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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 18:05

Mark Turner (ts), Avishai Cohen (tp), Joe Martin (cb), Marcus Gilmore (dms)

ECM 2014

 mark-turner.jpg

Il faut mettre les choses au clair. Mark Turner prend depuis quelques années la dimension d’un des plus grands saxophonistes ténor actuel. Au point que l’on n’est plus réellement surpris de voir, chaque fois qu’il est impliqué comme sidemen ou comme leader, le petit chef d’œuvre pointer le bout de son nez. Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps (un an ), Turner signait avec Trotignon un album en duo qui aura été pour moi l’un des plus bel album de l’année (Dusk is a quiet place)dusk.jpg

 

Ici, celui qui apparaît comme l’un des fleurons du label de Manfreid Eicher ( le patron et fondateur de ECM), se place en grand ordonnateur d’un quartet inédit et absolument superbe. Surtout il réalise un coup de génie en s’associant à l'un des plus brillant des trompettistes actuels, Avishai Cohen. Sur le papier on crie au coup marketing tant le bouillonnant trompettiste de Triveni et d’Omer Avital semble éloigné des préoccupations esthétiques très cérébrales de Mark Turner. Et pourtant cette association des deux soufllants, c’est un pur coup de maître.

Les deux, placés côte à côte confrontent des conceptions différentes de cette musique qui se situe entre l’écriture fine et spaciale et improvisations maîtrisées tout en contraste et en complémentarité sans, et c’est cela qui est magique,  nuire a la cohésion de l'ensemble. Surtout ils parviennent à se retrouver naturellement dans le mariage des harmonies complexes et des contre-chants qui associent le timbre éclatant du trompettiste avec la douceur velouté du ténor. Les compositions très inspirées s'appuient sur une rythmique exceptionnelle au premier rang de laquelle on place le drive très riche de Marcus Gilmore ( petit-fils de Roy Haynes, c’est pas peu dire !) et la précision métronomique et ronde de Joe Martin, fils spirituel de Paul Chambers et de Scott la Faro.


Mark Turner apporte ici l’intégralité des compositions magnifiquement écrites, toutes en nuances et en envolées sensuelles. C'est du très grand Mark Turner au sommet de son art, un tantinet shorterien. Mark Turner est aussi exceptionnel dans ce sens du blues chic, du blues concertant comme dans cette improvisation de très très haute volée sur Sonnet for Stevie. Le ténor déploie ses ailes sur chacune de ses improvisations avec une sensualité du son qui évoque un Lester Young des temps modernes.

Brillantissime, Avishai Cohen (écouter notamment sur Year of the Rabbit) est capable de jouer sur tous les registres, sortant parfois des notes improbables à faire passer Freddie Hubbard pour un aimable souffleur de clairon.

Très classique dans sa forme de quartet acoustique, cet album l’est aussi dans l’esprit d’une certaine forme de classicisme contemporain. Son souci esthétique tendant à la perfection des formes et des lignes reste parfois un poil trop poli. Fait pour les grandes salles et pas bâti pour la moiteur des clubs et Avishai Cohen s'y oblige à la retenue lui que l'on aime tant voir partir en trille.

 

Mais c’est juste qu’ensemble ils bâtissent une œuvre, sérieuse et sophistiquée. C’est, à ce niveau d’inspiration, de l’art avec un grand A. Espérons seulement qu’un groupe comme celui-ci puisse s’installer dans la durée et que Mark Turner à l’instar de ce qu’il faisait avec le trio Fly, fasse perdurer ce quartet dont la dimension ne fera que croître pour s’imposer comme une référence absolue de ce jazz qui porte cette musique au comble du raffinement.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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Published by Jean-Marc Gelin
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commentaires

stanbourbon 21/09/2014 22:17


Manfred EICHER ET PAS Richer

Dernières Nouvelles du Jazz 22/09/2014 08:00



indeed