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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 19:06

Tzadik 2009

Joe Lovano (ts), Dave Douglas (tp), Uri Caine (p), Greg Cohen (b), Joey Baron (dms), John Zorn (composition, as sur un titre).



 Au commencement, Masada était d’abord un formidable quartet. Avec le temps, c’est devenu un concept compositionnel que Zorn décline avec divers interprètes au fil de sa série « Book of Angels », dont voici déjà le douzième volume. En apparence, on a affaire ici à un retour aux sources partiel, puisque ce nouveau quintet comprend trois des membres du groupe original (Dave Douglas, Greg Cohen et Joey Baron). Mais la comparaison s’arrête là. En effet, l’arrivée du piano de Uri Caine et surtout du ténor de Joe Lovano – nouveau venu dans l’univers de la « radical jewish music »  – change totalement le son d’ensemble, en le tirant vers un registre plus explicitement jazz. Au premier abord, la formule semble séduisante. Servie par des musiciens d’exception, cette relecture cool et décontractée de l’univers de Masada enveloppe l’auditeur dans un confort d’écoute peut-être un peu trop douillet… jusqu’à la plage six (Rahtiel), où Zorn se décide enfin à sortir son alto de l’étui. Et là, on se réveille et on se dit : Bon sang, mais voilà ! Masada, c’était ça : cette plainte venue du fond des âges, ce cri de fureur, cette étincelle de folie, ce déferlement d’énergie… Las, Zorn remballe bien vite son biniou (ça finit par devenir agaçant, à force, ces apparitions en guest star sur ses propres disques…), et par comparaison, la suite de l’album nous paraît d’un coup bien fade. On n’y entend plus qu’un super group de jazz un peu mollasson, chez qui les influences klezmer et orientales, loin de toucher à la substance même de la musique, se résument à des gimmicks exotiques souvent un peu facile. Il n’est qu’à comparer la composition finale, Rigal, avec la version déchirante qu’en donnèrent Mark Feldmann et Sylvie Courvoisier dans le volume 3 de la série. Comme dirait l’autre, y a pas photo ! Et une fois le disque terminé, on ne peut s’empêcher de se poser la question : y aura-t-il un jour enfin un nouvel album du Masada Quartet qui demeure, malgré certaines réussites incontestables du « Book of Angels », la référence absolue de cette « nouvelle musique juive » que Zorn appelle de ses vœux ?

Pascal Rozat

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