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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 22:58

PASCAL  ANQUETIL

Tana Editions, 224 pages, 45 euros
En librairie le 29 septembre 2011

Jazz_anquetil-290x290.jpg

Ce livre est un objet de plaisir, de ravissement au sens premier du terme. Et on est bien content que ce soit Pascal Anquetil, le Monsieur Irma du Jazz en France qui se soit attelé à ce chantier titanesque. A dire vrai, ils ne sont pas nombreux dans l’hexagone à pouvoir rédiger leur « favorite things » in jazz, à se prêter à ces « exercices d’admiration ».  La nostalgie joue à fond en feuilletant la galerie de portraits de musiciens de jazz. C’est une musique de joie et de danse, de résistance et de révolte, un art majeur qui avec le cinéma a bouleversé et incendié tout le XXème siècle, écrit Pascal Anquetil dans une brillante préface-manifeste qui resitue « les horizons du jazz et ses arpenteurs ».

Le pari de ce livre est de donner à voir et à lire, en un découpage judicieux de huit catégories, soixante-dix figures emblématiques de cette musique : suivant le cahier des charges, Pascal Anquetil s’est livré à une sélection rigoureusement personnelle déclinée en « génies décisifs», « maîtres chanteurs», «bâtisseurs de mondes», «virtuoses du bonheur», «anges déçus du lyrisme», «maîtres célibataires», «chefs de file», «musiciens intimes». Il  évite ainsi l’écueil chronologique souvent fastidieux, bouscule genres et époques, styles et instrumentistes. Ce qui permet des voisinages savoureux, des dérapages spatio-temporels. Exactement comme dans ces nouveaux temples des musiques actuelles où rôdent des jeunes gens affamés non plus seulement de savoir mais de plaisir. Curieusement, cette musique, éclatée en petites chapelles, en retrouverait presque une unité, redevenant le JAZZ. Et au diable les étiquettes  …qui ne demandent d’ailleurs qu’à être enlevées.

 On peut faire confiance à Pascal Anquetil, professionnel éclairé et authentique amateur, dont la vie suit le roman du jazz, pour nous conduire dans les arcanes de cette musique. Il est né suffisamment tôt pour entendre les grandes légendes du jazz, appréhender les tournants décisifs de l’histoire de cette musique sans rester à la remorque, l’oeil fixé sur le rétroviseur. C’est qu’il connaît la musique et aime les musiciens. Le journaliste Philippe Méziat, l’un de ses correspondants en région, souligne avec justesse que «Pascal Anquetil est un des rares professionnels à servir cette musique et les musiciens qui la font, plutôt que de s’en servir ».

Donc ce  livre tombe  bien : ce n’est pas un cours magistral sur le  jazz et encore moins  un abrégé « Le jazz pour les nuls » mais a « labour of love », une  série de portraits croqués avec talent, racontant une histoire personnelle du jazz, dans une écriture plus littéraire que journalistique où l’émotion le dispute à l’érudition. Il a le chic de choisir l’angle d’approche pertinent pour que cette évocation lumineuse et précise aille au delà de la musique. Pascal Anquetil arrive à restituer le parcours de chaque musicien, en introduisant souvenirs personnels et truculentes anecdotes avec son talent impayable de conteur. Et ses confidences sur les entours de cette musique éclairent singulièrement le travail des musiciens. Il a l’envie de faire partager non seulement ce qui a traversé son horizon musical du moment mais ce qui est demeuré gravé dans sa mémoire. Ses textes sont le lieu d’ouvertures, de passages, d’admirations, d’euphories. Quant à la composition de ce livre d’éclats, il tient à un rien qui est tout, le temps. Temps de la musique, de l’écriture, temps suspendu, temps ana-chronique. Il faut considérer cette architecture textuelle et visuelle comme le lieu de la cristallisation, du « mémorable ». Rien de rigide, de docte, de figé mais plutôt le reflet d’une sensibilité bienveillante, qui n’empêche pas une fréquentation assidue et studieuse des musiciens. Les figures de papier glacé (les photos noir et blanc, en pleine page sont somptueuses) s’animent sous nos yeux, redeviennent des personnages de chair et de sang, avec une réelle épaisseur. Faire vivre et respirer le jazz, créer de petits infinis, qui donnent envie-c’est le plus important-d’entendre cette musique, de replonger dans sa propre discographie, d’aller chercher et de compléter certains manques.  Comme dans une série, un feuilleton qui vous tient en haleine, on se prend alors à penser que l’auteur pourrait continuer sa liste, l’actualiser et écrire une suite. C’est du moins tout le plaisir que l’on nous souhaite…

Sophie Chambon

 

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