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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 22:27

REGIS CANSELIER

Collection Formes

Le MOT et le RESTE/ Harmonia mundi

2010

25 euros.

jimi hendrix

lien

 

Régis Canselier est le spécialiste français de Jimi Hendrix, comme Aymeric Leroy est Monsieur «Rock Progressif».(1) Musicien, improvisateur, administrateur du forum français consacré à Hendrix, Canselier livre, dans ce Jimi Hendrix le rêve inachevé, un travail des plus sérieux sur l’oeuvre enregistrée par le génial gaucher. Difficile de résumer un tel ouvrage, si riche en informations et analyses mais, une fois encore, les éditions marseillaises Le Mot et le Reste s’attachent à rendre visibles, avec une grande générosité, le travail d’amateurs fous, ce que les Anglo-saxons nomment «labour of love», «a work in progress» sisyphien.

Jimi Hendrix est mort, il y a aura quarante ans, le 18 septembre 1970. Pourtant, dès mars 2010, on pouvait acheter un «nouvel» album Valleys of Neptune, comprenant des parties instrumentales du bassiste Noel Redding et du batteur Mitch Mitchell, un scandale et une formidable arnaque, d’autant que le mastering est lourd, le son compressé.

Comment savoir quels sont les albums à se procurer dans cette discographie d’Hendrix chaotique, alignant titres majeurs et autres purement anecdotiques, sans oublier des albums très inégaux sous son nom (évidemment vendeur) où le guitariste n’est que «sideman» ? Son dernier album demeure inachevé, et il reste encore des heures d’enregistrement inédits, exploités par des hommes d’affaires souvent peu scrupuleux. 

 Si Hendrix est au cœur d’enjeux financiers considérables, Régis Canselier tend à rétablir une certaine vérité, à gommer quelque peu le mythe de la rock star, à montrer un musicien autodidacte, à l’imagination époustouflante : «les solos de Hendrix sont souvent complètement imprévisibles, tout en étant parfaitement construits ». Il faisait preuve d’une inventivité rythmique, alliée à une sonorité exceptionnelle. C’était un génial improvisateur même s’il n’était pas un jazzman, encore moins un guitariste de be bop, mais l’aspect révolutionnaire de son jeu de guitare est ici souligné, ce qui ne pouvait qu’intéresser Miles Davis et Gil Evans : leur rencontre programmée l’eût sans doute orienté sur d’autres voies, des plus fécondes.

 

C’est à un véritable travail d’analyse musicologique que se livre l’auteur, décrivant les enregistements majeurs d’Hendrix et les replaçant dans leur contexte : les différents chapitres s’articulent sur la chronologie (3), traitant par exemple des très grands concerts Monterey (1967), Woodstock (1969), Isle of Wight (1970) et Royal Albert Hall (1969). Sans oublier un passionnant «Une vie après la mort (slight return)» qui développe tout le travail entrepris par Alan Douglas (sorte de « mea culpa » après certaines erreurs passées) sur  Jimi Hendrix : Blues, sorti le 26 avril 1994. Cette thématique s’avère passionnante . Elle complète, sur les sept films que Martin Scorsese consacra au blues, celui honorant Hendrix, une sorte de Blues, volume 2 qui peut séduire les amateurs de l’album de 1994, d’autant que les titres sont différents. 

 

A qui s’adresse le livre de Régis Cancelier ? Sûrement pas à ceux qui achètent des compils souvent «dégoûtantes», par effet de mode ou attirés par le  sensationnel (Jimi le guitariste qui jouait avec ses dents, ou la guitare dans le dos, qui incendiait sa guitare un beau jour de 67 à Monterey, pour répondre au défi des Who –le groupe le plus assourdissant de l’époque).  Alors, comblera-t-il  les seuls «spécialistes», les fans absolus ? Oui, mais pas seulement ! Il est écrit pour tous ceux qui aiment et aimèrent Hendrix et ont du mal à faire le tri dans les parutions innombrables et les fonds de tiroirs raclés avec acharnement, depuis la mort du guitariste. D’autant qu’à partir de 1997, le père de Jimi Hendrix et sa fille adoptive Janie reprirent le fonds discographique (héritage des plus lucratifs) sorti sous le nom de Experience Hendrix L.L.C  et sous le label Dagger dès 1998 (souvent des pirates officiels). Si ce livre ne se lit pas tout à fait comme un roman- ce n’est pas une fiction romancée sur un des mythes du rock, l’une des trois figures tragiques de cette période avec Jim Morrisson et Janis Joplin - il se feuillette au gré de l’humeur et des chapitres, comme une passionnante histoire musicale. Sans oublier, en fin de livre, la cerise sur le gâteau, les reproductions en couleur des pochettes psychédéliques des principaux albums vinyls.

Ajoutons enfin tout l’appareil éditorial : une chronologie fine et précise des sessions  (avec seulement des prises officielles), une discographie qui souligne l’ère de deux producteurs incontournables mais souvent discutables, l’ancien manager Michael Jeffery (1971-1973) et Alan Douglas (1974-1995), ancien producteur de jazz dans les années soixante.(2)

Encore plus précieux, les «setlists» des différents concerts reconstituent le concert original sans les coupes sombres et oublis plus ou moins pardonnables, effectués sur les nombreux Cds et DVDs sortis depuis la mort d’Hendrix. La bibliographie, copieuse, inclut aussi des ouvrages et études des plus sérieux (d’universitaires jazzmen comme Laurent Cugny) et enfin l’index des chansons permet, en un temps record, de retrouver dans le livre tout le «matériel» à disposition.

Sophie Chambon

Tous deux sont nés dans les années soixante dix, après la mort d’Hendrix et sont bien trop jeunes pour avoir connu ces musiques qui les passionnent. 

On doit à Douglas les scandaleux Crash Landing et Midnight Lightning , recomposés en studio avec des musiciens professionnels qui n’avaient jamais rencontré Hendrix !

Les trois single londoniens, Are you experienced? , Axis : Bold As Love, Electric Ladyland, Winterland, Royal Albert Hall, la fin de l’Experience, Woodstock, Band of Gypsys,  The Cry of Love Tour,  Isle of Wight          

 

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commentaires

P


C'est vrai que le "valley of Neptune" ne pas pas semblé si mauvais en première écoute... ou il faut que je le réécoute en détail au casque pour déceler s'il y a des overdubs douteux...



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L


Chère Sophie, je ne trouve pas personnellement que ce "Valleys of Neptune" soit un "scandale" ou une "formidable arnaque " comme tu l'écris. Il s'agit d'un disque réservé aux grands fans (comme
moi) et qui a le mérite de nous faire découvrir des versions de morceaux d'Hendrix jamais entendus et tout à fait passionnantes (et avec un bon son en plus !!!). Je pense en particulier à celles
de "Stone Free", "Lover Man" et surtout la géniale version de "Sunshine of your Liove" de Cream ! Amitiés. Lionel.



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P


Excellente collection et excellent bouquin ! pour replonger dans le détail des opus Hendrixien !



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