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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 22:02




CouvNinaSimoneHD.jpgMercure de France. 270 pages.18,50 euros.

Elle avait choisi la France pour vivre ses dernières années.  Evidemment pas par hasard. Nina Simone (21 février 1933-21 avril 2003) entretenait une relation  bien particulière avec la patrie de Piaf , Damia, et Signoret dont elle avait pris le prénom comme nom de scène en souvenir de l'héroïne de Casque d'or. Le public le lui rendait bien qui appréciait spécialement sa version de Ne me quitte pas de Brel ou My Way, le tube de Paul Anka adapté du hit de Claude François, Comme d'habitude.
Gilles Leroy fait partie des fans de toujours d'Eunice Kathleen Waymon. "J'ai grandi avec ses succès", confie le prix Goncourt 2007 avec Alabama Song qui dévoile son tiercé gagnant « dans l’ordre » : "Don’t Smoke In Bed », « Mississippi Goddam » et « My Way ». Il s'est donc emparé du destin de cette musicienne hors normes devenue chanteuse par défaut, faute d'avoir été acceptée au Curtis Institute qui lui aurait ouvert la voie à une carrière de pianiste classique. La fille de  prédicateurs a toujours laissé parler son cœur. Avec force et violence et cet orgueil qu’elle tenait de sa mère. La vie ne l’a pas épargnée et la solitude ne l’aura jamais quittée même au plus haut de sa carrière.  Ainsi que confesse Nina dans « Nina Simone, roman », en réponse au public qui réclame un de ses tubes « My Baby Just Cares For Me », « est-ce que quelqu’un s’est jamais soucié de moi ? ».
Fidèle à sa méthode de travail, Gilles Leroy est parti d’une « base très réelle » et y a apporté son « imaginaire ».  Le résultat est à la hauteur de la « grande prêtresse de la soul ». Un portrait intime et fort, toute en empathie, ne dissimulant aucune des faiblesses et des fêlures d’une artiste rare sans céder au voyeurisme ou à l’hagiographie. De Tryon (Caroline du Nord) à Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône), d’Eunice Waymon à Nina Simone,  nous partageons le parcours d’une adolescente qui se voyait concertiste classique, passionnée de Bach, Debussy et Chopin, acharnée au piano, et qui devint l’une des voix généreuses qui comptent dans l’univers de la musique noire.
Œuvre authentique d’écrivain, « Nina Simone, roman », permet, mieux que bien des documents, d’approcher la personnalité d’une chanteuse et (nous soulignons) pianiste hors du commun. Avec ce livre, Gilles Leroy parvient, après Zelda (Alabama Song) et Zola Jackson, à brosser, selon ses propres dires, « un portrait global de l’américaine du XXème siècle ». Ce n’est pas le moindre atout de ce roman-vérité.
Jean-Louis Lemarchand
Gilles Leroy signera son livre le 10 avril à la librairie Mollat à Bordeaux et le 11 avril à la Terrasse de Gutenberg à Paris, à chaque fois à 18 h.

  

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