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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 23:52

Naïve 2013

Olivier Bogé (sx, vc, p), Tigran Hamasyan (p), Sam Minaie (cb), Jeff Ballard ( dms)

 BOGE.jpg

 

Il n’y a même pas un an lors la sortie de son magnifique album « Imaginary Traveler  », nous  avions  déjà  remarqué  Olivier  Bogé  que  nous avions chroniqué  dans  ces colonnes  même.  Nous  y  voyions  et  surtout nous y entendions  un  saxophoniste raffiné et élégant de la classe de certains de ses  aînés  vivants à New-York comme David Prez ou Jérôme Sabbagh (en moins funk),  mais aussi de grands saxophonistes racés comme David Binney ou Mark Turner.  La catégorie de ces joueurs de ténor fluides et souples, enfant de la  pop  et  du  jazz  mélangés,  adeptes de la maîtrise et de la zénitude. Restait  alors à Olivier Bogé à se forger un univers musical qui dépasse un

peu  les  clichés  ( que  l’on  aime  absolument) du jazz New-Yorkais pour s’approprier son propre univers.

C’est  ce  qu’il  fait  ici  de  manière  très  soulful  et  très inspirée, perceptible  dès  les premières notes de l’album  (Poem). Le garçon montre qu’il  a  des  choses  à  dires  et s’en  donne  les  moyens. Notamment en s’appropriant  une  rythmique  totalement  inédite faite de la rencontre de deux  fortes  personnalités  musicales,  le  pianiste  très en vogue Tigran Hamasyan  et  le batteur Jeff Ballard que l’on imagine depuis peu exilé dans l’hexagone. Olivier  Bogé  dresse  alors un décor superbe à la carte postale.  En effet  l'association  de  Tigran  Hamasyan aux harmonies très typées  (  Dance  of  the  flying  ballons) , et le drive très fin de Jeff Ballard  sont  assurément  deux ingrédients magnifiques de leur savoir  jouer  collectif.  Dans  le  même  temps,  pulsé  par la rythmique, l'énergie  circule fortement, une énergie que le sax d'Olivier Bogé survole de manière  aérienne, prenant les choses par le dessus. Olivier Bogé c'est un  sax  très émotionnel, un  qui  raconte des histoires, pas vraiment un sax-chanteur mais un storyteller. Presqu’un jeu narratif et contemplatif à la  fois.  Il faut entendre comment, sur le bien nommé  Be Kindpar exemple il sait se faire caressant et soyeux.

Alliance  remarquable  de  talents,  ce  groupe  puissant  montre  tout son savoir-faire  à l'image  de  ce  titre éponyme ( The world begins today) où le batteur  de  Brad  Meldhau semble ici se démultiplier, véritable mécanique hallucinante  de mise en orbite pour le saxophoniste. Impressionnant héroic drummer  !  L'art  de Tigran Hamasyan, quant à lui, est celui de rajouter au cœur de ses phrases des sortes de ghost notes, notes fantômes qui confinent au  quart  de  ton  et donnent cette couleur très métissée de jazz oriental

Inhérente  à  sa propre culture tout en s’appuyant sur des harmoniques très jazz. Un petit morceau gentil (Little Mary T) laisse le trio s'exprimer sur une  agréable complainte où là encore, c'est l'occasion de prêter l'oreille au drive subtil de Jeff Ballard. On est en revanche moins convaincus par la nécessité   d'un  morceau  pseudo  mystique coltranien (Inner chant). Franchement dispensable.  Mais l'instant d'après sur Seven Eagle feathers, Olivier Bogé retrouve  toute sa légèreté et le lyrisme gracieux qui lui vont si bien.

La  couleur de l’album est une couleur, on l’a dit métissée mais aussi très pop  alliant parfois des rythmes ternaires avec du binaire à l’instar de ce Dance  of  the  flying balloons ( point culminant de l’album, apothéose du quartet)  et  dont les thèmes auraient pu être chantés par un Radio Head ou un Portishead par exemple.

 

Il  y a dans cet album des moments de vie, d’émotions fortes ou douces, une conception artistique   qui   ne   laisse  pas  indifférent  et  convoque l’imaginaire  et  l’affect. Quelque chose de puissant se dégage du quartet. Son histoire commence peut être à s’écrire à cet instant-là.

 

Jean-Marc Gelin

 

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Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
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