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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 23:13

 

JOACHIM KÜHN & ALEXEY KRUGLOV : «  Moscow »

Act 2014

Joachim Kühn (p), Alexey Kruglov (ts,ss)

 moscow.jpg

 

JOACHIM KÜHN : “ Voodoo sense”

Joachim Kühn (p), Majid Bekkas (cb), Ramon Lopez (dms) + Archie Shepp (ts);

 Joachim_Kuehn_Trio_Voodoo_Sense_c_Act_Music_Jazz_A_4baa9b0c.png

 

 

A juste titre l’année 2014 sera entre autres marquée par un bel anniversaire, celui des 70 ans du pianiste de Liepzig. Musicien essentiel dans le paysage du jazz et ce depuis les années 70, le pianiste allemand qui fut l’un des compagnons du trio mythique qui l’associait à Daniel Humair et JF Jenny Clark (dont on réédite plusieurs albums aujourd’hui), Joachim Kühn est un sexagénaire étourdissant. Véritable force de la nature le pianiste apparaît dans une forme plus qu’éblouissante.

Le label ACT de Siggi Loch  qui l’abrite depuis quelques temps, ne manque donc pas de lui rendre un hommage appuyé avec la sortie rapprochée de rééditions mais aussi et surtout de plusieurs albums récents qui témoignent si besoin est de l’incroyable vitalité de Joachim Kühn. Et surtout de son absolue actualité.

Toujours à l’affût de nouvelles expériences musicales Joachim Kühn ne cesse en effet de multiplier les rencontres. Ouvert à toute remise en question de ses propres certitudes et de son propre champ d’expression Kühn donne l’image d’un jazzman jamais blasé, jamais à court d’envie ni d’idées. Toujours à l’affût de belles confrontations. On se souvient par exemple de la magnifique rencontre à 4 mains avec le jeune pianiste prodige et compatriote Michael Wollny qui fut éditée sur le même label, témoignage d’un concert assez inoubliable.

Dans le bien nommé «Moscow», Joachim Kûhn à l’occasion d’un déplacement en Russie a accepté la proposition de  l’institut Goethe de Moscou d’enregistrer avec talent de la scène moscovite, en l’occurrence le saxophoniste Alexey Kruglov.  Et c’est avec un sens du dialogue, de l’échange et du partage que le pianiste allemand dialogue avec ce musicien particulièrement expressif et engagé.

Car le saxophoniste qui affiche ici un sens un peu théâtral ne manque pas le rendez vous dans un moment d’une extrême intensité où la posture post aylerienne de Kruglov crie autre chose que la seule musique et insuffle un supplément d'âme parfois déchirant ( Because of mouloud) et presque exténuant. La musique évolue alors entre moments écrits très mélodiques et des libres improvisations free comme les aime le maître de Liepzig où ce dernier accompagne cette sorte de combat avec lui-même que semble se livrer le saxophoniste qui s’emballe parfois dans l'émotionnel. Tellement engagé qu'il en devient parfois théâtral ou à tout le moins mélo. La volonté d'en faire une expression tire-larme agace alors parfois par son côté limite mielleux ( Poet).

 

Mais au final si la rencontre ne porte pas tout à fait ses fruits, le pianiste y étant quand même très en retrait, elle porte à tout le moins la marque de l’extrême générosité de Joachim Kühn et son ouverture vers des horizons plus ou moins connus.

 

 

 

 

 

Avec Ramon Lopez et Majid Bekkas, l’affaire est d’un tout autre niveau. Le trio se connaît depuis de nombreuses années et a déjà à son actif trois albums avant celui-ci. Trio fusionnel s’il en est. Pas de round d’observation, mais plutôt une façon d’emblée de poser la musique sur des sommets exceptionnels. Il faut entendre cette lutte quasiment fratricide avec Ramon Lopez où tout deux parviennent à densifier de manière incroyable la musique, à lui donner vie, à l'animer en pulsation et en vibrations. Avec Majid Bekkas et son jeu très puissant et parfois très orientalisé ils forment là un trio powerful. Un supplément d’âme. Inspiré entre autres par l’album de Coltrane ( « Kulu Sé Mama » enregistré en 1965) dont il est repris le titre éponyme, « Voodoo sense » associe plusieurs invités à l’enregistrement et notamment Archie Shepp.

Le pianiste et le saxophoniste se connaissent bien et avaient l’an dernier scellé leurs retrouvailles en enregistrant un bel album et surtout en multipliant des concerts exceptionnels dans plusieurs festivals. Avec Archie Shepp on est là encore dans une forme d'expression tripale. Sauf que celle-là colle au blues du saxophoniste, colle à une expression qui est à fleur de peau et à fleur de mélodie. Avec la foi d’un enragé Shepp joue comme il chante à moins que ce ne soit le contraire. Avec toujours cet engagement total qui est le point commun à ces deux artistes sans concession.

Tout au long de l’album on frôle et même on atteint des sommets de densité, de groove et parfois même de transe. L’esprit de Coltrane plane dans cette séance ensorcelante. On plonge avec eux dans la moiteur de l’afrique et des racines du jazz.

 

Ces racines que le pianiste et le saxophoniste n’ont jamais cessé d’explorer.

Jean-Marc Gelin

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Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
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