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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 10:32

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Rosario Giuliani est l’un des saxophonistes les plus brillants de sa génération. Son dernier Opus « Images » est un 100% création. Sorti chez Dreyfus Jazz en 2013, il comprend 10 compositions de sa plume qu’il interprète avec Joe Locke au vibraphone, John Patitucci à la contrebasse, Roberto Tarenzi au piano et Joe La Barbera à la batterie.

 

Nous l’avons joint cette après-midi à son domicile romain. Au cours d’un long entretien, Rosario Giuliani a parlé de sa musique mais aussi de lui, de sa vie, de ce et de ceux qu’il aime car il est, dit-il, « une personne avant tout, avec ses joies et ses douleurs » et veut être connu sous cet aspect par son public.

[propos recueillis le 7 octobre 2013 et traduits de l’anglais par l’auteure]

 

Yaël Angel : Pouvez-vous nous raconter comment vous avez rencontré les musiciens qui ont enregistré cet album avec vous ?

 

Rosario Giuliani : La musique que j’ai enregistrée est liée à des moments importants de ma vie. Je l’ai écrite comme la musique d’un film. Elle est liée à des endroits qui m’ont marqué : ma ville natale, des villes où j’ai joué. Elle se réfère aussi à des personnes qui tenu un grand rôle dans mon existence, comme ma mère, Phil Woods ou Francis Dreyfus.

Aussi, lorsque j’ai eu fini d’écrire la musique et que j’ai commencé à chercher des musiciens avec qui l’enregistrer, je me suis dit qu’il fallait que ces musiciens me connaissent, non seulement musicalement, mais aussi personnellement, que l’on ait partagé des moments de vie ensemble.

Joe Locke est le premier à qui j’ai pensé. C’est comme un frère. Il a immédiatement compris ma musique.

Le second fut Joe La Barbera. C’est le batteur le plus extraordinaire que je connaisse et c’est de surcroît une belle personne. Quand il joue quelque chose, ce n’est pas juste pour « jouer ». Il le fait parce que ça apporte quelque chose à la musique. Nous avions déjà joué ensemble lors de ma tou

rnée pour l’album « Lennie’s pennies ». Pendant cette tournée, nous avions partagé des bons moments, mais aussi des peines et cela nous a rapproché.

Roberto Tarenzi est mon ami. Nous nous connaissons tellement bien. Sa participation était évidente.

Enfin, j’ai pensé à John Patitucci. J’avais joué avec lui un an auparavant lors d’un enregistrement avec Enrico Pieranunzi. Nous avions également fait une master class ensemble. Nous nous sommes tout de suite entendus. Cela m’a donné envie de faire cet album avec lui. Bien sûr on pourrait dire que John Patitucci est le contrebassiste de Wayne Shorter, qui est pour moi le « dernier génie ». Mais cette raison n’a pas été prépondérante dans mon choix.

J’ai partagé des moments de vie avec chacun de ces musiciens. Je les apprécie non seulement pour leurs qualités artistiques mais avant tout et surtout pour ce qu’ils sont en tant qu’hommes. Je pense que c’est réciproque. Je me souviens d’un email que John Patitucci m’a envoyé après l’enregistrement de l’album, dans lequel il me dit qu’il a toujours le morceau « Angel at my side » qui tourne dans sa tête. Cela m’a touché.

 

YA : Comment situez-vous cet album au sein de votre discographie ?

RG :  Pour moi, faire un album est comme écrire une page du livre de ma vie. C’est un très gros livre (rires). Chaque album est un pas de plus vers l’avant. Quand je pense à « Luggage », mon premier album chez Dreyfus, je pense immédiatement à la vie que j’avais quand je l’ai enregistré. Il contient ma vie à cette époque. J’ai la même impression quand je pense aux autres albums : Mr Dodo, Lennies Pennies, etc….Et je veux continuer cette œuvre encore longtemps, qu’elle soit de plus en plus profonde, de plus en plus émotionnelle. Mon prochain album contiendra d’autres expériences, une autre partie de ma vie. C’est pour cela que je ne peux pas donner plus d’importance à un album qu’à un autre.

 

YA : Chaque morceau de l’album est inspiré par une photo que l’on peut voir sur la jaquette. C’est ainsi que l’on comprend qu’« Angel at my side » est dédié à votre maman, « Les deux doigts » à Francis Dreyfus et « Woods » à Phil Woods. Sur votre site internet, on peut également voir des photos de votre famille, de vos amis, de moments que vous avez passés avec eux. Est-ce que la famille et les amis prennent une grande part dans votre art ?

