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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 22:13

 

Olivier Hutman (p), Ya n Martin (tp), Matthias Malher (tb), Michael Nick (vl), Thomas Savy (cl), Pierre Wekstein (sax), Claude Brisset (cb), Philippe Dammais (dm)

 klezmer-nova-l-entre-deux.jpg

Attention, évènement de ce début d’année !

Les anciens de l'Orient Express Moving Shnorers se sont reformés il y a déjà quelque années en un nouveau groupe, une nouvelle forme, un nouvel esprit, un Klezmer Nova que certains (ils ont tort et ils sont de moins en moins nombreux) ne connaissent pas malgré les diverses apparitions du groupe sur la scène de l’Européen à Paris.

Klezmer Nova : on ne saurait mieux dire tant il s’agit d’un bien sérieux coup de neuf dans l'univers de la musique Klezmer trop souvent ancrée dans les archtétypes de la musique ashkenaze et des prodiges de Naftule Brandwein. Au point que bien que l'ancrage Klezmer soit très clairement affirmé et revendiqué comme le marqueur de sa musique, Pierre Wekstein a su néanmoins créer une musique iconoclaste, inventive, créative et hors tout champ stéréotypique puisant à de multiples sources.

Avec un superbe octet de jazzmen et un magnifique travail d'écriture, le groupe sonne autant comme un big band, que comme un combo Klezmer ou une fanfare balkanique. C'est que tout dans cet album relève d'une richesse musicale inouïe. Avec 28 titres regroupés autour de 3 thèmes ( Ladilafé, Takamaka Songe, Aedes Cosmopolites) Pierre Weikstein fait s'enchevêtrer l'humour, la poésie et la philosophie et autant d’influences musicales. Il y a du théâtre, de la danse, des rires et des larmes. Une dramaturgie magnifique comme l'aurait compris Albert Cohen. Et ça danse, parfois un peu genre Bar Mitzvah mais aussi et surtout comme une fanfare baroque où Solal et Mangeclous semblent emmener avec eux Emir Kusturica dans une folle sarabande où la vie s’exulte en jaillissements. Mais dire cela est pour autant réducteur à une configuration dont Pierre Wekstein ne cesse de s’échapper pour s’ouvrir à une écriture bien plus subtile comme Sysiphe 974 par exemple où il est plus question d’influence presque Debussiennes si toutefois l’on osait s’embarquer sur ce terrain. Et pourquoi pas Gorecki ? Oui d’ailleurs pourquoi pas ?

Il y a de l'intelligence dans cette musique là, dans son texte et son contexte. Mais aussi des moments d'émotion pure qui èmergent et nous renvoient à des textes sublimes issus de la culture Yiddish. Le violon, si étroitement lié à la tradition reprend aussi ses droits comme dans ce thème superbe (Le Songe) où il porte à son paroxysme une musique qui n’a dégale que la beauté des toiles de Chagall. Magnifique et déchirant Michael Nick. D’ailleurs c’est bien simple tous les solistes sont sublimes. Il faudrait parler de ce chorus incroyable de Yann Martin sur Bogalusa. Il faudrait parler aussi de Matthias Malher auteur d’un moment d’héroisme rugissant au trombone sur Ladi ou encore des envolées et des melismes sinueux de Thomas Savy. Il faudrait parler aussi de Claude Brisset et de Olivier Hutman qui portent les Déferlantes à un point quasi volcanique. Là encore l’écriture brillante de Pierre Wekstein et  ses arrangement non moins lumineux.

L’orchestre est en marche et fonctionne dans tous ses rouages. Capitivant il ne vous lâche pas et sait vous emmener irrésistiblement.

Que la culture Klezmer soit ou non la notre (moi jusqu’à présent les énervements Klezmero-zorniens avaient plutôt tendance à m’exaspérer), Pierre Wekstein parvient à en décloisonner son enracinement pour la rendre plus universelle. On jubile de bout en bout. On suit la troupe virevoltante et émouvante à la fois.

Cet album est assurément l'un des plus brillants de ce début d'année.

Jean-Marc Gelin

 

 

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