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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 21:52


bd - bye bye blackbirdBande dessinée + 2CD
Bande originale collection de BD MUSIC
www.bdmusic.fr
octobre 2010
Sortie 22 octobre 2010

Une nouvelle graphique sur une bande originale très jazz

Il y a toujours du neuf dans le noir. Témoin la dernière livraison de l’impeccable collection de Bruno Théol chez Bd music qui une fois encore, selon l’approche choisie opère une sélection parfaite.
Dès l’ouverture de ce nouveau numéro de la collection Bande Originale  (BD Fiction) qui en est à son quatrième opus, ce « Bye Bye Blackbird »  éveille bien des souvenirs :  on est absolument soufflé par la présence de ce « Buhaina Chant »  du 7 mars 1957 où officient quelques uns des meilleurs batteurs et percussionnistes de l’époque dans cet Art Blakey / Orgy in Rhythm  Art Blakey, Jo Jones, « Specs » Wright, Sabu, Potato Valdez, Jose Valiente  Ubaldo Nieto…On rêverait de réunir aujourd’hui pareil « all star » de batteurs percussionnistes !  
C’est Marc Villard l’auteur de romans noirs, de policiers troublants que les lecteurs de Jazzman connaissent bien (Nouvelles noires)  qui illustre ce numéro avec un petit poème en prose sur New York, la ville tentatrice et inspiratrice des  musiciens de jazz. Ce texte fort  ne pouvait s’écrire ailleurs qu’en cette ville, dépeinte avec plus de détails, de perspicacité, de sensibilité qu’un simple décor.  Un New York où les paysages sont comme des artifices montrant une certaine déréliction - la mort qui plane autour de toutes les choses humaines.   
La fascination qu’il éprouve pour cette ville d’acier et de verre se nourrit aussi de mystère. On comprend que le jazz ne peut vivre et se développer que dans cette jungle urbaine, dans cette obscurité troublante et  cette poésie qui ne se réfère qu’à elle même. Un monde où même l’air que l’on respire est à nul autre comparable, épais et poisseux comme les traits des portraits de Joe.G Pinelli qui a concentré la force expressive  dans un graphisme gras et cerné, rehaussé de noirs bitumeux. On pense à Rouault  sans le mysticisme du peintre ou pour certains nus charbonneux à Auguste Chabaud.
 Billie Holiday évidemment, figure en couverture, coiffée de son gardenia,  emblématique de ce blues tragique comme dans « Gloomy Sunday », ou « Strange fruit ».
Cette histoire dans laquelle se retrouvent des figures de légende et d’autres du quotidien, se lit, s’éprouve, se traverse comme au volant d’un « yellow cab » qui sillonne les avenues tirées au cordeau. Le rythme est nerveux, haletant, assorti à la violence sèche et à la « photo » somptueuse de ce décor cinématographique. On est plus proche de  Taxi driver dont la musique est de Bernard Herrmann que du Manhattan de rêve, en noir et blanc de Woody Allen, tourné en 79 avec en arrière fond,  cette musique « rétro » de l’ère du swing et des big bands.
On pense aussi à Kerouac et à son approche allumée, instinctive. La vie glisse dans le glauque et chaque matin est comme un coup de matraque : plongé dans un profond chaos émotionnel, s’abandonnant à l’appel de l’ombre et des puissances de l’irrationnel.
Pour la bande son, il ne s’agit pas précisément d’une énième compilation mais d’un album thématique qui choisit ce tournant extraordinaire du jazz, à l’orée des années soixante : Charles Mingus, Art Blakey, Art Pepper, Gerry Mulligan, Horace Silver, Miles Davis, Yuseef Lateef côtoient encore Coleman Hawkins ou Armstrong et sans renier leurs pères impriment une autre impulsion à cette musique.   Si on suit avec intérêt et même passion l’évolution de cette musique aimée, reconnaissons que cette période qui anticipait le free jazz et ce bouleversement absolu des règles et de l’écoute est formidable. Elle nous semble étonnamment moderne, c’est à dire intemporelle.

Sur deux Cds, 29 titres du « Black and Blue » d’Armstrong en 1929 au « Jazz Heat, Bongo Beat » de Buddy Colette, en 1959.
C’est une alchimie particulière que de constituer un montage sonore qui fait découvrir le son du jazz , sa quintessence : de l’émouvant « Lonely Woman » d’ Ornette Coleman (The shape of jazz to come), à l’impeccable « Jordu » enlevé par Clifford Brown et Max Roach.
Coltrane est dans la liste sur le « So what » de Kind of Blue du quintet de Miles en mars 1959, et sur « Blue Train » mais, entre 1956 et 1959, il cherchait et se préparait à  la dernière décennie qui allait le faire entrer dans la légende.

Si vous vouliez faire connaître le jazz de façon assez précise, sans viser l’exhaustivité, c’est tout de même la quintessence qui figure sur ces deux albums. Avec  maîtrise et virtuosité- l’un des éléments clés pour comprendre le jazz et son développement- on s’abandonne à la fascination envers ces légendes du jazz, dans un tour de la question des générations et des styles d’une période particulièrement faste.
A découvrir rapidement !

Sophie Chambon

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