Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 07:11

Music by Olivier Benoit

http://www.circum-disc.com/olivier-benoit-serendipity/

www.muzzix.info

 olivier-benoit-copie-1.jpg

Premier album solo d’Olivier Benoît, Serendipity est sorti dans la collection HELIX du label nordiste Circum, que nous suivons avec attention, depuis ses débuts.

Expérimentateur dans les recherches électro acoustiques, ce guitariste se livre ici à une exploration des plus personnelles, ayant tout conçu de ce projet, de la musique à la photographie.

Etrange OVNI sonore qui commence par une longue plage d’un quasi silence ponctué de grésillements et autres effets techniques. Inutile de lancer un départ fracassant puisque la première partie dure 21 minutes. A la septième minute de cette même plage sans nom, un son persistant et saturé s’élève, qui vrille les oreilles sans que cela ne soit insupportable. C’est ce ressassement qui permet de donner du sens à la structure, à la texture affranchie que le musicien tisse et trame continûment, nous conduisant à l’égarement ou à un équilibre instable. Moment de méditation et de rêve éveillé, entre réflexion et transe, dans une tension constante qui jamais ne va jusqu’à l’explosion et la cassure.

Oser le dire est parfois dérisoire mais Olivier Benoît est un adepte de l’extrême en musique, il se laisse conduire et construire par une errance calculée, créative. Il arrive à manipuler sa machine, à en faire absolument ce qu’il veut. On se situe ici dans les marges, le domaine de l’expérimentation sonore, l’expérience des limites.

Comme le joli mot de Serendipity  renvoie au « don de faire par hasard des découvertes heureuses », le guitariste s’abandonne au hasard, à la « music of chance » comme diraient les Anglosaxons, avec une détermination têtue et une patience à toute épreuve. Comme quand il dirige avec une concentration folle l’immense ensemble de La Pieuvre. 

Plus qu’un Vulcain ahanant au cœur de la forge brûlante, en martelant ses enclumes, Olivier Benoît nous immerge dans un son irréel, industriel, intercalé de « dreams » non moins étranges, dans un voyage immobile, en partance pour un ailleurs indécis, floconneux. Ces sonorités travaillées, ces effets inquiétants d’étrangeté installent un climat d’éternité, musique d’accompagnement d’un cinéma virtuel à la « Eraser head ». Les sons saturés, infrabasses, cadences suggestives plongent dans une douce hypnose, fantasmagorie où le temps étiré à l’extrême  finit par se rappeller brutalement à nous, en dernière plage, par un gong inéluctable.

Qu’importe les bricolages et autres imprévus de cette musique dérangeante, l‘album conserve une unité, une dimension originale et poétique. En dépit d’un matériau sans intérêt apparent, s’écoule un magma  très personnel. Étonnant !

 

Sophie Chambon

 

Partager cet article
Repost0

commentaires