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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 18:29


Blue Note 2010

onishi

Junko Onishi (p) Yosuke Inoue (cb), Gene Jackson (dm) + Reginald Veal (cb), Herlin Riley (dm)

A 43 ans Junko Onishi n’est plus tout à fait une inconnue. ON peut même dire que cette pianiste japonaise, lointaine émule de Tshiko Akiyoshi accumule titres de noblesse et les signes de reconnaissance. On parle à son sujet de «  virtuose » ou de « phénomène » avec l’allant et l’enthousiasme de ceux pour qui les liners de Blue Note, sa maison de disque font office de révélation divine pour candides. L’écoute de ce nouvel album en trio ne devrait assurément pas apporter de démenti. Le phénomène Junko Onishi est bien, comment dire…. Phénoménal !  A tel point que cette livraison qui surfe sur résolument sur une vague « bebop revival » (grande spécialité au pays du soleil levant qui compte tant de pâles

imitateurs de Toshiko Akiyoshi), ne laisse de nous impressionner à la première écoute. La pianiste n’y hésite pas à rentrer dedans, à mordre dans le vif et Junko Onishi propose ici avec autant de puissance que d’allant une lecture un peu stéréotypée du trio jazz rendant au passage des hommages appuyés à Art Tatum ou à Bud Powell ( tiens encore la marque de Toshiko Akiyoshi !) en passant dans des moments d’accalmie par Amhad Jamal.  Ce qui en soit n’a rien de novateur. Sans rien enlever d’ailleurs rien au plaisir assez jouissif d’une écoute qui semble familière et où tous les repères du trio jazz sont bien en place : sens du groove, talents de l’improvisatrice qui se ballade dans la grille avec une stupéfiante aisance, trio qui fonctionne à merveille. On adore absolument, la rapidité de sa main droite cette vélocité un peu vaine et surtout la musicalité de ses improvisations d’une grande cohérence et qui sait rendre facile à l’écoute les détours pourtant structurellement complexes qu’elle emprunte.

 

 

On  aimera  donc  forcément  et  sans  risque son interprétation des standards ( Smoke gets in your eyes par exemple) ou encore cette entreprise plus audacieuse pour le coup qui l’amène à entreprendre «  par la face Nord » des thèmes d’Eric Dolphy réputés peu faciles. Dans un morceau comme Musical moment la pianiste puise dans d’autres références et se fait un peu moins démonstrative, sortant heureusement des clichés bop.

Mais il y a chez Onishi une sorte de peur de manquer, de peur du vide qui l’entraîne très vitre à revenir au  jeu serré, peu espacé qui ôte toute place au non dit et au silence. Un peu comme l’antithèse du piano moderne qui ne trouverait sa légitimité que dans un come back aux anciennes valeurs. Alors, dans cet exercice où la pianiste emplit l’espace avec puissance et énergie, il faut à ses compagnons beaucoup de talents pour trouver leur place et imposer leur propre dynamique à une pianiste pourtant survitaminée. Grâce à leur talent, ça marche et l’on parvient à suivre cet album sans un instant d’ennui.  Le Bop revit sous un autre jour et l’on suit cette parenthèse musicale à la fois ravis, séduits, enchantés et bluffés mais aussi totalement épuisés par ce qui s’apparente parfois à un tour de force.

Jean-marc Gelin

 

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