RG : Oui réellement. Chacun peut nous apprendre quelque chose. J’ai appris beaucoup de ma famille et de mes amis. Je suis très chanceux en ce sens. Et c’était une manifestation naturelle de ma gratitude à leur égard que de les faire figurer sur mon album et sur mon site. Ils sont une part de ma musique.

Francis (Dreyfus) était comme mon « père artistique ». Son décès fut terrible pour moi. Qui plus est, il est mort deux mois après ma maman. Ce fut une année très difficile pour moi.

 

YA : « Siberian lake » et « L’île des pins » sont les deux premiers morceaux de l’album. Ils sont pourtant si  différents des autres titres que l’on peut se demander pourquoi vous les avez choisis pour démarrer l’album. Comment a été établie la liste des morceaux ?

RG :  A chaque fois que je fais une liste de morceaux, j’essaie différentes formules. Je pense au tempo, au rythme, à la tonalité, aux émotions. L’ordre de l’album est le meilleur que j’aie trouvé. C’est très subjectif. Mais en même temps, je ne voulais pas commencer par un morceau fort comme « Vertical voices ».

 

YA : Parlons justement de Vertical Voices. C’est un morceau rapide, presque agressif, virtuose. Vous rappelez-vous comment vous l’avez composé ?

RG : J’ai pris une photo lors d’un concert au Jazz Club Coca-Cola du Lincoln Center à NYC. C’est le seul jazz club au monde où l’on voit « en vrai » les tours de New York juste derrière la scène. J’étais impressionné et j’ai pris une photo. A chaque fois que je regardais cette photo, j’entendais une phrase musicale dans ma tête, toujours la même phrase…Comme si les tours se parlaient, selon qu’une lumière s’allume depuis une fenêtre en bas, en haut, au milieu. J’ai fini par écrire ce discours vertigineux, en partant de cette phrase qui me revenait inlassablement jusqu’au morceau entier.

 

YA : Certains des titres de l’album sont en français. Vous avez vécu quelques mois à Paris.  Pouvez-vous nous en parler ?

RG : J’ai en effet beaucoup joué à Paris, surtout à mes débuts. Pour éviter trop de déplacements, je m’y étais installé quelques semaines. C’est une ville que j’adore. Si je devais me construire une vie parfaite, je passerais 4 mois à Rome, 4 mois à New York City et 4 mois à Paris.

 

YA : Vous avez récemment joué avec Kurt Elling. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

RG : Nous avions eu l’opportunité de jouer ensemble en Angleterre, en Juin dernier, avec le BBC Philarmonic Orchestra. On s’est immédiatement entendus. Pendant les trois jours de répétition, nous avons été manger et boire ensemble et on s’est beaucoup amusés. Il utilise sa voix comme un instrument et ça me plait. C’est un grand professionnel. Tout était parfait, dès la première répétition. Par la suite, il est venu jouer à Rome à la Casa del Jazz et il m’a invité sur scène ! Il y avait beaucoup d’autres musiciens dans la salle….j’étais heureux que ce soit moi qu’il ait invité.

 

YA : Quels sont vos projets ?

RG : Tout d’abord jouer avec mon quintet. Nous nous retrouverons prochainement pour 5 concerts au Festival Umbria Jazz Winter, du 28 décembre 2013 au 1er janvier 2014.

J’ai aussi un duo avec Enrico Pieranunzi. Nous faisons un hommage à Thelonious Monk. Notre prochain concert aura lieu en Allemagne ce vendredi 11 octobre.

Enfin, je viens d’enregistrer un album avec Fabrizio Bosso, Enzo Pietropaoli et Marcello Di Leonardo. L’album s’intitule « The Golden Circle » et fait hommage à Ornette Coleman. Il sort dans les bacs demain (sourire).

Yaël Angel

 

Extrait de Vertical voices


 

Prochains concerts en France :

Les 19 et 20 novembre 2013 au Sunside (Paris). Rosario Giuliani sera accompagné par Darryl Hall à la contrebasse, Roberto Tarenzi au piano et Marco Valeri à la batterie. Un concert à ne pas manquer.

 

Site de l’artiste

 

Discographie en tant que leader : 

Images-Rosario-Giuliani.jpg

Images (Dreyfus/BMG 2013)
Lennie's pennies (Dreyfus Jazz 2010)
Anything else (Dreyfus Jazz 2007)
More than ever (Dreyfus Jazz 2004)
Mr. Dodo (Dreyfus Jazz 2002)
Luggage (Dreyfus Jazz 2001)
Jazz Italiano Live 2007 (Palaexpo)
Tension (Scema Records)
Duets for Trane (Philology)
Connotazione Blue (Philology)
Flashing lights (Philology)
Live from Virginia Ranch (Philology

 

 

 

 

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Published by Yael Angel - dans Interviews
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