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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 23:06

Criss Cross 2011

John Escreet (p), David Binney (as), Eivind Opsvik (cb) , Nasheet Waits (dm)

john-escreet-.jpg John Escreet jeune pianiste anglais, pour le moment un peu hors de portée des radars des critiques français ( à l’exception de quelques uns) signe un nouvel album totalement décomplexé. Qu’il joue en trio ou en quartet avec le saxophoniste David Binney, Escreet fait passer un sérieux coup de jeune sur l’art du piano jazz.

On l’entend plus héritier de Jason Moran (dont i a d’ailleurs été l’élève – que voulez-vous les chiens ne font pas des chats), références monkiennes en moins ; ou de Dave King, le batteur pianiste de Bad Plus, qu’en successeur de Keith Meldhau.

Car son  travail est pianistique mais pas que. Pour preuve Restless, morceau totalement flippant où les bruitages nous balaient d’un souffle cauchemardesque. On se croirait dans la bande son d’Amytiville ! On ne voit d’ailleurs pas bien ce que cela vient faire là et c’est un peu décousu mais finalement pourquoi pas. Créations sonores aussi lorsqu’il manie subtilement l’électro pour créer des espaces musicaux parfois étranges  (Electrotherapy, Red Eye), souvent très cinématographique, à la limite des comics d’anticipation. C’est dire combien le pianiste avec l’énergie de son jeune âge, a à cœur de bousculer les conventions du genre.

Très percussif ( parfois un  peu trop) on l’entend malmener son clavier avec la rage des morts de faim et avec derrière lui, un Nasheet Waits génial ( comme d’hab’) qui ne se fait pas prier pour en surajouter dans le survoltage ( sur le titre éponyme notamment). L’apport de David Binney est aussi essentiel. Le plus prolifique des saxophonistes New Yorkais fait ici parler la poudre et y affirme une formidable présence rythmique.

Sur le fond, le pianiste, remarquable technicien explose les conventions, on l’a dit. Inutile de chercher à se raccrocher à des idées mélodiques simples. John  Escreet malmène les atonalités et les structures rythmiques comme Steve Coleman ou parfois Threadgill.

Les idées neuves et l’énergie de ce jeune pianiste d’à peine 27 ans ne suffisent pourtant pas à se convaincre qu’il est d’ores et déjà un pianiste «  essentiel ». Ses trouvailles sonores et les interventions aussi brillantes soient-elles de Binney pourraient tout aussi bien être interprétées comme signe d’une difficulté à tenir le discours, seul sur la durée.

Il n’empêche, Escreet est assurément une valeur montante du jazz transfrontalier ( jazz métissé de pop-rock) dont les apparitions  sur la scène promettent d’être de vrais feux d’artifice.

A ne pas manquer. On est prêts à en prendre le pari.

Jean-marc Gelin

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