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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 19:23


choros-do-brazil---oboman-aquarela.jpgJean Luc Oboman  Fillon/ Edu Miranda/ Tuniko Goulart
Buda musique/ Soca disc


Jean Luc Fillon continue à exploiter le filon des particularismes musicaux et à braconner sur les terres de l’improvisation en adaptant cette fois le répertoire  très particulier des choros du Brésil, à savoir l’une des premières formes musicales qui présente quelques parallèles avec le jazz, puisqu’il s’inspire d’une danse afro-brésilienne ancienne, le lundu. Au début du XXème siècle, le choro se trouva en relation étroite avec d’autres styles voisins nord américains, ragtime et dixieland. D‘où l’adjonction de trombones, saxophones, percussions.... les ensembles de choros étant donc à géométrie variable.
A la rencontre de deux styles musicaux, la musique classique romantique qu’il a pratiqué à un très haut niveau et le jazz qui l’a séduit pour sa liberté, son rapport au rythme, Jean Luc Fillon est avant tout intéressé par la recherche d’un son et d’un phrasé très personnels. Il peut les développer dans la forme du choro, dont la cellule de base, le « terno », s’articulant autour de bois et de cordes, a une métrique à deux temps en forme de rondo, marquée de syncopes et de modulations harmoniques caractéristiques. Le hautbois se glisse donc ici à la place de la flûte, et reprend le rôle d’instrument mélodique avec la mandoline brésilienne ( le bandolim), la guitare ayant un rôle harmonique et rythmique.
Les choros, de tradition orale à l’origine, se retrouvent au cœur de musiques populaires beaucoup plus connues comme la samba ou la bossa nova. La danse n’est jamais très loin, en dépit de l’étymologie (« chorar » signifie « pleurer ») : les choros sont plutôt conçus sur un rythme joyeux et enlevé qui a ses origines dans la valse, la polka, certaines danses européennes... Le métissage n’est donc pas un mot galvaudé.
Dans cet album en trio, notre Oboman s’entoure de nouveaux complices, brésiliens cette fois-ci donc : le guitariste Tuniko Goulart et le mandoliniste  Edu Miranda. Le répertoire d’Aquarela, sorti chez Buda Musique, parcourt entre autres des compositions de Vinicius de Moraes, de Pixinguinha et d’Hermeto Pascoal. Il n’est pas étonnant que l’univers décalé et joyeux de ce poly-instrumentiste fou, vraiment inclassable, ait attiré notre hautboïste. Brésilien attaché au folklore de son pays, Pascoal introduisit dans des mélodies superbes tous les ingrédients de l’époque : fusion, free, avec indéniablement ce sens du rythme et des couleurs propres à la musique sud-américaine.
 Jean Luc Fillon nous fait voyager dans un même morceau entre les musiques ethniques, les folklores de nos provinces (Poitou, Catalogne) ou d’Italie (Sardaigne, Piémont) mais aussi  le jazz free ou le contemporain le plus XXème, reliés par des transitions  qui nous paraissent naturelles alors qu’elles sont du domaine de la performance. C’est formidablement festif sur le  « Chorinho pra ele » que nous avons tous en mémoire sans toujours savoir que c’est du Pascoal. Dans certains titres comme « Doce de Coco », ou « Carinhoso », le jazz apparaît très finement, avec un délicieux parfum de nostalgie : d’un coup, Oboman joue et swingue d’évidence. Notons enfin une rapidité vertigineuse, une virtuosité dans les sinuosités et  les volutes, particulièrement dans les unissons, parfaits, avec la mandoline. Jean Luc Fillon a déjà  pratiqué avec bonheur dans son CD précédent « Oboréades », le même procédé avec l’accordéon. Sa maîtrise instrumentale se révèle à ce moment là singulière. La synchronisation du rythme, de la justesse et du phrasé est parfaite, note à note, dans un style d’improvisation débridée. Un travail  de réglage impressionnant.
Un Cd à écouter rapidement.
 

 

Sophie Chambon


Choros do Brazil a été sélectionné « CD de la semaine » par FIP.

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Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
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