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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 23:36

Jean-Pierre LELOIR : «  Portraits Jazz »

Textes de Stéphane Koechlin

Edition Fetjaine

La Martinière ( www.lamartinieregroupe.com)

leloir.jpeg Je me souviens de ce concert cet été aux Arènes de Montmartre. À côté de moi un photographe assistant au concert de Norma Winstone absolument incapable de comprendre la musique et usant bruyamment de son déclencheur dans les moments de silence et de suspension de la chanteuse. J’enrageais sur ma chaise et me disais que ce photographe-là, si visible, si prévisible aurait peu de chance de faire jamais de très bonnes photos.

Car l'art de la photographie est en effet souvent proche de celui de la dissimulation. C'est souvent celui qui consiste à se faire oublier pour capter l'instant rare et précieux que justement seuls certains photographes parviennent à immortaliser.

Les clichés de Jean-Pierre Leloir, bien connus et vus souvent, témoignent assurément de cet art. Sauf que chez lui, la dissimulation ne relève pas du vol de l’instant précieux mais d’une appropriation de l'instant de grâce en toute intimité avec l'artiste. Témoignage d’une très grande proximité aussi.

Sinon quoi ? Comment serait-il parvenu à saisir le grand Louis affalé sur sa chaise, le pantalon relevé dans un pur moment d’abandon ? Sinon comment parvenir à capter John Coltrane jouant seul devant sa glace devant la photo de son ami Eric Dolphy, avant d'entrer sur la scène d'Antibes pour ce fameux concert de 1965. Comment ne pas être troublé et ému par cet instant ? Et s'il n'y avait pas cette proximité intime, comment serait-il parvenu à saisir ainsi le doute chez Bill Evans, qu'aucun photographe n'avait approché de si près. Ou encore le sourire, si rare de Miles Davis.

Jean-Pierre Leloir est à lui seul une page entière de l’histoire de la photographie de jazz . Leloir a traversé depuis les années 50 tous les festivals de jazz de l’hexagone depuis qu’un GI à la libération lui tend un appareil de photo. Image déjà sublimée d’un décor de cinéma.

Le Loir va alors traverser les moments du jazz en apportant le témoignage d’une certaine approche esthétique ancrée dans son époque. Au plein cœur de la Nouvelle vague, Jean-Pierre Leloir baladait son regard dans les années 50 avec une sorte de vision en technicolor, si cinématographique qu’il n’en oubliait jamais la mise en scène spontanée où le décor et le détail sont presque aussi importants que le sujet lui-même. Le manteau de Bill Evans comme une œuvre de peintre hollandais.  Le chapeau de paille posé sur les genoux d’un Dexter Gordon altier. Le public en profondeur de champ derrière Ornette Coleman au Jazzland en 1965. La masse orchestrale qui se dégage visuellement de l’orchestre de Count Basie. Le rouge vif de la mallette de Dizzy Gillespie jouant en maillot de bain lors de l’enregistrement de French Riviera en 1962 et le jaune du décor derrière Bud Powell devant ce piano monumental. Chez Leloir le tout et l’unique se confondent dans un art de la lumière et du champ visuel. Il y a chez lui une approche de grand mâitre de la peinture classique.

 

Alors que la photo de jazz a longtemps été figée dans une posture en noir et blanc comme canon esthétique incontournable et à l'aune de laquelle Herman Leonard fut intronisé comme champion dans sa catégorie, les clichés de Jean-Pierre Leloir avait cette audace de la couleur et de la lumière.

 

Si les textes qui les accompagnent sont parfois un peu candides (voire légers) lorsqu’ils se veulent biographiques, les anecdotes de Jean-Pierre Leloir sont en revanche souvent savoureuses.

 

Les premières photos de Leloir n’existent pas. Elles furent prises avec un appareil non chargé un soir de concert de Duke Ellington devant le Palais de Chaillot. Et c’est donc un peu sur un malentendu que toute cette histoire a commencé. Le reste est ensuite un festival à lui tout seul. Une vision éclatante de ce jazz revigoré si tant est qu’il dût l’être. Son oeil captait la résurgence des sourires et des regards d’où émerge un peu l’âme des musiciens et peut être le mystère de leurs plus beaux chorus.

Jean-Marc Gelin

 

Pour être un peu chipoteurs , on notera une visible erreur de pagination qui vient placer, dans la « chronologie », Art Blakey et Kenny Clarke entre John Mc Laughin et Sun Ra ( !!).

 

 

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commentaires

G


salut


 


je viens de découvrir, grâce à l'artice de Gelin sur Leloir, cet excellent blog jazz, à conseiller..  et à fréquenter le plus souvent possible


 


Cordialement


Norbert Gabriel



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