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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 06:35

1 CD Bee Jazz/Abeille Musique

Nelson Veras (g). Mai et août 2009.



« Ton jeu sonne plus américain que brésilien. Tu es sûr que tu es brésilien ? » lança en plaisantant Pat Metheny un jour de l’été 1992, alors qu’il venait d’entendre pour la première fois le jeune prodige Nelson Veras, tout juste débarqué en France à l’âge de quatorze ans. Près de deux décennies plus tard, la remarque a perdu beaucoup de sa pertinence. À l’écoute de ce premier opus en solitaire, pas de doute possible : Veras vient bien du pays de Baden Powell (le guitariste, bien sûr, pas le chef scout). En témoignent le choix du jeu aux doigts (sans médiator) et de la guitare classique, mais aussi un répertoire de reprises qui fait la part belle à Tom Jobim, Chico Buarque ou Milton Nascimiento, aux côtés de quelques standards à l’identité jazz plus affirmée. Contrairement à ce qu’ont fait récemment d’autres guitaristes (Philip Catherine, Sylvain Luc et bientôt – encore lui – Pat Metheny), Veras a fait le choix courageux d’un « vrai » solo : une guitare acoustique toute nue, sans overdubs ni bidouillages, au service d’une musique au dépouillement minimaliste, qui reste au plus près de la mélodie et fait chanter à merveille les cordes en nylons. Mais le jeu de Nelson recèle aussi sa part de mystère et d’abstraction, à l’image de l’étrange motif géométrique ornant le CD, qui n’est sans rappeler ses expériences passées proches du mouvement M-Base et de sa précision rythmique toute mathématique. Parfois, le guitariste déroute un peu, notamment dans sa manière laconique de laisser certaines pièces en suspens, sans réellement les conclure. D’une certaine manière, on aimerait retrouver plus souvent le sentiment d’évidence, le lyrisme simple et décomplexé de la dernière plage, My Favorite Things. À moins que ce ne soient justement les éléments de tension introduits ici et là au fil de l’album qui rendent cette ultime pièce aussi belle ?

Pascal Rozat



Pat Metheny et Nelson Veras à Marciac en 1992 (avec la citation ci-dessus) :

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