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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 21:45

 

JEAN-PIERRE JACKSON : «  Oscar Peterson »

Actes Sud Classica 2012

138p, 16,50 euros

 

 Couv-Oscar-Peterson001.jpg

 

Jean-Pierre Jackson est un habitué de l’éditeur puisque, après avoir livré une bio de Charlie Parker en 2005, de Miles Davis en 2007 et de Benny Goodman en 2012, il nous revient ici avec ce petit opus biographique sur le géant canadien Oscar Peterson.
Il est vrai que le pianiste qui nous a quitté le 23 décembre 2007 à l’âge de 82 ans n’a pas véritablement donné lieu à une bibliographie pléthorique, et que l’ouvrage de référence reste aujourd’hui encore sa propre autobiographie parue en 2002 ("A Jazz Odyssey", Continuum , 2002) à laquelle Jackson se réfère beaucoup.

Oscar Peterson  (1925-2007) est, indéniablement un génie du piano qui a écrit avec Art taum parmi les plus belles paes de l’histoire du jazz. Génie absolu de la musique depuis sa plus tendre enfance. Doté d’une oreille absolue, le jeune Oscar est tombé dans le piano un peu par hasard, à la suite d’une tuberculose infantile qui l’a éloigné des instruments à vent auxquels pourtant il se destinait. Et dans son environnement familial où la musique prenait une part importante, c’est d’une part sa sœur Daisy qui joua un grand rôle dans la carrière du jeune Oscar mais aussi l’influence évidente de Teddy Wilson et plus tard d’Art Tatum. Dotéd’un talent inné, très tôt Oscar Peterson s’amusait à jouer à peu près tout ce qu’il entendait d’oreille, en jouant simultanément les mêmes notes de la main gauche et de la main droite sur deux octaves différentes. Assez vite repéré sur la scène de Montréal, le jeune Oscar décide en 1944 de créer son propre trio et commence à enregistrer pour le compte de RCA. Mais c’est un soir d’été de 49 que sa carrière va prendre une réelle tournure. Un homme dans son taxi pour l’aéroport entend ce soir-là à la radio un pianiste exceptionnel à l’occasion d’un concert retransmis en direct. Ni une ni deux, cet homme prend la décision de faire demi-tour et demande au taxi de l’emmener là où a lieu le concert. Cet homme n’est autre que Norman Granz qui très rapidement subjugué lui fera illico faire ses débuts au Carnegie hall où le pianiste sera présenté comme la véritable révélation devant un public rapidement et totalement renversé.

À partir de là, boulimique de musique et de jeu, Oscar Peterson n’arrêtera quasiment jamais de jouer. Son partenaire de prédilection avec lequel se nouera une amitié indéfectible fut longtemps Ray Brown associé dans des formules différentes allant du duo au célèbre trio avec le guitariste Herb Ellis. En à peine trois ans après ses débuts dans la célèvre salle de New-York, Oscar Peterson acquiert le statut d’une véritable vedette tournant avec les plus grands jazzmen de l’histoire ( Charlie Parker, Lester Young, Billie Holiday, Coleman Hawkins, Roy Eldridge, Count Basie etc…..). Après le départ d’Herb Ellis, ce fut longtemps le batteur Ed Thigpen qui fit office de troisième homme. Suivent les grands albums commercialement mythiques du pianiste ( Night Train, We get requests, Oscar Peterson Trio +one).

 

peterson-ray-brown.png

 

Jean-Pierre Jackson n’oublie pas, dans sa biographie de faire un rapide détour par les engagements humanistes du pianiste dans les années 60 par son adhésion à la franc-maçonnerie, par sa conscience du racisme relatant au passage l’épisode où le mastodonte mis un jour KO deux GI qui avaient insulté Ella Fitzgerald.

En 1965 c’est la naissance d’un nouveau trio avec le départ du batteur remplacé par Louis Hayes et du fidèle Ray Brown  remplacé par Sam Jones ( C’est la même rythmique que celle qui accompagnait Cannonball Adderley).

Après la période florissante des disques parus sur le label MPS, Norman Granz qui avait cédé son catalogue jazz de Verve à MGM, recrée en 1972 le nouveau label, Pablo (en hommage à Picasso qui en crée le logo). Revenu un temps avec Ray Brown, Oscar Peterson multiplie surtout les rencontres pour ce label dont notamment 5 rencontres avec Count Basie  ( Satch and Josh  en 1974, Satch and Josh again en 1977, Yes Sir that’s my baby, Night Ride et the Timekeepers en 1978). Cette période marque aussi une rencontre fondamentale du pianiste avec le guitariste Joe Pass de 1973  1986, période ponctuée par une 20aine d’albums pour Pablo.

Les années 80 vont être marquées pour le pianiste par une forme d’usure physique. Aveu incroyable du pianiste dans son auto-biographie : Oscar Peterson souffrait depuis l’adolescence d’une arthrite qui paraît-il l’obligeait à jouer parfois avec beaucoup de souffrance.  Il subit une intervention de la hanche et à 66 ans, il se marie pour la quatrième fois et donne naissance à une petite Céline qui va changer totalement sa conception de la vie, lui donnant l’envie de diminuer le nombre de tournées et de séances d’enregistrement. Mais inlassablement Oscar Peterson remontait sur scènes et dans les studios et après quelques séances d’enregistrement plus ou moins réussies pour le label Telarc, Oscar Peterson victime d’une insuffisance rénale décède le 23 décembre 2007 dans sa maison de Mississauga.

 

 

Au-delà de l’aspect purement biographique du petit ouvrage de Jean-Pierre Jackson contraint par le format de moins de 140 pages, on pourra cependant regretter que ce dernier délaisse largement l’analyse musicale pour se consacrer pour beaucoup à l’égrenage savant des moments clefs de la carrière du pianiste entre grandes étapes discographiques et repérage de quelques-uns des morceaux indispensables. On pourra bien sûr si l’on veut approfondir, se référer au beau travail d’Antoine Hervé (« les leçons de jazz »), mais l’on aurait toutefois aimé que l’auteur s’attarde un peu sur les différentes influences que le pianiste a laissé sur des générations entières de musiciens ( et pas que pianistes).

Ce qui n’empêche pas Jean-Pierre Jackson de relever la force torrentielle de ce pianiste de génie, boulimique de piano, issu des grands maîtres du ragtime, issu de l’art de l’improvisation venu tout droit de Tatum, génie de la rythmicité pianistique et du feu d’artifice des octaves déferlantes et retombant en suspensions émouvantes.

 Oscar Peterson fut certainement l’un des plus grands soit les doigts duquel les plus grands standards semblaient réinventés avec une constante jubilation.

Un vrai travail musicologique reste à faire mais ce petit opus permettra cependant aux plus néophytes d’entre nous de pénétrer un peu dans la musique d’Oscar Peterson, en fournissant quelques pistes d’écoutes absolument indispensables.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

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