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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 19:03

louis-winsberg-marseille-marseille-111925061.jpgSuch Production

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Marseille, ville du métissage, populaire et rebelle, future capitale culturelle européenne en 2013, n’a pas souvent inspiré les jazzmen. Et on comprendra pourquoi avec le dernier titre  « Marcel, Marcel ». Et pourtant, le guitariste Louis Winsberg lui dédie son dernier album, Marseille, Marseille, frappé du sceau de la «Bonne Mère», la patronne de la ville qui dominait fièrement la cité phocéenne du haut de sa basilique néo byzantine, jusqu’à l’érection de la tour de verre et d’acier de la CMA-CGM, de l’architecte libanaise Zaha Hadid. Car Marseille, la plus ancienne ville de l’Europe de l’ouest ne s’enorgueillit pas de ses vestiges, ayant constamment ouvert de nombreux chantiers sur les décombres du passé. Marseille est une ville d’illusions et de paradoxes, bruyante, énervée, volubile, volontiers caricaturale, mais aussi représentative du sud dans une générosité d’accueil. La Provence est un peu loin, repliée dans l’arrière-pays, sur d’autres territoires du département, Marseille ayant intégré les vagues successives d’immigration de la Méditerranée.  Le premier titre Pourquoi cette ville illustre un hommage  que présente Louis Winsberg, sans la moindre pointe d’ «assent », ni à la Pagnol, ni à la Gaudin, ni à la Caubère. Il dit « le métissage de la rue et de la Méditerranée » dans ce texte qu’il a écrit sur fond de musiques et chants orientaux. Le deuxième titre renvoie à « La camarguaise »,  avec guitare flamenca et accompagnements palmas. Car bien que natif de la ville, Louis Winsberg s’est réfugié dans son patio (et on peut aisément le comprendre) dans les Alpilles, petit paradis, à deux encablures d’Arles, la véritable capitale provençale et du delta du Rhône, la Camargue. Avec son album, on  fait donc du tourisme dans les Bouches du Rhône, de la Méditerranée des calanques aux Alpilles tout en retrouvant « la Belle de Mai », un des visages de cette ville éclatée aux cents villages. Marseille, ville de contrastes dont il n’est pas facile de se déprendre, une fois sous le charme de son environnement naturel, exclusivement minéral, pourtant. « La Belle de mai» ne nous renvoie  pas vraiment à la tradition de Scotto (Vincent),  ni aux chansons populaires style Mon amant de St Jean de Lucienne Delyle, mais évoque une troublante Leila, revisitant comme dans « L’étranger », « Fiyach » et « Makountou »-deux traditionnels algériens-la ville actuelle. Louis Winsberg se devait de reprendre lui aussi « la Marseillaise» et sa version flamenca (instrumentale), sonne aussi bien que celle reggae de Gainsbourg. Comme quoi, la musique de notre hymne national s’accoutume à tous les rythmes. Winsberg nous livre ainsi son partage du midi avec sa bande de potes, en tête Mona, belle chanteuse et joueuse d’oud, Jean Luc di Fraya à la voix qu’il a fort belle et aux percussions, Lilian Bencini à la contrebasse…Antonio el Titi, et Miguel Sanchez aux guitares flamencas ainsi que beaucoup de musiciens invités qui sont aussi Marseillais de cœur comme Julien Lourau. La culture musicale de Winsberg, comme celle de la ville, se nourrit de beaucoup d’influences : lui qui fut l’un des piliers de Sixun, grand groupe de jazz rock fusion des années quatre-vingt, aime particulièrement le flamenco. Il se laisse influencer volontiers par la beauté de l’Orient dont Marseille fut la grande porte au XIXème et ne dédaigne pas la modernité électronique, dans cette succession de titres où règne la guitare dans tout son éclat, électrique, acoustique, arabo-andalouse, soutenue par tout un cortège d’instruments méditerranéens mais pas seulement (oud, zarb et bendir, karkabous, cajons, bouzoukis...). Et il agence plutôt finement le réseau de toutes ses influences qui auraient pu se télescoper bruyamment et chaotiquement. Enfin, si vous voulez savoir ce qu’est Marseille, écoutez le dernier morceau, synthèse humoristique de la situation. Difficile d’expliquer ce qu’est le jazz à un « pur » Marseillais (si ça existe) : comment lui faire comprendre ce que signifie l’improvisation ? En  comparant un musicien de jazz à un joueur de foot. Car le seul véritable élément fédérateur, au fond,  la culture de la ville, son identité se déclinent passionnément autour du « foot ». Ah ! Peuchère…. 

Sophie Chambon

 

En concert le lundi 10 octobre à la Cité de la Musique à Marseille dans le cadre de Jazz sur la ville.

 

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