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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 06:55

AJMI Series 2009


 

Ayant lu une chronique particulièrement enthousiaste de Thierry Quenum au printemps dernier dans Jazzmagazine, notre curiosité fut récompensée et notre écoute  bienvenue, puisque nous ne connaissions pas  le pianiste Philippe Le Baraillec et au rythme auquel il se produit, il y a peu de chance pour que nous l’entendions désormais dans nos parages marseillais. Nous n’étions pas au rendez vous cet été à Junas et à La Seyne. Mauvais hasard puisqu’il nous est souvent arrivé de fréquenter ces deux festivals sudistes. L’effet de cette musique est immédiat : il en est chez les artistes comme dans les familles, il y a des lignées de pianistes et l’on sent vite à laquelle Philippe Le Baraillec appartient. En tous les cas, il fait partie des musiciens à qui l’on donne son adhésion. Un écho à Bill Evans, jusqu’au dernier titre « Nardis », joué sobrement en un court solo : plus qu’une reprise refondue, un fredon, un tendre chuchotement . On n’est guère surpris de retrouver aussi une adresse à Bruno Angelini, le trait d’union étant sans doute le contrebassiste italien Mauro Gargano complice des deux pianistes. Grâce à la perspicacité de Jean Paul Ricard qui a toujours eu un septième sens pour dénicher les talents, le trio de Philippe Le Baraillec, Mauro Gargano, Ichiro Onoe est désormais gravé dans la classieuse collection de l’Ajmiseries dont on aime les beaux objets disques, identifiables immédiatement aux pochettes fines, cartonnées, chics. Les compositions sont quasiment toutes de la plume de Philippe Le Baraillec et autorisent une entente cordiale, une fluidité réelle : voilà bien  un art du trio renouvellé de belle façon, un swing réel dans « The empty chair», un hommage réussi au batteur Lilian Bencini « Song for Lilian (du Laure Donnat Quintet « Straight ahead ») qui évoque aussi pour les plus nostalgiques « Moon River». L’écriture claire du pianiste sait mettre en valeur les autres voix complices. Les idées ne sont là que comme des occasions pour rebondir avec d’autres. Sans doute faut-il savoir s’entourer et Mauro Gargano avec Ichiro Onoe apportent profondeur généreuse, justesse, émotion, sens de la gradation . Le fond intimiste et même mélancolique des compositions  y  trouve  des couleurs, et même des élans inattendus. Chaque thème est une histoire, avec un sens inné du rythme, une intériorité qui trouve sa voix, se fond en une alchimie qui repose sur un équilibre aussi vigoureux et solide que les roulements énergiques du batteur. Lyrique et tendu comme il se doit.  Une imagination fertile liée à un sens de l’harmonie, une vraie capacité à swinguer sans relâche, enfin une souveraine aisance dans les climats les plus divers même si la tendance reste au vif, au jazz vif. C’est une musique qui contient du corps, qui fait sens. Du vécu et une certaine humanité, qui a su traverser des pans entiers d’histoire et de musique.  Au sortir d’un long silence, la sensibilité voire la fragilité du pianiste peuvent se percevoir dans cet « Invisible wound », comme une fêlure. « Toute vie est un processus de démolition » écrivait  Francis Scott Fitzgerald qui savait de quoi il en retournait.

Sophie Chambon

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