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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 22:37

ECM 2012

Louis Sclavis (cl, clb), Benjamin Moussay (p, fder), Gilles Coronado (g)

  sclavis-sources.jpg

Evenement et Grand disque de Scalvis ! Une nouvelle fois.  Dire ce que l’on veut mais aujourd’hui personne n’écrit comme Sclavis. Sa musique est totalement unique. Vous aurez beau chercher, essayer de la raccrocher à une forme jazzistique connue, elle vous échappera toujours si vous essayez de la capturer dans ces grossiers filets.

Car Sclavis nous embarque, chaque fois dans une sorte de voyage onirique qui dégage une extraordinaire puissance poétique. Évocatrice de paysages mais aussi de ce que l’intime a d’insaisissable. Les terrains explorés semblent vierges. Les flottements structurels sont voulus et naviguent entre deux eaux. Les contours sont mouvants. Si Sclavis a apporté ses compositions, chaque membre du trio a aussi apporté sa pierre à l’édifice dans un  travail à la table pour déboucher sur un vrai travail collectif dont le clarinettiste est le géniteur. Et force est de constater que les trois se confondent dans une osmose musicale servie par des interprètes dont l’écoute, l’abnégation (au sens de servir l’autre) et la qualité des improvisations sont les matériaux les plus palpables. Tous les trois, dans cet instrumentum original font parler la musique. Tous les trois improvisent, jouent avec des silences inquiétants ( Outside of maps). Ils s’échangent tour à tour les rôles rythmiques et harmoniques. Parler de groove ou de pulse serait galvaudé. On entre dans des sortes de tourneries qui relèvent plutôt du flux vital. La guitare de Coronado est multiple, porteuse de sons très différents s’un morceau à l’autre. Et même ses incursions rock (A road to Karangada) sont hypnotiques. Benjamin Moussay quant à lui drappe le son au piano ou au fender d’un voile mystérieux, l’enveloppe et l’ensorcelle.

L’africanité qui hante Sclavis depuis longtemps est là, présente  même Près d’hagondange. Son Afrique est celle d’une danse sorcière.

Leur géographie est parfois celle de l’étrange dans une sorte de transport presque psychédélique. Comme si le langage des mots et les images devenaient superflus. L’émotion est là, subtile mais forte et dense. La musique exprime le désert, le voyage, la métamorphose ou la dérive poétique.

On pardonnera un morceau plus maniéré comme Dresseur de Nuage où l’on croit entendre sur l’intro la patte d’un Manfreid Eicher. Sorte de concession au label accueillant.

Sclavis débarrassé de ses furies free porte ici la musique à d’autres sommets. Jamais il n'a été aussi fort dans la pratique de son art de la clarinette. Et c'est une sorte d’amour suprême qui s’en dégage avec cette force presque chamanique qui fait parler les éléments imaginaires.

Jean-Marc Gelin

 

Pour pénétrer l’univers de Sclavis, se reporter à l’interview référence de près de 40 pages recueillie par Stéphane Olivier dans Jazzmagazine daté de mars 2012

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