du jazz, fut peut être la première influence de Duke Ellington.

 

Il y avait donc matière à création. Le concert d’ailleurs s’ouvrait avec la projection d’un film documentaire avec images d’archives sur le 369ème régiment. Un vétéran, le major Nathanael James, accompagnait d’ailleurs le pianiste pour venir dire quelques mots d’avant concert. Il ne restait plus qu’aux musiciens à rentrer sur scène et à lever le voile sur l’oeuvre que nous découvrions alors avec…… une grande déception. Car ce projet dans lequel le pianiste s’est très peu investi, laissant la direction artistique à son saxophoniste  T.K Blue était totalement dénué d’inspiration.

 

On aurait pu croire à l'ouverture en forme de fanfare dans les rues de Harlem qui faisait presque danser l’immense Randy Weston si la suite n’avait été d’une rare platitude. Un ensemble de vieux musiciens tristes (à l’exception du contrebassiste Alex Blake qui faisait ce qu’il pouvait pour donner l’illusion), un alignement de chorus sur des thèmes à peine arrangés, dans l’ensemble bâclés, une formation qui joue assez mal ensemble nous laissaientt au bar deviser avec d’autres soiffards sur la misère du monde. On avait certes entendu la magie Westonienne.  Celle du maître qui, dès qu’il touche le clavier transforme le plus insipide en révélation. Mais dans la mesure où ce n’était pas réellement son projet, le pianiste s’effacait et disparaissait trop souvent pour laisser place à son groupe. On avait alors le sentiment d’être en plein concert de gala pour une œuvre caritative menée par l’orchestre de soldats vétérans en plein cœur du Missouri. Ce qui, certes, n’etait pas si éloigné du propos mais sans réel intérêt musical.

 

 Wynton-Marsalis2.JPG Avec d'autres soiffards à la buvette,on se disait qu'avec Wynton au moins à défaut de modernité, on serait sûr d’avoir du show bouillant sur ce projet autour du répertoire du Hot Club de France. Après Piaf et Billie il y a deux ans (en compagnie de Galliano) , Marsalis arrange ici un répertoire en hommage à Django Reinhardt. Place donc à l’homme de la Nouvelle Orléans qui à 49 ans, avec ses jeunes-vieux briscards où l’on retrouve avec plaisir et  comme toujours Walter Blanding au ténor ou encore  Ali Jackson aux baguettes, fers de lance du septet, s’éclate toujours autant dans son jardin Gersois.

 

La formation, visiblement heureuse d’être sur scène (pas comme les Westoniens qui tiraient la tête), pouvait alors enchainer Minor Swing, Sweet Georgia Brown, Oriental Shuf, I’ve Found a new baby avec autant d’enthousiasme que d’esprit mutin. Les arrangements de Marsalis revélaient de petites pépites, alternait les géométries du solo au duo jusqu’au septet au grand complet dans un esprit qui tirait plus vers la cité du Croissant que vers les caves de Montmartre.

 

Les duos entre Frank Vignola à la guitare et Mark O’Connor au violon n’avaient rien de plagiaire et les deux s’amusaient dans des 4x4 sous l’œil complice de ce diablotin de Marsalis qui sortait de sa boîte pour quelques mémorables solos bouffant tout Armstrong sur son passage. Le groupe, lui aussi sous le charme s’arrêtait de

jouer et le laissait seul enchaîner les barres.

Pour un peu il aurait continué jusqu’au bout de la nuit. Et nous aussi.

 

Wynton-Marsalis4.JPG

 

 

 

 

 

Photos : Pierre Vignaux

 

 

 

 

 

 

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Published by Dernières Nouvelles du Jazz - dans Compte-rendus de concerts
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