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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 21:13

A_FOND_DE_CALE.jpgMICHEL SAMSON & GILLES SUZANNE
Avec Elizabeth Cestor

A Fond  de cale
1917-2011 Un siècle de jazz à Marseille

Editions Wildproject 2012

Les auteurs Michel Samson (ancien correspondant du journal Le Monde à Marseille), Gilles Suzanne (maître de conférence en esthétique à l’université d’Aix Marseille) et Elizabeth Cestor, (chargée de mission au Mucem) ont écrit la saga de Marseille en jazz en 8 chapitres chronologiques.
Comment raconter le jazz à Marseille ? Qui y joue, qui fait quoi et quelle structures existent ?  Voilà des questions élémentaires auxquelles ils répondent en menant une enquête journalistique sérieuse, s’appuyant sur de nombreux entretiens avec les principaux acteurs du jazz à Marseille. 

Ville pauvre, populaire, rebelle, dépourvue de tout esprit  patrimonial, Marseille reste avant tout un port, même si les dockers sont  beaucoup moins nombreux aujourd’hui qu’à la grande époque. En roue libre, cette ville d’immigration qui n’a jamais cessé de brasser des arrivants venus du monde entier, était capitale du « musical hall » dans les années trente. Marseille a compté dans l’implantation mondiale du jazz, devenant même une scène d’avant-garde, avec de nombreux activistes promoteurs de la diffusion de cette musique, dont le Hot Club à ses débuts.  C’est une musique vivante ‘à consommer sur place’, depuis son arrivée dans cette ville-monde, à fond de cale. Marseille, à la Libération, est nommée « capitale française du jazz » ( Hugues Panassié), «ville noire» avec son quartier historique du Panier, où circulent G.Is et big bands. Puis, sans jamais perdre de vue l’évolution du jazz, la ville est devenue un « conservatoire à ciel ouvert », où s’est ouvert la première classe de jazz en France, sous la houlette de Guy Longnon. L’apport de Marseille au jazz est considérable, même s’il n’existe pas un jazz marseillais. Par contre, des cycles s’imposent à chaque tournant décisif de l’histoire de cette musique et ainsi se mesure l’attachement de chaque génération à «sa » musique. Plus de trente ans après leur création révolutionnaire, des structures créatives existent encore,  cherchant à briser les frontières musicales ou intellectuelles comme le GRIM fondé en 1978 par André Jaume, David Rueff, Gérard Siracusa et Jean Louis Montera (actuel directeur), ou  le GMEM (Groupe de Musique Expérimentale de Marseille).  Autre association indispensable pour implanter cette musique durablement, Le Cri du Port, seule véritable scène de jazz ( avec Michel Antonelli toujours en poste)  a longtemps fonctionné sans salle, quasiment sans budget pour monter des concerts, avec pour vocation de faire vivre le jazz dans la ville.
A chaque époque, son regard, ses filtres, ses affrontements, ses oublis et ses désillusions. Beaucoup d’artistes ont d’ailleurs jeté l’éponge et quitté la ville, rêvant d’ailleurs. Car, côté culture, la ville a souvent mauvaise réputation, alors qu’elle déborde d’énergie artistique. Le jazz s’est  constitué un public à Marseille en dépit de la richesse des discours musicaux : la dynamique collective qui s’était d’ailleurs un peu essouflée avec l’apparition d’autres musiques plus « modernes », comme le hip hop ou le rap (que Marseille se vante d’avoir ‘inventé’ en France), revient en force. Le jazz aujourd’hui est particulièrement à l’honneur dans les deux derniers chapitres « Le jazz encore possible » et « Jazz XXI ».
 
C’est une navigation passionnante que propose ce travail collectif autour d’un phénomène que chacun a voulu s’approprier, sans que le dernier mot ne soit dit. Peut-être parce que l’on ne viendra jamais à bout du jazz. L’approche est pertinente et suffisamment critique, les choix éclairants et le lecteur pourra se plonger à loisir dans le chapitre qui l’intéresse. La perspective historique est essentielle dans cette étude : on découvre les biographies des principaux acteurs de cette musique, qu’ils soient musiciens (André Jaume, Hervé Bourde, Gérard Siracusa, Michel Zenino…), patrons de boîtes ou clubs de jazz (l’incontournable Jean Pelle qui fit et défit le « jazz côte sud » sur trois décennies au Pelle Mêle ), politiques comme Roger « Goliath » Luccioni, contrebassiste, professeur de médecine et cardiologue, « affreux jojo du jazz », adepte d’un anti-jacobinisme ardent, directeur de la revue JAZZ, membre du Jazz Hip Trio, à l’origine du premier festival phocéen Jazz des Cinq Continents qui fait le plein actuellement.
Paradoxalement, aujourd’hui, continue « ce lent décrochage entre un public toujours plus large pour le jazz et son peu d’attrait pour la scène locale », certains amateurs pouvant satisfaire leur passion en ignorant tout ou presque des musiciens qui se sont souvent installés dans la ville, sans en être originaires.
Ces néo-arrivants jouent dans les clubs, bars du quartier de la Plaine, de Longchamp, du Panier…ou les théâtres : ils ont pour nom Raphael Imbert, Christophe Leloil, Perrine Mansuy, Eric Surmenian, Christian Brazier, sans oublier les plus jeunes Simon Tailleu, Cédric Bec, Cyril Benhamou

Travaillée par tant de mémoires, la ville n’aura jamais manqué d’inspiration, toujours prête à mixer les courants et les genres. Ecrit avec le recul suffisant pour une œuvre nécessairement subjective, analyse lucide non dénuée d’émotions, A fond de cale est le roman du jazz marseillais que doivent découvrir non seulement les « étrangers » à la cité phocéenne, mais encore les Marseillais eux mêmes. Nul n’est prophète en son pays…


NB : Ajoutons un index des plus sérieux, des notes soignées faisant référence à de très nombreuses publications et articles dans la presse spécialisée, sans oublier un interlude rare (le cahier de photos du fonds Paul MANSI, promoteur doué, dès 1947, pour trouver des concerts aux jazzmen de passage.)



Sophie Chambon

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Published by Sophie Chambon - dans Livres - BD
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