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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 19:11

Jacques BOUZERAND, Michel ROHBOT, Gilles DE MONTAUZON, Catherine BELOEIL, Francis HOFSTEIN

Editions Delatour France

300p- 49 euros

 lejeuincessantdedanielhumair.jpg

 

Si l’on a pas eu la chance de voir exposées à la Galerie de la Pointe à Paris, les toiles de Daniel Humair, on pourra prendre sa revanche avec Le Jeu incessant de Daniel Humair, superbe livre d’art, sorti aux Editions Delatour France.

Une somme captivante qui revient sur la carrière prolifique de Daniel Humair avec des illustrations pleine page, des « pages-fenêtre » reproductions soignées de  la palette de l’artiste : on plonge dans la couleur et son « théâtre de formes inventées

à la fois fixes et flottantes.»

Daniel Humair n’est jamais arrivé à choisir entre peinture et musique qu’il a pratiquées parallèlement depuis plus de quarante ans. Cette personnalité gémellaire a équilibré, en les réconciliant, deux passions essentielles. Francis Hofstein, l’un des auteurs, précise pourtant que Daniel Humair ne peint pas le jazz qui d’ailleurs ne se peint pas. Et comment rendre le swing ?

Selon la technique de monotypes, le peintre s’est inventé un vocabulaire formel,  toujours en gestation, avec un côté rustique, faussement maladroit.

Son catalogue de formes en série, abstraites ou réalistes, mais plurielles, résiste à toutes définitions : fourches, marelles, lingots, croix, boîtes… objets étranges qui se déclinent de tableau en tableau. Il effectue des variations à l’infini sur un thème, un travail improvisé qui convient à sa pratique du jazz : une transposition du geste musical en geste pictural, la maîtrise du geste (essentielle chez le batteur) plus que du tracé, selon la « cuisine des hasards », intégrant les accidents de parcours.

« L’image aboutie ne m’intéresse que si elle est le fruit de stades accidentels et créatifs ».

Des formes qui reviennent, obsessionnelles, saisies dans une palette plutôt sombre, qui déborde de ces formes toujours imparfaites, mouvantes. La photo prise au plus près, ne révèle  jamais de la haute pâte, mais une matière fluide au contraire avec les pigments tirés à la brosse. Il met en place des formes avec la tension provoquée dans l’espace. Ces formes perverties sont son alphabet, sa boîte à outils, assez unique !

Ce sont souvent de grands formats sur lesquels il se penche, à même le sol, sans réitérer le geste intiatique de Pollock dans l‘ « Action painting ». Car son style est original, même si d’évidence, Daniel Humair s’est nourri de la peinture contemporaine (avec des attirances bien compréhensibles) pour Cy Twombly, Paul Rebeyrolle, Bram van Velde, le mouvement Cobra et Pierre Alechinsky entre autres…

Une interview, en tous points remarquable, livre les préoccupations esthétiques de Daniel Humair, son credo artistique, sa problématique de peintre : « La peinture ce sont des territoires (déjà) occupés » qu’ il s’évertue à ne pas transgresser.

 

De même que son jeu de batteur ne ressemble à aucun autre, il cherche avant tout à comprendre, puis à éclairer le sens de son travail, de son esprit très analytique : « Il faut apprendre à dessiner consciemment ce que l’on fait inconsciemment ». Personne ne parle mieux de son art musical et pictural, de sa pratique qu’il considère comme artisanale. Sans fausse humilité, il sait décrire la vision d’un homme qui continue à multiplier les échanges, à travailler sans relâche, sachant aussi désapprendre pour se renouveller.

 

A la satisfaction de lire et d’apprendre, s’ajoute le plaisir de feuilleter pour la beauté des images : le format choisi pour le livre met en valeur l’iconographie subtile, sur des supports variés : pochettes de disques, enveloppes, affiches des festivals de Rive de Gier ou de La Seyne, couvertures de Jazz Magazine et bien entendu, photos et planches-contact de tout ce que la « planète jazz » a compté d’important.

Ainsi sont soulignées avec goût les œuvres aux techniques mixtes sur papier, vinyle, aquarelles, après les Néocolor de Caran d’Ache de ses débuts, en alternance avec les textes précis et sensibles d’auteurs, spécialistes de l’histoire de l’art, du jazz  et fins connaisseurs du parcours de Daniel Humair. 

Enfin, comment ne pas apprécier le Cd bonus de Daniel Humair avec ses complices le contrebassiste Bruno Chevillon et le saxophoniste ténor Tony Malaby.

Ainsi, ce beau livre de couleurs et de formes devient aussi objet musical. Formidable !

 SOPHIE CHAMBON

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