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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 10:38

« Live at Birdland »

Lee Konitz (as), Brad Meldhau (p), Charlie Haden (cb), Paul Motian (dm)

 Lee-Konitz-Brad-Mehldau-Charlie-Haden-Paul-Motian-Live-At-B.jpg

Le Birdland a toujours été un de ces lieux magiques dans l’histoire du jazz. Il s’y est tenu des concerts mémorables. Petit club mythique s’il en est, le club après avoir été situé tout proche de la fameuse 52ème rue, a réouvert en 2008 dans la 44ème. Le club a toujours inspiré les plus grands et certains ont notamment en mémoire le légendaire Live at Birdland enregistré par Coltrane en 1963 ou encore les non moins légendaires sessions animées par Art Blakey e ses Messengers.

Et c’est dans ce temple sacré de la musique qu’ont été réunis ce soir de décembre 2009, 4 légendes absolues du jazz : Lee Konitz (84 ans), Charlie Haden (74 ans), Paul Motian (80 ans) et le tout petit dernier, Brad Meldhau (41 ans) pour une de ces rencontres au sommet dont on se dit qu’une telle brochette de all-stars, sans réel projet commun, (mais avec une même histoire en partage) peut donner leu au meilleur comme au pire. Peut aboutir à une rencontre sublimée ou à un simple gig.

Et c’est la première solution qui s’inscrit définitivement dans le marbre. Sur un matériau basique, celui des grands standards du real book, Konitz rencontre Meldhau et réciproquement. Tout y est certes très formaté, très, trop certainement. Les structures s’enchaînent  et chacun prend son chorus à tour de rôle montrant l’un après l’autre sa science incroyable de l’harmonie que le pianiste dispute à l’alto. Les thèmes sont issus d’un répertoire archi connu et rebattu. Et pourtant, la magie opère immanquablement. Dans cette forme, dans ce format dont on n’attend aucune révélation, la musique se révèle avec sa part d’inattendu, de surprise, affichant de la part des musiciens une inattendue et  fantastique liberté.

Au-dessus de tout Il y a (malgré parfois quelques défaillances de justesse) le « son » de Lee Konitz. Celui qui me fait passer en boucle depuis des années ce disque qu’il enregistrait en avec Warne Marsh. Lee Konitz : cette forme de clarté limpide, ce soyeux du verbe et cette maîtrise de l’harmonie qui depuis Tristano ne le quitte pas. Et Meldhau qui, justement, endosse à merveille ce rôle Tristanien qui lui était tendu comme sur un plateau d’argent et qui rejoint Lee Konitz exactement sur ce terrain-là où le thème reste le thème, la mélodie reste la mélodie alors que tout, autour, semble réinventé. Et c’est là où la magie de ces rencontres au sommet opère : dans cet art de la re-création qui devient pour l’auditeur celui de la révélation. Loverman sublimé, Lullbay of Birdland magnifié, I Fall in love too easily bouleversant, touché par la grâce ou encore un Solar qui au-delà de son exploration modale va chercher dans les moindres recoins harmoniques des atonalités surprenantes. C’est qu’il y a pour les 4 musiciens, dans ces thèmes-là matière à jeu, matière à réflexion, matière à communion.

Et dans cette rencontre, il y a aussi un événement dans l’événement : les retrouvailles émouvantes de Haden et Motian, là encore une question de « son » : deux sonorités qui ont marqué à jamais l’histoire de leur instrument, deux timbres exceptionnels qui se retrouvent.

Aux DNJ nous avons failli faire un débat autour de cet album-là qui ne parvenait pas à me convaincre à la première écoute. Nous avions le préjugé d’un album un peu trop marketé. Trop encadré dans sa forme. Le sentiment que parfois chacun joue pour lui-même. Et puis réécoute. Et puis non, pas possible de dire cela. C’est finalement tout le contraire qui se passe. L’art de chacun emporte l’ensemble dans ce formidable paradoxe du jazz qui place l’individu dans l’ensemble qu’il constitue ou qui LE constitue. Et c’est la définition même de l’osmose. A moins qu’il ne faille aller chercher, pour le comprendre, celle de l’empathie(*)

Jean-Marc Gelin

 

 

(*) (du grec ancien ν, dans, à l'intérieur et πάθoς, souffrance, ce qu'on éprouve), notion complexe désignant le mécanisme par lequel un individu  peut « comprendre » les sentiments et les émotions d'une autre personne voire, dans un sens plus général, ses états mentaux non-émotionnels.

 

 

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Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
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