Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 23:00

 

Michel Zenino (contrebasse, arrangements), Jean Pierre Arnaud (batterie) Olivier Temime (saxophone)

www.atoutjazz.com

www.cristalrecords.com

 Massaliajazz.png

En tant que régionale de l’équipe, on se devait d’écouter d’une oreille plus qu’attentive cet album- hommage aux compositions marseillaises et provençales, à l’heure où le petit monde culturel n’a d’yeux que pour la cité phocéenne, élue Capitale culturelle européenne, en oubliant souvent que c’est tout le territoire de Marseille-Provence, soit plus d’une centaine de communes sur le département des Bouches du Rhône qui est concerné.

Michel Zenino, Jean-Pierre Arnaud, Olivier Temime s’en donnent à cœur joie, avec une simplicité bon enfant pour célébrer leur ville, loin de la mode et de ses diktats. Comme les Américains reprenaient les tubes de Broadway, notre trio de méridionaux bien allumés, en partant de la tradition, se réapproprie le « folklore » local, assaisonnant ces bons vieux saucissons à la sauce hard bop.

 Dépoussiérant certains clichés, ils transforment en jazz  certains fondamentaux de la « culture marseillaise », à savoir «Félicie aussi » de l’inénarrable Fernand Contandin, dit Fernandel, des chansons ensoleillées de l’auteur d’opérettes, Vincent Scotto ( « Cane Canebière », « Adieu Venise Provençale » ) ou l’« Aujourd’hui peut-être » de Paul Durand, immortalisé par Fernand Sardou. Ces thèmes se refont une jeunesse insolente et énergique, joués avec la flamme (plus que la flemme ) méridionale.

Le pastaga ou petit jaune, les boules de pétanque, les filles de la Belle de Mai ( manque juste « Mon amant de St Jean » dans ces reprises ) honorent les représentations d’un Marseille d’autrefois, ce Marseille de toujours, bon enfant, servies à tue-tête par les vendeuses de poisson « ave l’assent » sur le Vieux Port ou la Canebière…

La pochette de Massaliazz  (ah ! le joli mot valise ) représente un pain cubique de savon de Marseille (il ne reste plus en fait que trois savonneries en ville et pour tout dire, le savon de Marseille se fabrique…ailleurs  ) repeint en bleu ( aux couleurs de la ville, de l’azur, de la mer …de l’O.M ). Mais on ne refait pas la légende.

Le jazz dans tout ça?  On le retrouve dans cette ville où le verbe est roi, qui, après le rap de groupes phares, aujourd’hui, célèbre plutôt le hip hop et les musiques du monde. Car traversée de tant de mémoires et d’imaginaires, la ville a toujours favorisé l’inspiration, mixant les genres les plus divers, se voulant à contre-courant ou d’avant garde. Ce trio de jazzmen « classiques »  renoue donc avec une autre tradition, car, quand on lit A fond de cale de G.Suzanne et M. Samson chez Wildproject, on découvre que le jazz était très écouté entre deux guerres et ses musiciens très actifs.

Ce trio Massaliazz  mérite  d’être écouté, avec un batteur plein d’énergie qui enlève l’affaire avec fougue, un contrebassiste auteur de beaux arrangements et un saxophoniste mieux qu’ inspiré.

L’ensemble  jazze allègrement. Jamais affranchis de leurs désormais lointains modèles, Sonny Rollins, John Coltrane, le trio puise sans réserve dans ce répertoire admiré, aimé car tellement aimable, donnant à certains thèmes une vigueur nouvelle. Avec humour, « Without a song » devient “Sans mes tongs », “Body and Soul”, « Boudiou on s’ Saoûle », « Bernie’s tune », « J.P. Mes Thunes ».

Oui, c’est du jazz, du bon, du vrai et ça fait du bien. On aurait pu entendre davantage cette musique, au moment des cérémonies et autres manifestations festives de la ville. Dans Massaliazz, tout est savoureux, parfait pour l’été, mais pas seulement, et pourra s’écouter au-delà de l’année 2013.

Absolument conseillé, sans modération !

 

Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0

commentaires